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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

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Index en ligne des citations bibliques dans la littérature patristique
Mis à jour : il y a 1 heure 27 min

Des boursiers patrologues à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem

sam, 04/04/2020 - 16:00

Vendredi 6 mars 2020, l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres (AIBL) célébrait le centenaire de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (https://www.ebaf.edu/2020/03/lecole-biblique-a-lhonneur-a-lacademie-des-inscriptions-et-belles-lettres/), qui lui est rattachée depuis sa création en 1920. Au programme de la matinée figurait une table-ronde, animée par Estelle Villeneuve, rassemblant des boursiers de l’AIBL ayant étudié à l’École biblique, représentant diverses disciplines : archéologie, études bibliques, épigraphie, histoire ancienne et médiévale, assyriologie, patristique… Chaque année, en effet, par le biais du ministère des Affaires étrangères et du programme Lavoisier du dispositif Boursiers français à l’étranger, l’AIBL propose deux bourses destinées à de futurs étudiants de l’École biblique. Dans son allocution d’ouverture, Michel Zinc, Secrétaire perpétuel, a d’ailleurs exprimé son inquiétude à propos de la diminution de moitié, ou presque, du montant des bourses allouées par le ministère ces dernières années, diminution compensée provisoirement par la générosité de la Fondation Obélisque.

L’événement a été l’occasion de la publication, aux bons soins des Éditions Peeters, du livret du Centenaire de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (1920-2020). Y est dressée, p. 31-36, une très intéressante liste des 150 boursiers qui se sont relayés depuis 1921 ; le chiffre s’explique par le fait que jusqu’en 1939 il n’y avait qu’une seule bourse par an et par l’interruption causée par la Deuxième Guerre Mondiale, ainsi que par diverses contingences. La liste permet notamment de découvrir pour certaines années quelques noms plus particulièrement attachés aux textes des auteurs patristiques : Pierre Nautin (1947-1948), Annie Jaubert (1951-1952), Marie-Joseph Pierre (1977-1978), Sylvain Sanchez (1994-1995), Laurence Vianès (même année), Hélène Grelier-Deneux (2007-2008), Agnès Lorrain (2012-2013), Xavier Lafontaine (2019-2020). Boursier en 1997-1998, je compte parmi la dizaine de noms, auxquels, en plus de ceux de philoniens (comme Caroline Carlier, boursière en 1990-1991) ou d’historiens (par exemple Mathilde Boudier, boursière en 2016-2017), il faudrait ajouter ceux des anciens étudiants de l’École biblique qui ont travaillé en patrologie sans être boursiers de l’AIBL, par exemple Raphaëlle Ziadé (1992-1993) ou, pour la période plus récente, Manon des Portes (2012-2013), Anne-Claire Lozier (2013-2014), Tiphaine Lorieux (2015-2016), Antonin Charrié-Benoist (même année), Malouine de Dieuleveult (même année), Luce Carteron (2016-2017), Clary de Plinval (même année), Clément Millet (2017-2018) et Anne Geyer (2019-2020)[1].

Pourquoi des patristiciens dans une École connue pour ses biblistes et ses archéologues ? Autant le dire franchement : la patrologie n’est pas prioritaire dans l’attribution des bourses ; mais les candidats patrologues ont manifestement su saisir de belles occasions. On constate en outre une présence beaucoup plus régulière des patrologues ces trois dernières décennies : elle est peut-être due en partie aux encouragements de Monique Alexandre, puis d’Olivier Munnich auprès de leurs étudiants de la Sorbonne désireux de se former à l’École biblique. La belle floraison de ces toutes dernières années doit sans doute beaucoup à la Bible En Ses Traditions, à laquelle maints d’entre eux ont collaboré, et à l’enthousiasme communicatif d’Olivier-Thomas Venard[2]. En outre, même si ce n’est plus le cas aujourd’hui, l’exégèse patristique a un temps fait partie du programme des cours de l’École : Krzysztof Modras y consacrait un cours l’année de ma scolarité. Même occasionnellement, la patrologie a donc droit de cité dans le cercle des études bibliques, et l’examen de l’itinéraire intellectuel de chaque boursier en apporterait sans doute une illustration très instructive.

Plus fondamentalement, l’attention accrue à la Bible dans les textes patristiques répond à une évolution que la familiarité grandissante avec la Septante, stimulée par l’enseignement d’un dominicain comme Philippe Lefebvre ou plus généralement par la collection de La Bible d’Alexandrie, et des entreprises comme Biblindex ou la Bible En Ses Traditions (un certain nombre de patrologues figure d’ailleurs parmi les contributeurs officiels : http://blog.bibletraditions.org/#team-top) illustrent bien : les auteurs antiques témoignent non seulement d’états anciens des textes bibliques, mais aussi de lectures qui ont contribué de manière parfois déterminante à l’intelligence de ces textes et à leur réception à travers les siècles. Moins qu’un Urtext hypothétique, dans une certaine mesure ce sont toutes les strates d’actualisation apportées par les diverses traditions qui importent.

Certes, pour la plupart les biblistes en France restent sans doute habitués à un modèle qui consiste à faire en permanence le grand écart entre l’original supposé en hébreu ou en grec et l’exégèse moderne. Les boursiers patrologues, de fait, restent rares. Et cependant, à mon avis leur présence dans cette liste – ou pour mieux dire cette chaîne humaine et académique – est significative à la fois de l’importance des études patristiques en France et d’une autre façon de lire la Bible.

[1] Je remercie chaleureusement Manon des Portes et le P. Marc Leroy pour ces dernières informations.

[2] Une journée intitulée « Pierrre angulaire : la Bible au croisement des disciplines » a eu lieu à l’ENS de la rue d’Ulm le 4 décembre 2015 (voir http://transfers.ens.fr/Pierre-angulaire-la-Bible-au-croisement-des-disciplines). Un séminaire « BesT » a été organisé à l’ENS cette année-là sur les Béatitudes, avec notamment Elisabeth Vuillemin, que je remercie également pour ses informations.

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