UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Programme de recherche sur Chypre

Le programme de recherche sur Chypre est l’un des plus anciens à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée : c’est d’ailleurs un oiseau ornant la panse de vases salaminiens archaïques qui a été choisi comme emblème de la Maison.

Le programme est ancré sur des travaux de terrain, à Salamine (1964-1974) et à Kition (depuis 1976). Il comporte également l’étude de matériel provenant d’autres sites (Amathonte, Athienou, Palaepaphos).

Carte de l'île de Chypre

Salamine

Les fouilles françaises de Salamine ont commencé en 1964, d’abord sous la direction de J. Pouilloux, puis, à partir de 1972, sous celle de M. Yon. Alors que le Département des Antiquités de Chypre fouillait les nécropoles et le centre monumental d’époque romaine, les fouilles françaises se sont concentrées sur la ville, occupée du XIe s. av. J.-C. au VIIIe s. de notre ère, dans la partie sud du site.Trois grands secteurs ont été explorés :
— dans la région sud-est, la basilique byzantine de la Campanopetra et, à proximité, une portion du rempart de l’Âge du Fer ainsi qu’un sanctuaire, en usage du XIe au VIe s. av. J.-C. ;
— Au sud-ouest, le temple de Zeus ;
— Au nord-ouest, une résidence byzantine, dénommée l’« huilerie » en raison des nombreux pressoirs qui y ont été mis au jour.

Plan du site de Salamine de Chypre
Plan du site de Salamine de Chypre © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Les fouilles françaises ont largement contribué à la connaissance de l’histoire du site. Parmi de nombreuses découvertes, on mentionnera notamment celle d’une tombe (Tombe 1), datée du XIe s. av. J.-C., qui témoigne de l’installation sur le site nouveau de Salamine de populations vraisemblablement venues de la ville voisine d’Enkomi. Dès cette époque, Salamine est une ville importante, comme le prouve la présence d’un rempart et d’un sanctuaire.

Sanctuaire de Zeus
Salamine : le sanctuaire de Zeus © Mission archéologique française de Kition et Salamine

À l’autre extrémité de l’échelle du temps, les fouilles de la basilique de la Campanopetra et de la résidence byzantine (dite « huilerie ») ont livré un abondant matériel qui renseigne sur l’une des époques les plus florissantes de Salamine, quand la ville, rebâtie après les terribles tremblements de terre du IVe siècle ap. J.-C., était capitale de l’île sous le nom de Constantia.
L’invasion de 1974 a brutalement arrêté les recherches sur le terrain. Malgré des pertes irrémédiables, les travaux n’ont toutefois pas cessé, grâce à la documentation qui a pu être sauvegardée. Un colloque, organisé à Lyon et édité par M. Yon en 1978, dressait un état des recherches. Depuis, les publications se sont poursuivies à un rythme soutenu. La collection comporte actuellement 16 volumes, dont les plus récents sont dus à G. Roux, La basilique de la Campanopetra (Salamine de Chypre XV), Paris, De Boccard, 1998, et O. Callot, Les monnaies (Salamine de Chypre XVI), Paris, De Boccard, 2004.

En préparation : M. Yon, Le culte de Zeus de Salamine (Salamine de Chypre XVII), Paris, De Boccard, à paraître. 

Kition

Mission archéologique française co-financée par le MAE, dirigée par M. Yon (1976-2007), puis S. Fourrier (depuis 2008). 

Fouilles du site de Bamboula

Entre 1976 et 1999, les travaux ont essentiellement porté sur le site de Kition-Bamboula (dans la partie nord de la ville moderne de Larnaca). Le site avait été exploré à plusieurs reprises, notamment par la mission suédoise qui y avait fait un sondage en 1929.

Plan du site de Kition-Bamboula
Plan du site de Kition-Bamboula © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Les fouilles de la mission française ont démontré que la Bamboula (« colline » en chypriote) était une motte artificielle recouvrant les niveaux antiques, et non pas une acropole, et que son occupation n’était pas antérieure au tout début de l’Âge du Fer (même si on y a retrouvé du matériel provenant de tombes pillées du Bronze Récent, probablement situées à proximité). Deux secteurs importants ont été dégagés : un sanctuaire, fondé au IXe s. av. J.-C., et le bassin portuaire bordé de différentes installations, et notamment de hangars à trières d’époque classique.

Sanctuaire archaïque
Kition-Bamboula : le sanctuaire archaïque © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Plaquettes archaïques
Plaquettes archaïques du sanctuaire de Bamboula © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Céramique phénicienne
Sanctuaire de Bamboula : céramique phénicienne importée © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Les fouilles ont livré un abondant matériel, de diverses périodes, qui renouvelle l’étude de l’histoire de Kition, ville-capitale d’une dynastie phénicienne rivale, à l’époque classique, de celle de Salamine. Les publications comportent actuellement 5 volumes. Le dernier paru (M. Yon, Kition dans les textes, Kition-Bamboula V, Paris, ERC, 2004), rassemble les testimonia littéraires et épigraphiques. En 2006 a été publié un guide, destiné à un large public : M. Yon, Kition de Chypre, Paris, ERC, 2006.

Kition-Bamboula VI

A. Caubet, S. Fourrier, M. Yon, Kition-Bamboula VI. Le sanctuaire sous la colline, Lyon, TMO 67 - 2015 - Série Archéologique - Publications de la MSH MOM.

Cet ouvrage, qui bénéficie de la collaboration de M.-G. Amadasi Guzzo, O. Callot, I. Chirpanlieva, E. Dardaillon, A. Gardeisen et J.-P. Olivier, publie les résultats des fouilles françaises dans le sanctuaire d’époque géométrique à classique de Bamboula. Les découvertes de la mission française invitent à réévaluer les découvertes réalisées par la mission suédoise sur le même site en 1929. Elles permettent de retracer les grandes étapes de la vie du sanctuaire phénicien depuis sa fondation, au début du Chypro-Géométrique III, jusqu’à son abandon, au cours de la première moitié du IIIe s. av. J.-C. Un abondant mobilier, souvent fragmentaire mais important, est rassemblé et étudié pour la première fois.

En préparation : M. Yon (dir.), Kition-Bamboula VII. Le port de guerre de Kition.

Hangars à bateaux
Hangars à bateaux © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Équipe : O. Callot, A. Caubet, S. Fourrier, S. Marquié, A. Rabot, J.-F. Salles, J.-C. Sourisseau, M. Yon.

Études de topographie urbaine

Depuis 2008, un nouveau programme pluridisciplinaire, mené en collaboration avec le Département des Antiquités de Chypre, comporte la réalisation d’une base de données associée à un système de cartographie (Système d’Information Géographique). Ce programme a permis de localiser et de référencer toutes les découvertes archéologiques documentant l’histoire de la ville de Kition entre le Bronze Récent (XIIIe s. av. J.-C.) et la fin de l’époque classique (fin du IVe s. av. J.-C.). Il s’agit d’une base ouverte, régulièrement alimentée, qui offre un mode de gestion raisonnée du patrimoine archéologique de la ville de Larnaca. Les cartes obtenues, qui intègrent les résultats des analyses géomorphologiques concernant l’évolution de la ligne de rivage, mettent en évidence les grandes phases du développement urbain, et elles permettent de proposer des fouilles ciblées susceptibles d’apporter des réponses à des questions historiques précises.

Localisation des tombes de Kition (époques géométrique à classique)
Localisation des tombes de Kition (époques géométrique à classique) © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Équipe : G. Bony, A. Cannavò, A. Flammin, S. Fourrier, A. Rabot, C. Sauvage.

Fouilles dans la nécropole de Kition-Pervolia

A lire le Zoom sur (février 2015)

La première fouille ciblée a porté en 2012 sur la nécropole d’époque classique de Kition-Pervolia. Le but est de mieux comprendre l’organisation des nécropoles à l’époque de leur plus grande extension, et de mieux appréhender les relations entre la ville des vivants et celle des morts (modes de circulation, rites, marqueurs funéraires).

150 m2 ont été décapés superficiellement. Six tombes ont été localisées : trois d’orientation est-ouest ; trois d’orientation nord-sud. Toutes les tombes sont disposées très près les unes des autres et tête-bêche afin d’économiser au maximum l’espace. Aucun aménagement de surface (enclos, stèles) n’a été repéré. En revanche, les tombes présentent toutes le même aménagement particulier au-dessus du stomion : une sorte de niche, dans laquelle on n’a découvert aucun matériel (il est donc peu probable qu’on y disposait des stèles ou autre marqueur funéraire), et qui avait peut-être une utilité pratique (afin de faciliter la manipulation de la lourde dalle fermant le stomion, lors des inhumations successives). Cet aménagement, visible sur le rocher en surface, constituait en tout cas un indice sûr de localisation de la chambre funéraire, que les pilleurs ont su utiliser, comme le montre la présence de nombreuses fosses modernes. L’une de ces fosses a largement creusé dans le rocher friable, à l’aplomb de la chambre funéraire. En la vidant, nous avons donc pu fouiller à l’arrière des parois du dromos, et notamment derrière le parement de quelques blocs qui marque systématiquement la limite entre la couche de rocher de surface (havara) et le substrat naturel (konnos). On pensait à l’origine que ces blocs servaient à renforcer les parois du dromos, à proximité du stomion. En réalité, ils ferment des sortes de cachettes creusées dans les parois du dromos et dans lesquelles étaient déposés de petits vases complets et de petits bijoux (anneaux et bracelets de bronze, perles en pâte de verre). Ces petits trésors, peut-être déposés lors du creusement de la tombe ou, plus probablement, lors de sa fermeture, avant que le dromos ne soit définitivement remblayé, invitent à réfléchir au statut des offrandes funéraires (individuelles et/ou collectives).

Kition-Pervolia : vue aérienne de la zone fouillée
Kition-Pervolia : vue aérienne de la zone fouillée © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Une seule tombe a été entièrement fouillée en 2012, afin d’établir une séquence stratigraphique complète. Le dromos a été dégagé jusqu’au sol. Il était rempli de sédiment riche en matériel céramique, de datation homogène (début du Ve s. av. J.-C.). La plupart des vases était brisée, mais on a également recueilli plusieurs petites formes complètes (coupelles ou cruchons, qui étaient le plus souvent jetés par deux dans le comblement). Le remplissage a été déposé en une seule fois, sans trace de creusement. On peut donc en conclure que le dromos restait ouvert tout le temps d’utilisation de la tombe (seule la porte du stomion étant close entre deux inhumations) et qu’il n’était remblayé qu’au moment de la fermeture définitive de la tombe. L’entrée de la chambre funéraire était fermée par une grande dalle de gypse, abîmée dans son coin supérieur droit (signe de son ouverture répétée au moment des inhumations successives). Le stomion, d’environ 40 cm, est en pente et conduit à une chambre funéraire unique, voûtée en berceau.

Kition-Pervolia : entrée d'une tombe
Kition-Pervolia : entrée d'une tombe © Mission archéologique française de Kition et Salamine

La fouille de la chambre funéraire a été très longue, car elle était presque entièrement comblée par du sédiment stérile, infiltré lors des pluies et de l’arrosage agricole. Sur le sol de la chambre reposaient les corps de quatorze défunts (8 adultes, 1 jeune adulte entre 20 et 30 ans, 4 immatures entre 1 et 4 ans, 1 immature entre 10 et 14 ans). D’après les constations anthropologiques, ils étaient placés sur des tréteaux (vraisemblablement posés sur des pierres qu’on a retrouvées sur le sol), enveloppés dans des linceuls. Aucun cas de réduction n’a été constaté : les corps ont été posés les uns à côté des autres et, en partie, les uns sur les autres, et la tombe a été fermée lorsqu’il n’y avait plus d’espace disponible. Le matériel (amphores commerciales phéniciennes, jarres et bols Plain White) était placé de part et d’autre de l’entrée et, dans une moindre mesure, dans le coin nord-est de la chambre. Les cas d’objets associés à des défunts sont très rares : bols et lampes-coupelles tenus dans les mains de trois adultes ; perles autour du cou d’un enfant. Enfin, les corps de deux des enfants (entre 1 et 4 ans) étaient disposés en croix contre un squelette d’oiseau. Ce constat n’est pas sans évoquer les nombreuses représentations antiques d’enfants avec des oiseaux, si communes en Méditerranée.

Kition-Pervolia : deux enfants et un oiseau
Nécropole de Kition-Pervolia : squelettes de deux enfants et d'un oiseau © Mission archéologique française de Kition et Salamine

Équipe : A. Cannavò, N. Delhopital, N. Denninger, S. Fourrier, A. Gardeisen, J. Humbert, A. Rabot, M. Thomassin.

 

Autres travaux

Le programme sur les royaumes de Chypre (XIIIe-IIIe s. av. J.-C.) est articulé autour de différents thèmes qui recoupent des axes de recherche développés par d’autres équipes d’HiSoMA :
— les productions artisanales : caractérisation d’identités culturelles régionales à partir de l’étude de la civilisation matérielle (céramique et figurines de terre cuite) ;
— les contacts de population et les phénomènes d’acculturation (notamment à travers l’étude du royaume « chypro-phénicien » de Kition) ;
— l’organisation, politique et territoriale, des royaumes et leurs relations à l’échelle de l’île comme à celle du Proche-Orient ;
— les pratiques funéraires et l’organisation des nécropoles (programme FUNUS) ;
— les sources écrites : corpus des sources textuelles concernant Chypre à l’époque archaïque (A. Cannavò, manuscrit en préparation, à paraître dans la collection TMO).

Les membres du programme participent à d’autres missions à Chypre :
— mission archéologique française d’Amathonte (MAE/École française d’Athènes, dir. A. Hermary) ;
— Athienou Archaeological Project (Davidson College, dir. M.K. Toumazou) ;
— Palaepaphos Urban Landscape Project (Université de Chypre, dir. M. Iacovou).

Collaborations

Centre Camille Jullian (Aix-en-Provence)
Centre d’Études Chypriotes (Nanterre)
CEREGE (Aix-en-Provence)
Département des Antiquités de Chypre
Fondation A.G. Leventis
Université de Chypre
Université de Rouen

Activités éditoriales

Série Salamine de Chypre, Paris, De Boccard.
Cahier du Centre d’Etudes Chypriotes (CCEC), Paris, De Boccard. 

Derniers ouvrages parus (depuis 2004)

Cahier du Centre d’Etudes Chypriotes 34 (2004) à 41 (2011).
O. Callot, Salamine de Chypre XVI. Les monnaies, Paris, 2004.
S. Fourrier, La coroplastie chypriote archaïque. Identités culturelles et politiques à l’époque des royaumes, Lyon, TMO 46, 2007.
S. Fourrier, G. Grivaud (éd.), Identités croisées en un milieu méditerranéen : le cas de Chypre (Antiquité-Moyen Âge), Rouen, 2006.
S. Fourrier, A. Hermary, Amathonte VI. Le sanctuaire d’Aphrodite des origines au début de l’époque impériale, Athènes, Études Chypriotes XVII, 2006.
M. Yon, Kition-Bamboula V. Kition dans les textes, Paris, 2004.
M. Yon, Kition de Chypre, Paris, 2006. 

Dernières manifestations scientifiques (depuis 2004)

Colloque international « Identités croisées en un milieu méditerranéen : le cas de Chypre (Antiquité-Moyen Âge) », Rouen, 11-13 mars 2004 (actes publiés en 2006).
Colloque international « Frontières et territoires au centre de Chypre : la région d’Idalion de l’Antiquité au XIXe siècle », Aix-en-Provence, 3-5 juin 2004 (actes publiés dans le CCEC 34, 2004).
Colloque international en l’honneur d’Annie Caubet : « Chypre et la côte du Levant aux IIe et Ier millénaires », Paris, 14-16 juin 2007 (actes publiés dans le CCEC 37, 2007).
Colloque international POCA (Postgraduate Cypriote Archaeology), Lyon, 19-22 octobre 2011 (actes publiés dans le CCEC 41, 2011).

Rapports de fouilles en ligne

Chronique en ligne de l'EfA 2012 : rapport résumé des fouilles de Kition-Pervolia
Chronique en ligne de l'EfA 2013 : rapport résumé des fouilles de Kition-Pervolia

Contacts

. Sabine Fourrier
. Voir également le site du Centre d’Études Chypriotes

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