LES INSCRIPTIONS GRECQUES ET LATINES DE LA SYRIE
 

Le programme IGLS – Inscriptions grecques et latines de la Syrie – visait à l’origine la publication d’un corpus épigraphique étendu à l’ensemble du Proche-Orient, réduit ensuite aux limites des frontières modernes de la Syrie et du Liban. Depuis les années 1980, il englobe également la Jordanie. Le projet concerne tous les textes inscrits en grec et en latin découverts dans la région, gravés ou peints sur pierre ou composés sur mosaïques (et plus rarement sur d’autres supports, métal, bois, terre cuite …).

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Épigraphie en Syrie, volumes parus.
(DAO Yvon Montmessin MOM-CNRS)



É
pigraphie au Liban
, volumes parus.
(DAO Yvon Montmessin MOM-CNRS)


É
pigraphie en Jordanie
, volumes parus.
(DAO Yvon Montmessin MOM-CNRS)

 



Inscription sur mosaïque. Martyrion de la Vierge,
Abou Roubeis (près de Hama), Syrie
(photo J.-B. Yon)
La grande majorité concerne les périodes romaine (Ier s. av. J.-C. - IVe siècle apr. J.-C.) et protobyzantine (IVe-VIIe siècle apr. J.-C.) jusqu’à la conquête arabe, mais la documentation de la période hellénistique (IIIe au Ier siècle av. J.-C) n’est pas négligeable et a sa place dans le corpus. De même, l’usage du grec se poursuit à l’époque omeyyade et au début de l’époque abbasside, en particulier sur les mosaïques. Quelques inscriptions appartiennent également à l’époque de la « reconquête byzantine » des Xe et XIe siècles.
Pendant une longue période, le grec a été la langue officielle des royaumes séleucide et lagide, puis de nombreuses cités et localités pendant l’Empire romain. Une grande partie de la population s’exprimait en grec et a donc laissé des témoignages sur pierre dans cette langue. Sous l’Empire romain, le latin a également tenu un grand rôle, en particulier pour les textes officiels et dans certaines cités devenues colonies romaines. À l’époque protobyzantine (IVe-VIIe siècle), les inscriptions grecques sont très abondantes et se généralisent jusque dans les villages, alors que le latin disparaît.

Les sources littéraires sur la région ne sont pas très nombreuses et les inscriptions sont souvent les seuls documents écrits qui permettent d’en reconstituer l’histoire. Les textes officiels renseignent sur les institutions des cités, donnent le nom des magistrats ou des souverains et informent ainsi sur l’administration hellénistique, romaine et byzantine, sur la composition et les cantonnements de l’armée, sur l’identité et les pouvoirs des gouverneurs, sur les frontières entre les différentes cités, provinces ou royaumes.
Par l’onomastique, on peut aussi étudier l’histoire des populations. Les noms de personnes, souvent tirés de théonymes (noms divins), complètent aussi ce que nous apprennent les textes plus proprement religieux (dédicaces à des divinités, célébration de construction de temples ou d’églises) pour retracer l’histoire du paganisme et des différents monothéismes du Levant.
Les constructions militaires, du fortin au rempart de cité, ou civiles, de la maison privée à la colonnade urbaine, ont, elles aussi, laissé de nombreuses traces épigraphiques. Les bornes de propriétés ou les bornes routières (milliaires) permettent de reconstituer l’histoire des territoires et des campagnes. Les inscriptions funéraires, qui constituent la grande majorité des textes, renseignent à la fois sur les populations, les coutumes, les relations familiales et parfois la culture (épigrammes funéraires).


Inscription grecque IGLS XI, 1. Haloua. Liban
(photo J. Aliquot)

Inscription latine IGLS XXI/5, 125. Umm al-Jimal, Jordanie
(photo N.Bader)

Enfin, la documentation épigraphique se signale aussi par quelques textes exceptionnels, comme le Tarif de Palmyre (qui fixe les modalités de paiement de la douane de la cité de Palmyre) ou l’Édit d’Anastase qui traite de l’organisation administrative de l’Orient byzantin et dont des exemplaires plus ou moins complets ont été découverts sur plusieurs sites de Syrie et de Jordanie.
La comparaison entre les inscriptions des différentes cités de la région ou avec les documents analogues provenant d’autres régions du monde grec permet de repérer similitudes et différences, ce qui fait l’intérêt d’un corpus général et systématique regroupant la documentation et donnant à l’ensemble de la communauté scientifique un outil de travail sûr, base de toute étude historique.


Historique des travaux

Le projet est ancien puisqu’il fut annoncé en 1905. Il s’agissait de refondre le corpus de W.-H. Waddington (Inscriptions grecques et latines de la Syrie, Paris, 1870), qui rassemblait toutes les inscriptions grecques et latines alors connues. Le premier volume parut en 1929 et les recherches se poursuivirent dans les années suivantes. Vieillis, les premiers volumes sont en cours de refonte. Depuis les années 1960, les volumes répondent pleinement aux critères modernes des publications épigraphiques (texte, apparat critique, traduction, photographies et dessins, index).
Le programme est aujourd’hui en pleine relance avec l’arrivée de jeunes chercheurs et les travaux de plusieurs doctorants. Sont ainsi parus tout récemment le volume XI (Mont Hermon, Syrie et Liban), ainsi qu’un Choix d’inscriptions grecques et latines de la Syrie. Le volume XXI 5, fasc. 1 (Nord-Est de la Jordanie) est actuellement sous presse. Plusieurs volumes sont annoncés dans les années qui viennent (IGLS XIII, fasc. 2, Bostra (supplément) et la plaine de la Nuqrah ; IGLS XVII, Palmyre). Enfin, un volume de catalogue des inscriptions grecques et latines du Musée national de Beyrouth est actuellement en préparation et devrait paraître prochainement (suppl. à BAAL, Beyrouth).


Travaux en cours

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Épigraphie en Syrie
volumes en préparation.
(DAO Yvon Montmessin MOM-CNRS)



É
pigraphie au Liban

volumes en préparation.
(DAO Yvon Montmessin MOM-CNRS)


É
pigraphie en Jordanie

volumes en préparation.
(DAO Yvon Montmessin MOM-CNRS)

Plusieurs missions de terrain ont été conduites ces dernières années.
1 - IGLS IV 2 : Syrie côtière (Julien Aliquot)
  Le tome IGLS IV 2 est consacré au littoral et au versant maritime des montagnes côtières de la Syrie, depuis le Mont Cassius (à la frontière turque), au nord, jusqu’à la plaine du Akkar, au sud. Il concerne les villes de Lattaquié, Jeblé, Banias et Tartous. J. Aliquot en assume la préparation, ainsi que celle des catalogues épigraphiques du Musée national de Damas (250 textes) et des musées de Tartous et Lattaquié (70 textes), qui conservent une partie de la documentation régionale. Contrairement au sud de la Syrie côtière, le nord de la région n’a fait l’objet d’aucune exploration systématique. Il paraît opportun de combler cette lacune en rééditant IGLS IV, publié sans photos en 1955 et très vieilli, tout en complétant IGLS VII, paru en 1970. Toute la région requiert en effet une véritable prospection épigraphique, en collaboration avec les Départements des Antiquités de Lattaquié, Jeblé et Tartous. Les campagnes de 2007-2008, complétées par la prospection archéologique de la vallée du Nahr el-Kébir el-Chémali, montrent que la Syrie côtière recèle de nombreux textes inédits (déjà 50 répertoriés) et qu’elle peut encore apporter des nouveautés, en particulier dans les villes de la côte (Laodicée-sur-mer, Gabala, Balanée, Arados) et sur les sites des sanctuaires montagnards de l’époque romaine (Hosn Souleiman-Baetocécé, Qadboun).
2 - IGLS V, Supplément [addenda et corrigenda] : Émésène (Jean-Claude Decourt).
 

Le tome V des IGLS, consacré à l’Émésène, c’est-à-dire à la région qui s’étend des premières pentes de la chaîne côtière, à l’Ouest, jusqu’au désert, à l’Est, et qui comprend entre autres les villes actuelles de Homs/Émèse, Hama/Épiphanie, ar-Restan/Aréthuse et Sélémyieh/Salamias, date de 1959. Il devait être entièrement refondu.
Plusieurs missions de prospection systématique, entre 1998 et 2008, ont permis de retrouver seulement 10% environ de ce qui avait été alors publié (sur un peu moins de 600 inscriptions lapidaires dans le volume) et de découvrir environ 110 nouvelles inscriptions, la répartition des trouvailles se faisant de manière inégale : la majorité des documents provient de la vallée de l’Oronte et de la zone sud-ouest qui correspond à ce qu’on appelle la Trouée de Homs, à la limite du Liban.
Une publication IGLS V 2 est en cours de rédaction.

3 -  IGLS VIII/1 : Beyrouth (Jean-Paul Rey-Coquais et Julien Aliquot)
 
Le tome IGLS VIII/1, confié à J. Aliquot et J.-P. Rey-Coquais, concerne la colonie romaine de Béryte, avec le sanctuaire de Deir el-Qalaa, sur le versant maritime du Mont Liban. Il rassemblera environ 350 textes, majoritairement rédigés en latin. Les catalogues épigraphiques du Musée national de Beyrouth (plus de 500 inscriptions) et du musée de l’American University of Beirut (environ 100 textes), préparés l’un et l’autre avec J.-B. Yon, compléteront les relevés effectués sur le terrain. Ces projets parallèles présentent un intérêt d’autant plus grand que les textes de la région et des musées de Beyrouth n’ont été édités que de manière dispersée, dans des articles parfois très anciens, et que les premières prospections et les inventaires des musées révèlent l’existence de nombreux inédits provenant de Beyrouth et du Mont Liban. En dehors des musées, les campagnes de prospection de 2007-2008 ont permis de réviser toutes les inscriptions de Deir el-Qalaa (environ 120 textes), en vue de la publication d’une monographie sur cet important site cultuel de la région de Beyrouth.
4 - IGLS VIII/2 : Liban Nord (Jean-Baptiste Yon)
 
Depuis 2002, plusieurs missions ont été effectuées. Elles ont permis le repérage de plusieurs inédits. Les réserves du Musée de Beyrouth ont été explorées et les textes signalés retrouvés. Les réserves du site de Byblos ont elles aussi livré des textes inédits. Les travaux sur le terrain même ont principalement concerné Byblos, la vallée du Nahr Ibrahim et ses alentours et enfin une partie du nord de la région (Sfiré). Les archives photographiques de la DGA sont en cours d’exploitation et livrent de nombreux renseignements sur des pierres aujourd’hui introuvables.
5 - IGLS XII : Damascène (Pierre-Louis Gatier)
 
Plusieurs missions de prospection à Damas, en Damascène et en Abilène, depuis novembre 2001, ont permis de réunir la documentation – avec de nombreux inédits –, tâche qui devrait s’achever par une dernière mission en 2009. L’étude des inscriptions de ce secteur conservées au Musée de Damas est elle aussi pratiquement achevée. L’un des aspects de l’épigraphie en Damascène est la grande rareté des textes latins et la rareté encore plus grande des textes de l’époque byzantine. Parmi les nouveautés, c’est surtout dans le domaine de la vie religieuse et des sanctuaires d’époque romaine que les prospections épigraphiques autour de Damas enrichissent nos connaissances.
6 - IGLS XIII à XVI : Hauran et Syrie du Sud (Maurice Sartre)
 

M. Sartre a effectué en 2002 une mission à Bosra pour apporter quelques compléments au vol. XIII (fasc. 2) - en cours de mise en page au printemps 2009 - et achever le vol. XVI, 1 (nord-ouest du Jebel Druze). Par ailleurs, une mission à Dorchester fin 2000 a permis de compléter la documentation relative aux inscriptions grecques et latines du Hauran relevées par William John Bankes.
Là encore, les textes ont été intégrés dans les volumes des IGLS en préparation. Enfin, un court séjour à l'automne 2007 à l'occasion du colloque Hauran de Damas, et une mission en septembre 2008 ont permis de compléter la documentation photographique d'IGLS XV et d'ajouter quelques textes découverts chemin faisant. Ce volume est en cours de relecture.

7 - IGLS XVII : Palmyre (Jean-Baptiste Yon)
 
Le volume 1 qui concerne la ville de Palmyre est en cours de relecture par les membres de l’équipe. Les prospections pour le volume 2 (Palmyrène et Tarif) doivent commencer en 2009.
8 - IGLS XXI [Inscriptions de la Jordanie], 1 : Nord-ouest de la Jordanie (Pierre-Louis Gatier)
 
Plusieurs missions ont récemment concerné le site de Jerash, dont la dernière en 2008.
9 - IGLS XXI [Inscriptions de la Jordanie], 5/3 : Nord-est de la Jordanie (Nabil Atallah)
  Les prospections ont débuté pour ce fascicule 3, concernant le désert oriental.
   

L’équipe

Responsable :
J.-Cl. Decourt, HiSoMA, UMR 5189, Maison de l’Orient et de la Méditerranée-Jean Pouilloux, 7, rue Raulin, 69007 Lyon.
Participants :
J. Aliquot (IFPO), N. Atallah Bader (Univ. Yarmouk), Th. Bauzou (Univ. Orléans), J.-Cl. Decourt (CNRS Lyon), D. Feissel (CNRS Paris),
P.-L. Gatier, coordinateur (CNRS Lyon), M. Griesheimer (Univ. Aix – IFPO), J.-P. Rey-Coquais (Émérite Univ. Dijon), M. Sartre (Émérite Univ. Tours), J.-B. Yon (CNRS Lyon), F. Zayadine (Department of Antiquities, Jordanie).
 

Bibliographie

Jalabert Louis et René Mouterde, IGLS I, Commagène et Cyrrhestique n° 1-256, BAH XII, 1929.
Jalabert Louis et René Mouterde, IGLS II, Chalcidique et Antiochène n° 257-698, BAH XXXII, 1939.
Jalabert Louis et René Mouterde, IGLS III-1, Région de l’Amanus, Antioche n° 699-988, BAH XLVI, 1950.
Jalabert Louis et René Mouterde, IGLS III-2, Antioche, Antiochène, n° 989-1242, BAH LI, 1953.
Jalabert Louis et René Mouterde avec la collaboration de Claude Mondésert, IGLS IV, Laodicée, Apamène n° 1243-1997, BAH LXI, 1955
Jalabert Louis et René Mouterde avec la collaboration de Claude Mondésert, IGLS V, Émésène n° 1998-2710, BAH LXVI, 1959.
Rey-Coquais Jean-Paul, IGLS VI, Baalbek et Beqa’ n° 2711-3017, BAH LXXVIII, 1967.
Rey-Coquais Jean-Paul, IGLS VII, Arados et régions voisines n° 4001-4061, BAH LXXXIX, 1970.
Breton Jean-François, IGLS VIII/3, Les inscriptions forestières d’Hadrien dans le Mont-Liban, n° 5001-5187, BAH CIV, 1980.
Aliquot Julien, IGLS XI, Mont Hermon (Liban et Syrie), BAH 183, 2008.
Sartre Maurice, IGLS XIII, Bostra n° 9001-9472, BAH CXIII, 1982.
Gatier Pierre-Louis, IGLS XXI (Inscriptions de la Jordanie), 2 Région Centrale (Amman - Hesban - Madaba - Main - Dhiban), BAH CXIV, 1986.
Sartre Maurice, IGLS XXI (Inscriptions de la Jordanie), 4 Pétra et la Nabatène méridionale du Wadi al-Hasa au golfe de ‘Aqaba, BAH CXV, 1993.
Bader Nabil, IGLS XXI (Inscriptions de la Jordanie), 5, fasc. 1, Nord-est de la Jordanie, BAH CLXXXVII, 2009.

Sous presse : Sartre Maurice, IGLS XIII2, Bostra (compléments).

Choix d’inscriptions:
As’ad Khaled et Jean-Baptiste Yon avec la collaboration de Thibaud Fournet, Inscriptions de Palmyre. Promenades épigraphiques dans la ville de Palmyre, Guide archéologique de l’IFAPO 3, 2001.
Yon Jean-Baptiste et Gatier Pierre-Louis (éds), Choix d’inscriptions grecques et latines de la Syrie, Guide archéologique de l’IFPO 6, 2009.

On signalera en outre les deux volumes de J.-P. Rey-Coquais sur les inscriptions de Tyr, hors de la collection IGLS, mais se rattachant étroitement au programme.
Rey-Coquais Jean-Paul, Inscriptions grecques et latines découvertes dans les fouilles de Tyr (1963-1974), I, Inscriptions de la nécropole, Bulletin du Musée de Beyrouth 29, 1977.
Rey-Coquais Jean-Paul, Inscriptions grecques et latines de Tyr, BAAL Hors série 3, Beyrouth, 2006.

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