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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

La nécropole des animaux de Dendara

Responsable : Sylvain Dhennin – CNRS, HiSoMA

Le mois d’octobre 2019 a vu la première campagne de fouilles sur le secteur de la nécropole des animaux de Dendara. Ce secteur se trouve dans la partie sud-ouest du site actuel, en bordure de l’espace connu de la nécropole humaine, à 650 m de l’angle sud-ouest de l’enceinte du téménos d’Hathor.
Les fouilles se sont concentrées sur deux bâtiments : les catacombes nord du plan dressé par W.M.F. Petrie et son camp de base.

La mission de Dendara est une mission de l’Institut Français d’Archéologie Orientale du Caire, dirigée par Pierre Zignani (CNRS - IRAMAT). L’équipe du secteur des catacombes animales est constituée de Sylvain Dhennin (CNRS, HiSoMA, responsable de l’opération), Joachim Le Bomin (archéologue, HiSoMA) et Stéphanie Porcier (archéozoologue, HiSoMA/ASM).

Localisation du secteur de la nécropole des animaux de Dendara (GoogleEarth)
Localisation du secteur de la nécropole des animaux de Dendara (GoogleEarth)

Réévaluation des catacombes animales 

Parmi les deux bâtiments explorés par Petrie et dont il a dessiné le plan, les catacombes nord ont retenu notre intérêt en premier en raison de leur état de surface, nécessitant des travaux plus rapides que les catacombes sud, qui sont aujourd’hui entièrement comblées. Plusieurs galeries étaient en effet ouvertes et accessibles.

 Vue générale des catacombes nord, depuis le sud-est (fin de fouille) © S. Dhennin, HiSoMA
Vue générale des catacombes nord, depuis le sud-est (fin de fouille) © S. Dhennin, HiSoMA

La structure était connue dans son ensemble depuis les fouilles de Petrie en 1898, et avait été publiée rapidement par lui, sous la forme d’un plan masse et de quelques pages de description et de commentaires (W.M.F. Petrie, Dendereh 1898, MEEF 17, 1900, p. 28-30, 59-60 et pl. XXXVI).
Les travaux entrepris cette année avaient pour objectif d’évaluer l’état de conservation de la nécropole et de confirmer le plan publié par Petrie, en y apportant les compléments et précisions nécessaires. L’une des questions résidait dans la détermination de la chronologie de la nécropole, fixée par Petrie entre le Nouvel Empire et l’époque romaine. La temporalité générale des nécropoles d’animaux multiples est à priori plus tardive, avec un développement à la XXVIe dynastie et un fonctionnement jusqu’à l’époque romaine, avec un pic d’activité à l’époque ptolémaïque.

L’observation de l’orientation des galeries visibles en surface a permis de déterminer l’emprise d’un premier sondage (sondage 2), au croisement des deux corridors principaux dessinés par Petrie. Un deuxième sondage (sondage 3) a ensuite été mené plus au nord, là où le plan de Petrie montrait un changement d’orientation.

 

Plan des catacombes nord d’après W.M.F. Petrie marquant l’emplacement des sondages © S. Dhennin, HiSoMA
Plan des catacombes nord d’après W.M.F. Petrie marquant l’emplacement des sondages © S. Dhennin, HiSoMA

La partie sud du bâtiment

Le sondage 2, ouvert dans la partie sud du bâtiment, avait pour objectif de mettre au jour la jonction entre le corridor est-ouest et le corridor nord-sud dessinés par Petrie, de manière à pouvoir situer les restes visibles en surface sur le plan tout en évaluant l’état de conservation. Il est apparu que l’ensemble de la structure avait souffert d’un large incendie, détruisant une part importante du contenu des galeries mais assurant la conservation de leur architecture en cuisant les briques.

Le sondage 2, sur la partie sud du bâtiment, en cours de fouille © S. Dhennin, HiSoMA
Le sondage 2, sur la partie sud du bâtiment, en cours de fouille © S. Dhennin, HiSoMA

Le Corridor est-ouest a été dégagé sur une longueur de 7 m. Il est délimité par deux murs parallèles, au sud et au nord. Dans sa partie dégagée, il ouvre sur trois portes au sud, qui constituent des portes d’entrées pour des galeries dans lesquelles étaient inhumés les animaux. Une porte ouvre au nord et donne accès à un corridor perpendiculaire, ouvrant sur d’autres galeries d’inhumation. Les murs qui composent le corridor est-ouest ont une hauteur de 1,70 m (incluant une assise de fondation). L’assise supérieure conservée constitue le lit d’attente de la voûte, dont la première assise était conservée sur nord. Le sol du corridor a souffert de l’incendie et n’était plus présent que par endroits. Il recouvrait directement le sol naturel, atteint pour vérification dans la partie centrale du corridor. L’ensemble du fond du corridor était recouvert d’une couche de débris, consécutive aux fouilles de Petrie et comportant de nombreux restes de momies animales, ossements, céramiques et fragments de jarres pour les inhumations.

L’état de conservation des murs et de la voûte par endroits a permis de mettre en évidence le mode de construction général. Les murs sont posés sur le sol naturel, avec une assise de briques servant de fondation et recouverte par le sol des espaces construits. Ils forment un soutien pour les voûtes dans leur partie intérieure et leur partie extérieure s’élève plus haut pour constituer un caisson qui devait servir à recouvrir la voûte pour rendre la structure à nouveau souterraine.

La partie nord du bâtiment

Le sondage 3 a été ouvert plus au nord, à l’endroit où le plan de Petrie présente une inflexion vers le nord-est, pour en vérifier la chronologie et l’hypothèse d’une phase différente d’installation. Il a été ouvert juste au sud de la porte 33, sur une longueur de 15 m, jusqu’au nord de la porte 35. Sa largeur (5,50 m en moyenne) a été déterminée pour couvrir l’ensemble du corridor 3 et l’ouverture des galeries à l’est et à l’ouest.
Le sondage 3, sur la partie nord du bâtiment. © S. Dhennin, HiSoMA
Le sondage 3, sur la partie nord du bâtiment. © S. Dhennin, HiSoMA

Dans cette partie du bâtiment, le plan de Petrie n’est pas conforme à la réalité. Le changement d’axe du plan existe bien, mais il manque au moins une porte (porte 34). Cette porte n’est pas liée aux longs murs d’orientation nord sud délimitant le bâtiment à l’est et à l’ouest. Elle leur est postérieure, pour la raison que ces murs appartiennent à une structure plus ancienne et inconnue jusqu’ici, sur lesquels la voûte du corridor a été appuyée lors de la construction des catacombes.

Une découverte inattendue

Ce sont ces murs préexistants, tous construits en brique crue, qui ont induit le changement dans l’axe général du bâtiment, en raison de leur orientation première. Ils ont également induit un certain nombre de petits ajustements architecturaux, en particulier pour assurer le lien entre la voûte du corridor et l’imposte des portes anciennes.
Le mur occidental du corridor, remployant une façade de tombe © S. Dhennin, HiSoMA
Le mur occidental du corridor, remployant une façade de tombe © S. Dhennin, HiSoMA

Dans la partie nord-ouest du corridor, le mur remployé conserve encore son enduit en argile lissé d’origine, ainsi qu’une corniche à gorge, également réalisée en argile lissée. Ces éléments nous permettent de l’identifier à la façade d’une tombe plus ancienne. La porte originale a été transformée en porte de galerie pour la nécropole et le reste de la façade utilisé comme caisson pour la voûte du corridor. Il s’agit d’une découverte exceptionnelle à plusieurs titres. D’une part elle met en valeur le processus de construction des catacombes animales, qui remploient des murs anciens, et les modalités de ces remplois (modifications dans la structure prévue, ajustements architecturaux, techniques mises en œuvre). D’autre part, elle indique l’existence d’une partie totalement inconnue de la nécropole humaine de Dendara. Celle-ci se développe à l’ouest vers la limite du site, dans un espace qui n’a jamais été fouillé et dont l’état de surface indique le bon état de conservation. Les perspectives de mettre au jour une portion inédite du cimetière de Dendara sont importantes et devraient permettre de compléter notre connaissance des inhumations sur le site et de leur chronologie.

Le camp de fouille de Petrie (sondage 1)

La visite préliminaire de la zone en 2018 avait mis en évidence un ensemble de trois murs, de fonction indéterminée, mais dont l’ancienneté n’était pas évidente. Suite à une mission dans les archives de Philadelphie, Y. Tristant avait identifié ce bâtiment, de forme caractéristique, avec le camp de base de Petrie, installé pour ses fouilles dans la nécropole à la fin du XIXe siècle.

Le bâtiment est implanté sur la trace d’un ouadi de direction approximative nord-sud. L’identification sur le plan de Petrie et l’affleurement de la structure ont conduit à déterminer un secteur de fouille réduit à l’emprise du bâtiment. Disposé de manière à faire face à l’est, le bâtiment devait permettre, avant l’installation des déblais issus de ses fouilles, d’avoir un aperçu direct sur la nécropole des animaux et, au-delà, sur le cimetière humain. Il est également disposé de manière à faire dos aux vents dominants.

 Vue générale du camp de Petrie en cours de fouille © S. Dhennin, HiSoMA
Vue générale du camp de Petrie en cours de fouille © S. Dhennin, HiSoMA

La partie conservée du bâtiment est constituée principalement de trois murets liés et construits de manière similaire : larges d’une trentaine de centimètres et assez irréguliers, il sont composés de gros galets de silex (jusqu’à 20-25 cm de long), abondants dans le substrat local et récupérés à proximité, et de brique cuites remployées des structures antiques. Ces éléments sont liés grossièrement à la terre crue. Le premier (MR1) est d’orientation approximativement est-ouest et représente l’extrémité sud du bâtiment. Il mesure 3,90m de long et il est conservé sur une hauteur maximale de 40 cm. Le deuxième (MR2), construit de manière identique et perpendiculaire au premier, fait 24,40 m de long. Orienté approximativement nord-sud, il représente le dos du bâtiment. Il est conservé sur une hauteur maximale de 60 cm. Le troisième (MR3), au nord, est parallèle au MR1, mais plus court de 70 cm. Il est néanmoins conservé sur toute sa longueur et l’espace non construit correspondait à la porte d’entrée du bâtiment. Le plan de Petrie indique en effet une rangée de huttes immédiatement à l’est de la structure maçonnée, avec un accès réservé entre les deux.

Ces trois murets constituent la seule partie construite en dur de la structure, et la seule à avoir vraiment subsisté. De la rangée de huttes, il ne subsiste que quelques traces en négatif. La stratigraphie n’était composée que d’une couche d’abandon, formée de terre noire meuble, peu épaisse et présente sur l’ensemble de l’intérieur de la structure. Elle recouvrait un niveau de circulation induré, composé de sable tassé, correspondant lui-même à la surface du substrat (composé d’un mélange de sable et de gros silex). Les seules traces d’occupation ont été observées dans l’angle nord-ouest du bâtiment, avec la conservation d’un foyer. Le niveau de circulation autour de ce foyer et vers l’extérieur de la structure s’est trouvé légèrement exhaussé et noirci par les rejets de cendre.

 Le foyer dans l’angle nord-ouest du bâtiment © S. Dhennin, HiSoMA
Le foyer dans l’angle nord-ouest du bâtiment © S. Dhennin, HiSoMA

Le matériel issu de ces couches stratigraphiques était composé d’une variété d’objets de différentes périodes issus des fouilles de Petrie (fragments de céramiques, ostraca, fragments de calcaire inscrits, etc.) et d’objets contemporains de sa fouille et abandonnés par son équipe (tire-bouchon, bouchons en liège, balles et douilles, etc.).

En conclusion

L’ouverture de ces trois secteurs de fouille a permis une bonne réévaluation des travaux menés par W.M.F. Petrie à l’extrême fin du XIXe siècle. Ils sont surtout prometteurs pour la suite des travaux. L’étude des catacombes animales va être poursuivie dans le bâtiment nord, tandis que le bâtiment sud fouillé par Petrie reste à réévaluer.

L’objectif est de poursuivre l’étude architecturale des structures souterraines, de rassembler les informations restantes sur les inhumations animales (étude archéozoologique) et de rechercher les éléments en surface ayant pu être utilisés en lien avec le fonctionnement des catacombes. Surtout, la poursuite des travaux sur les nouvelles structures découvertes est susceptible de mener à la découverte et à l’étude d’une nouvelle nécropole humaine pour le site de Dendara.

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