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Laboratoire HISOMA

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Un rôle fédérateur au service de la science ouverte

Emmanuelle Morlock, correspondante IST

Depuis le lancement du plan national « Science ouverte » par la Ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation en juillet 2018, c’est la notion de « Science ouverte » qui tient la vedette auprès des professionnels de l’information scientifique et technique (IST) du monde académique. Deux annonces importantes pour la publication scientifique se sont en effet distinguées ces deux derniers mois. En novembre 2019, le CNRS a fait connaître sa politique en la matière au travers d’une « feuille de route » particulièrement formalisée. Le mois suivant, en décembre, un appel à projets doté de 2,6 millions était lancé dans le cadre de ce plan national.

Ce billet est donc l’occasion d’expliquer le rôle de Correspondant IST de l’InSHS, que j’exerce à HiSoMA depuis 2017. Je profiterai aussi de cette opportunité pour donner quelques informations sur l’atelier dédié aux questions de partage de données en accès ouvert qui sera proposé prochainement.

© auteur non identifié/Fonds historique/colorisée pour Armand Colin/CNRS Photothèque - Téléphone automatique avec enrouleur de fils (décembre 1929). Office national des recherches [...]

Qu’est-ce que l’IST ? Et en quoi consiste ce rôle de « correspondant » ? 

Le déploiement des technologies numériques dans toutes les activités de recherche a opéré de profonds changements dans le paysage de la documentation et de l’édition scientifique. Depuis les années 1960, c’est en effet ce concept d’IST qui est utilisé pour regrouper sous un terme générique l’ensemble des informations produites par la recherche et nécessaires à l’activité scientifique. À l’heure numérique, lui sont aussi associées : les plateformes et outils qui permettent d’accéder à l’information pertinente, de faire de la fouille de texte ou de données, de gérer des quantités de plus en plus pléthoriques de données et d’informations et d’assurer la visibilité des travaux à travers des infrastructures comme par exemple le portail Persée, l’archive ouverte HAL ou encore la plateforme de livres et de revues électroniques OpenEdition. 

De nombreux métiers d’accompagnement de la recherche sont également rattachés à l’IST, qu’il s’agisse de la gestion de bases documentaires ou d’archives, du secrétariat de rédaction et d’édition, de l’encodage numérique de textes tout autant que de la communication web ou de la médiation scientifique. Or ces métiers jouent un rôle de tout premier plan en SHS. C’est précisément pour répondre aux enjeux d’IST dans ce domaine que l’Institut des Sciences humaines et sociales du CNRS a décidé de créer un réseau de correspondants. Ceux-ci ont été choisis au sein de chaque laboratoire, par les directeurs d’unité, afin d’assurer le rôle essentiel de relais entre l’Institut et les équipes de recherche. Il y a à ce jour environ 190 correspondants IST. Ils se fédèrent autour du site web CorIST-SHS. Ce portail leur permet de partager des annonces d’événements liés au domaine (journées d’études, rencontres, tables-rondes, formations) et des synthèses plus thématiques — comme par exemple l’explication des modalités de la coédition ou la présentation des évolutions du moteur de recherche pour les Sciences humaines et sociales Isidore).

Le rôle d’un correspondant ou d’une correspondante IST est d’abord de diffuser de l’information et des bonnes pratiques au sein de son laboratoire. Cela se fait généralement sous la forme de mails qui signalent au fil de l’eau des annonces, des articles ou des événements, qu’ils soient publiés ou non sur le site CorIST-SHS. Cette liste est gérée en commun avec les autres correspondantes IST de la MOM (Claire Giguet, Geneviève Peyres et Marie Chebance).  Intitulée « momist[at]mom[dot]fr », elle compte à ce jour 64 abonnés dont les directions d’unités. C’est le canal que nous privilégions pour diffuser aux membres de la MOM les messages de l’Institut concernant l’IST, mais aussi les messages du portail de ressources documentaires bibcnrs, ou d’autres types d’annonce comme par exemple celles émanant du comité d’éthique du CNRS (COMETS).  Chaque abonné peut ensuite choisir de re-diffuser plus largement auprès de ses réseaux les messages ou les informations, s’il le juge nécessaire. 

C’est aussi un rôle de relai et de mise en relation.  Les correspondants peuvent ainsi être facilement sollicités pour « faire remonter » auprès de la direction de l’InSHS et de son équipe les besoins et les questions d’IST qui se posent dans les unités. Par exemple en 2017, Odile Contat, chargée d’études documentaires en charge des revues et de l’édition scientifique à l’Institut est venue rencontrer les membres du laboratoire pour échanger sur les questions d’édition et d’humanités numériques. En février 2019, c’est le Directeur adjoint scientifique en charge de l’IST Lionel Maurel qui est intervenu sur les aspects juridiques des données de la recherche, dans le cadre du séminaire sur la planification de la gestion des données (Axe transversal Edition, Archives, Humanités numériques). Support de son intervention.

 Au-delà de ces activités de diffusion d’information au fil de l’eau ou de la valorisation des activités IST d’HiSoMA, le rôle de correspondant IST est aussi désormais d’accompagner le développement de l’accès ouvert aux publications qui est appelé à s’accélérer du fait des politiques institutionnelles.

 Accompagner la politique volontariste d’ouverture des publications et des données

Dans le cadre de sa Feuille de route sur la Science ouverte que j’ai déjà signalée plus haut, le CNRS se fixe en effet l’objectif volontariste d'arriver à un taux de 100% de publications en Libre Accès à un horizon proche (fin 2020). Ce but a été formellement inscrit dans le nouveau Contrat d'objectifs et de performance (COP) conclu entre l’État et le CNRS pour la période 2019 à 2023 (p. 48).

Il est à noter que pour la direction du CNRS, cet objectif s’applique à l’ensemble de la production des laboratoires et pas aux seuls chercheurs rattachés à l’organisme. Pour contribuer à l’atteindre, une des premières mesures mises en œuvre consiste à utiliser l’archive ouverte HAL pour la saisie des rapports d’activités annuels des chercheurs CNRS. Ainsi dès 2020, la rubrique « publications scientifiques » du rapport d’activité RIBAC ne sera plus alimentées qu’à partir du flux HAL sans possibilité d’ajouter d’autres publications dans le formulaire.
Dans sa feuille de route, le CNRS demande également que les sections et commissions exerçant un rôle d’évaluation inscrivent dans leurs critères quatre principes clés :
1/ le fait que ce sont les résultats eux-mêmes qui doivent être évalués et non le prestige de la revue dans lequel ils sont diffusés ;
2/ l’instauration d’une évaluation individuelle fondée sur la contribution personnelle de chaque chercheur et l’inutilité de la liste exhaustive des publications ;    
3/ l’extension des types de productions pouvant être évalués (par exemple incluant désormais de manière légitime les données sous-tendant les publications ou les codes sources informatiques) ;
4/ l’obligation de déposer dans HAL le texte intégral de toutes les publications citées dans les dossiers d’évaluation. Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, j’ajoute que la feuille de route précise qu’il s’agit bien « des productions elles-mêmes et non de leurs références ». 

Pour accompagner ces différentes mesures qui vont se mettre en place progressivement, l’InSHS a déjà sollicité les correspondants IST des laboratoires SHS en les invitant à faire connaître ce changement de politique de l'établissement au sein de leurs unités d’affectation. 
En effet, un accompagnement des pratiques pourra être nécessaire, même si le nombre de publications à « entrer » dans HAL reste limité par la production annuelle d’un auteur. Ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est la systématisatisation des dépôts en texte intégral qui est visée, dans la mesure du possible. La Loi Pour une république numérique de 2016 donne de nouveaux droits au chercheur lui permettant de mettre ses écrits en libre accès au terme d’une période de 12 mois en SHS, quels que soient les accords signés avec l’éditeur. Il lui est ainsi possible de diffuser par le biais d’une archive ouverte son article.
Concrètement, il suffit de charger dans la plateforme d’archive ouverte le fichier numérique correspondant à la « version finale acceptée pour publication », selon les termes de l’article 30 de la loi. Comme la gestion de dates d’embargo de la plateforme HAL permet de respecter les 12 mois après la publication pendant laquelle l’accès ne peut être libre, le dépôt peut être fait dès la publication. Pendant la période protégée, seule la notice bibliographique est visible. Au terme des 12 mois, l’article est  automatiquement rendu accessible.
L’InSHS proposera des formations et des actions de sensibilisation pour accompagner ces mesures. Les membres de la MOM peuvent aussi trouver de l’aide au cours d’un « HAL Lunch » organisé par la Bibliothèque ou en envoyant une demande d’aide via la boîte mail.

 Au-delà du rôle de correspondant, un prochain atelier « Science ouverte » dans le cadre d’un programme du quinquennal

La montée en puissance de la Science ouverte peut se répercuter au niveau des laboratoires de recherche par des initiatives et des actions qui nécessitent une concertation collective. Dans le cadre du programme D du projet 2021-2024 d’HiSoMA, un atelier « science ouverte » organisé sous forme de sessions de travail collectif vous sera proposé. Il a pour objectif de réunir des chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs et doctorants autour des questions pratiques et scientifiques posées par la publication ouverte de données. Par exemple, il pourra s’agir de travailler à la rédaction de plans de gestion de données (aujourd’hui obligatoires dans les projets ANR), à leur mise à jour ou à la définition de stratégies de publication de données (choix des plateformes de dépôt, réflexion sur les standards, rédaction de datapapers…).
Des séances d’information plus générales pour accompagner le développement d’initiatives liés à la publication de livres ou de revues en accès ouvert pourraient également trouver une place dans ce cadre, selon les besoins et les intérêts des porteurs de projets d’HiSoMA. En clair, je vous invite à me solliciter directement pour organiser des séances centrées sur vos besoins ou ceux de vos projets.
Idéalement, au fil des rencontres, un petit groupe de membres particulièrement intéressés par ces questions pourrait se constituer. Les doctorants ou post-doctorants y ont d’ailleurs toute leur place tant les enjeux de formation sont grands dans ce domaine. Le programme des activités pourra aborder de nombreux autres thèmes. Par exemple, l’explication des critères d’exemplarité de l’appel à projets du fonds national de la science ouverte (attention cependant, la date limite de dépôt des candidatures est fixée au 31 mars 2020). Le but de cet appel est en effet d’aider à la transition des publications scientifiques vers le libre accès et au développement de la bibliodiversité.  Il comporte un volet dédié au soutien des contenus éditoriaux qui peut concerner tous les porteurs de projets de publications en SHS.

Les projets soumis peuvent porter :      
- sur le développement de livres en accès ouvert ;         
- sur le développement de revues en accès ouvert ;        
- sur le développement de nouvelles formes éditoriales innovantes. 

Les financements vont de 10 000 à 45 000 euros pour les projets individuels et de 10 000 à 90 000 euros pour les candidatures associant plusieurs projets éditoriaux.
A l’heure où l’accès libre aux publications et données de la recherche se constitue en véritable « politique publique », l’IST, devenue « Science ouverte », prend peu à peu plus d’importance pour les instances de gouvernance des laboratoires. Mais cette dimension stratégique ne peut se développer sans une vision collective des enjeux, portée par l’ensemble de leurs membres. Si « rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie » pour reprendre la citation de Lewin, de même c’est une vision partagée des grands enjeux parfois un peu abstraits de la Science ouverte qui pourra peut-être faciliter l’organisation plus concrète de la gestion et de la publication des résultats.
Produire une science, plus numérique, plus cumulative, plus visible et appropriable pour l’ensemble de la société… soit, mais à condition de s’appuyer sur les spécificités disciplinaires, documentaires et scientifiques des travaux qui y sont menés.
Telle est du moins est l’ambition que nous pouvons tenter de développer ensemble.

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