UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

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Axe A8 : Articulation et transmission du savoir grammatical

De la pédagogie orale aux Digital Humanities

Coordination Lyon 2

Comme les Modernes, les Anciens s’étaient proposé de distinguer les « parties », les « fonctions », les « instruments » propres à chaque science. Dans le cas de la grammaire, la répartition épistémologique entre les versants rationnel, empirique et historique, héritée de la médecine (voir programme « Savoirs médicaux »), est à l’origine, entre autres, de la classification attribuée à Tyrannion (Ier s. av. J.-C.), selon laquelle la grammaire est constituée de quatre parties (la correction des textes, la lecture, l’explication et la critique) et se sert de quatre instruments (la glossographie, l’analyse historique du contenu, la métrique et la grammaire au sens technique). Cette répartition n’a pas seulement une importance épistémologique ; elle correspond aussi à des pratiques pédagogiques très répandues dans l’Antiquité. Les progrès dans nos pratiques ecdotiques sur les traités qui sont au fondement même de cette transmission du savoir n’ont pas été suivis par la reconstitution de l’unité doctrinale originelle qui a rayonné dans des formes différentes mais complémentaires d’herméneutique linguistique et textuelle.

C’est ainsi que nous nous proposons de créer un programme unifié de recherche où les spécialistes de la grammaire, de la glossographie et des commentaires aux œuvres littéraires de la latinité puissent collaborer et mettre en relation les acquis dans leurs propres domaines de recherche avec ceux des autres, pour parvenir à une vue globale des pratiques pédagogiques antiques et des présupposés théoriques communs de celles-ci.

À cette fin, l’apport des nouvelles technologies appliquées aux sciences humaines (Digital Humanities) s’avère essentiel. L’édition « dynamique » en ligne des sources permet de mettre en évidence les articulations structurales des textes et leurs différents niveaux énonciatifs ; elle donne surtout la possibilité d’effectuer plusieurs types de lecture, et notamment des parcours thématiques transversaux, selon des critères homogènes et cohérents. La synergie avec le programme « Hyperdonat » sera de ce point de vue particulièrement précieuse.

Ce programme comportera plusieurs volets complémentaires :

1. Le bilinguisme gréco-latin. Bon nombre de manuels de grammaire composant le corpus des artigraphes sont représentés par des textes écrits dans les provinces orientales de l’Empire romain pour un public hellénophone. Pour étudier de façon systématique la présence du grec chez les Grammatici Latini, nous nous proposons d’enquêter sur deux questions fondamentales : les mécanismes de réception des auteurs grecs, à la fois ceux dont le texte a également été transmis par tradition directe et ceux dont il ne reste que des fragments cités par les grammairiens ; la terminologie technico-grammaticale et les phénomènes du calque et de l’emprunt. Ce projet sera développé en lien étroit avec le programme « Frontières et contacts entre les langues ».

2. Les exemples grammaticaux : philologie et société. L’étude des citations littéraires utilisées comme exemples dans les manuels scolaires commence par le repérage des marques formelles qui les caractérisent, pour ensuite se concentrer sur les effets de permanence d’un même exemple dans une société qui était en train d’évoluer (par exemple, pourquoi et comment les chrétiens citaient-ils un vers de Virgile ?), sur le choix des auctores cités (par exemple, la présence d’extraits d’œuvres techniques utilisés comme modèles linguistiques), et sur la forme des citations, directement liée aux buts des grammairiens.

3. Les traités orthographiques et les échanges entre spécialités grammaticales. Il existe bien sûr des textes qui semblent purement orthographiques, avec des parties et des instruments spécifiques, mais d’autres traités d’orthographe empruntent leurs matériaux à des lexiques, à des traités d’accentuation ou de pathologie ; de même, les lexiques ou les recueils d’épimérismes peuvent emprunter des éléments importants aux traités orthographiques, comme ils le font également avec les commentaires et les recueils paroemiographiques. Ces échanges portent d’abord sur le matériau, mais il arrive inévitablement que les méthodes d’une spécialité influent sur celles d’une autre, par exemple quand l’alphabétisation des lexiques s’impose dans d’autres ouvrages.

4. La grammaire chez les commentateurs et les lexicographes. Quelle place le savoir grammatical, en termes de proportion, occupe-t-il au sein d’un commentaire long et suivi, par exemple dans celui de Servius à Virgile, ou d’un lexique, par nature fragmenté en courts articles classés alphabétiquement, comme celui de Festus ? Se pose également la question du (des) public(s) : à qui sont destinées les références à la grammaire ? Peut-on y distinguer différents niveaux d’enseignement et de pédagogie ? Enfin, la teneur de ce savoir peut fournir matière à réflexion : les remarques grammaticales des commentaires et des lexiques étudiés dans le cadre du programme « Eruditio » sont-elles cohérentes avec les développements des artes grammaticae ? Une comparaison systématique –  à l’aide de l’outil informatique – devrait permettre d’établir les niveaux de dépendance ou d’autonomie entre ces corpus, et même au sein de chacun d'entre eux, en morpho-syntaxe et en sémantique.


Partenariats institutionnels
UMR 7597 Histoire des théories linguistiques (Université Paris VII Diderot) et GDR 2643 Ars scribendi et l’association Ars grammatica. Il compte parmi ses membres internationaux : Valeria Lomanto (Université de Turin), Luca Martorelli (Université de Rome - La Sapienza), Mariarosaria Pugliarello (Université de Gênes), Bruno Rochette (Université de Liège), Patrizia Stroppiacci (Université de Siene), Javier Uria (Université de Saragosse).

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