UMR 5189

Suivre l'actualité par flux RSS

Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Mission archéologique Française de Taposiris - archives 2007-2010

Mission Française des fouilles de Taposiris Magna

Directrice de la mission: Marie-Françoise Boussac
Architecte: Thibaud Fournet

Responsable communication: julie.bonopera[at]taposiris[dot]com


Membres de la mission
M.-F. Boussac , directrice (HiSoMA – Maison de l’Orient), Th. Arnoux, topographe, INRAP ( Toulouse), C. Benech, géophysicien, CNRS (Archéorient – Maison de l’Orient), O. Callot, architecte, CNRS (IFPO), S. Dhennin, doctorant, allocataire de recherche univ. Charles de Gaulle Lille III, M. El-Amouri, archéologue, Th. Fournet, architecte, CNRS (IRAA - HiSoMA / Maison de l'Orient), P. Georges, archéologue et anthropologue, INRAP (Toulouse), J.-P. Goiran, géomorphologue, CNRS (Archéorient – Maison de l’Orient), C. Harlaut, céramologue, doctorante, S. Marquié, céramologue, post-doctorante Université Lumière Lyon 2, M.-D. Nenna, archéologue, CNRS (HiSoMA – Maison de l’Orient),M.-C. Petitpa, archéologue, Éducation Nationale, V. Pichot, archéologue, Centre d’Études Alexandrines, B. Redon, archéologue, doctorante, allocataire de recherches univ. Charles de Gaulle Lille III

2ème prix Clio 2005 pour la recherche archéologique française à l'étranger

Voir le site de la mission: www.taposiris.com

Deux villes de Maréotide

Taposiris Magna et Plinthine font partie d’un chapelet de cités qui s’égrenaient, dans l’Antiquité, le long de la côte méditerranéenne, entre Paraetonium(Marsa Matrouh) et Alexandrie. Elles sont implantées en Maréotide, une région dont Strabon souligne la vitalité, le nombre de villas agricoles et de bourgades et l’importance économique pour la capitale Alexandrie.

Vue d'ensemble du site depuis le lac Mariout. © MFFT
Vue d'ensemble du site
depuis le lac Mariout. © MFFT

Situés à 45km à l’ouest d’Alexandrie, sur la rive nord du lac Maréotis, ces deux sites lacustres, distants de 2.5km tournent le dos à la mer Méditerranée, dont les sépare une crête rocheuse de direction Est-Ouest, la taenia. Leur abandon sans réoccupation, à la fin de l’Antiquité (Taposiris) ou au début de l’époque impériale (Plinthine), a assuré la préservation de leurs vestiges qui s’étendent depuis la crête rocheuse jusqu’à la dépression occupée par le lac et illustrent l’urbanisme des bourgades de la campagne (chôra) alexandrine de l’époque hellénistique à la fin du VII e s. ap. J.-C..

Éclipsées par la gloire d’Alexandrie, ces villes plus modestes n’avaient pas reçu l’attention qu’elles méritaient. Depuis 1998, la mission Taposiris Magna, sous l’égide de la Maison de l’Orient (HiSoMA & IRAA) et du Ministère des Affaires étrangères, explore le territoire et les vestiges de ces deux cités qui sont parmi les rares agglomérations antiques de la région encore épargnées par l’urbanisation récente. 

Nos prédécesseurs (E. Breccia en 1905-1906, A. Adriani en 1937-1939, l’Organisation égyptienne des Antiquités) s’étaient plutôt intéressés aux monuments religieux ou funéraires: le temple d’Osiris, édifié probablement au IIIe s. av. J.-C. et fouillé par le SCA depuis 2005, la Tour des Arabes - en réalité une tombe monumentale, réplique du phare d’Alexandrie - et la nécropole hellénistique de Plinthine.

la mission française a entrepris une étude d’ensemble des deux sites urbains et de leur territoire en cherchant à les replacer dans leur environnement antique, très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Elle mène ses travaux en priorité dans la ville basse et le port de Taposiris Magna, qui remplit les fonctions de douane occidentale d’Alexandrie. L’étude des installations portuaires, qui incluent un exemple rare de port fermé, permet d’analyser leur impact sur le développement (Taposiris) ou sur le déclin (Plinthine) des deux villes.

Enfin, ces deux bourgades de la chôra alexandrine permettent d’étudier les processus d’acculturation de populations grecques établies dans un milieu égyptien, à travers l’architecture, les pratiques sociales ou funéraires (bains collectif de type grec, traces de momification dans des hypogées hellénistiques).

La Tour des Arabes (planche tirée de la Description de l'Egypte). © MFFT
La Tour des Arabes (planche tirée de la Description de l'Egypte). © MFFT
Visite sur les fouilles de E. Breccia  au début du siècle (archives du musée gréco-romain d'Alexandrie). © MFFT
Visite sur les fouilles de E. Breccia 
au début du siècle (archives du musée
gréco-romain d'Alexandrie). © MFFT
Vue d'ensemble du site. Travaux de topographie. © MFFT
Vue d'ensemble du site.
Travaux de topographie. © MFFT 

La nécropole de Plinthine

On sait que les pratiques funéraires sont particulièrement révélatrices de l’identité d’un groupe humain. La nécropole de Plinthine est l’un des rares ensembles funéraires de la région où une approche globale de la sépulture est possible, étude architecturale (O. Callot, IFPO Damas) et étude anthropologique (P. Georges, INRAP) pouvant être menées de front. Établie sur la crête de la barre rocheuse séparant la Méditerranée du lac Maréotis, elle occupe une surface d’environ 700 m2 et compte pour l'instant 78 tombes dont un hypogée monumental découvert en 2004 et fouillé en 2005. Elle offre le double avantage d’être limitée dans son extension et dans sa durée : son histoire commence à la fin du IVe / début IIIe siècle (comme le prouve le matériel de trois tombes de surface fouillées en 2002, 2003 et 2004) et s’achève au tout début de l’époque impériale. Proche de la capitale, elle permet d’examiner la diffusion et l’adaptation des modèles alexandrins dans la chôra.

Cour d'un des hypogées  de la nécropole de Plinthine. © MFFT

Cour d'un des hypogées 
de la nécropole de Plinthine.
© MFFT

Escalier d'accès à la tombe souterraine découverte en 2004  © MFFT

Escalier d'accès à la tombe
souterraine découverte en 2004 © MFFT

Tombe de surface et matériel associé © MFFT

Tombe de surface
et matériel associé
© MFFT

Le port de Taposiris Magna

Mareotis

Taposiris offre un cas unique d’aménagement d’un port fermé sur le lac Maréotis.
À une date et selon des modalités que nous sommes en train de caractériser par une triple approche - archéologique, paléoenvironnementale (J.-P. Goiran) et géophysique (Ch. Benech) -, le port a été aménagé en complexe fermé, verrouillant les circulations sur le lac : on a creusé un chenal artificiel, de direction Est-Ouest ; avec les terres de creusement on a édifié, au Sud, sur 2 km, une levée artificielle, haute de 5 m (fouille et étude M.-C. Petitpa).
Un pont massif à deux piles signale l’entrée à l’Ouest (étude et fouille 2004, M. El-Amouri) ; une digue de 200 m de long en bloque la sortie à l’Est (étude et fouille 2005, M. El-Amouri).
Les travaux ont peu à peu révélé la mise en œuvre, à l’époque impériale, d’un programme ambitieux dont certaines phases restent encore à préciser. Ils ont aussi montré qu’il fallait chercher ailleurs le port hellénistique. 
Ils ont enfin prouvé la longévité de ces activités : un entrepôt sur lequel un sondage limité a été effectué en 2000 (H. Silhouette) était, dans sa phase finale, encore utilisé au VIIe s. ap. J.-C.

Fouille stratigraphique sur la levée artificielle. © MFFT

Fouille stratigraphique sur
la levée artificielle. © MFFT

Extrémité est du port de Taposiris © MFFT

Extrémité est du port de Taposiris

Dispositif de chasse d'eau  sur la digue est. © MFFT

Dispositif de chasse d'eau 
sur la digue est. © MFFT

La ville haute de Taposiris : modèles grecs et influences égyptiennes

Vue d'ensemble de la ville haute et des sondages sur les bains (campagne 2005). © MFFT
Vue d'ensemble de la ville haute et des sondages sur les bains (campagne 2005). © MFFT

 
Il y a un siècle, Breccia avait partiellement exploré une terrasse en contrebas du temple, où s’alignaient côte à côte des bains à tholoi, une « nécropole d’animaux sacrés », une « chapelle » et une habitation, partiellement ou totalement taillés dans le rocher. Le tout disparut sous les remblais dans les années 1940.
Ces monuments, retrouvés en 2003, s’intègrent dans un quartier très dense, organisé de part et d’autre d’une voie nord-sud qui relie le port au temple d’Osiris. La forte pente du terrain naturel, en particulier un front de rocher apparent, explique l’organisation des vestiges dans ce secteur de la ville : des murs de terrasse permettent l’aménagement de salles disposées en escalier au-dessus de salles souterraines creusées dans le calcaire. C’est cette disposition qui explique, malgré l’aspect dévasté du site, le très bon niveau de conservation des vestiges, protégés de l’érosion par la ruine des parties hautes : les salles souterraines et les structures disposées en avant du front de rocher sont ainsi conservées intactes sous les remblais. Cet excellent niveau de conservation, associé à la nature des monuments et à la situation privilégiée du quartier dans la ville, explique son intérêt archéologique.
La juxtaposition de vestiges caractéristiques d’une culture grecque tels que les bains à tholoi (fouillés et étudiés depuis 2001 par Th. Fournet et B. Redon) ou la maison à péristyle, et de constructions directement issues d’une tradition égyptienne (« nécropole aux momies d’animaux », temple d’Osiris, étudiées par S. Dhennin) fait de ce « quartier Breccia » un secteur au potentiel archéologique exceptionnel. 
 

Salle principale des bains souterrains, accès aux rotondes. © MFFT
Salle principale des bains souterrains,
accès aux rotondes. © MFFT

Rotonde est des bains souterrains. © MFFT
Rotonde est des bains souterrains.
© MFFT

 

La redécouverte des bains souterrains, et surtout l'opportunité qu'ils offrent de réexaminer le dossier des bains gréco-romains du Delta, a motivé l'organisation d'un colloque international sur le bain égyptien (1-4 décembre 2006 - Bibliotheca Alexandrina), dans le cadre du groupe de recherche sur le bain en Orient piloté par les laboratoires HiSoMA et IRAA.

Pour en savoir plus: www.balneorient.mom.fr

Perspective éclatée sur les bains souterrains  fin de campagne 2003 (© MFFT- Th. Fournet)

Perspective éclatée sur les bains souterrains 
fin de campagne 2003
(© MFFT- Th. Fournet)

Proposition de restitution du dispositif de cuves plates des bains souterrains. (© MFFT- Th. Fournet)

Proposition de restitution du dispositif de cuves plates des bains souterrains.
(© MFFT- Th. Fournet)

Perspectives

Par ses travaux sur la topographie, l'architecture et la chronologie de deux cités de Maréotide, la mission archéologique française mettait l’accent sur la dimension économique des villes de Maréotide et soulignait le rôle déterminant du milieu pour leur histoire ou leurs liens avec Alexandrie. Elle faisait à ce titre figure de pionnière dans la redécouverte de cette région : aujourd’hui, équipes grecques, françaises, anglaises et polonaises se pressent sur les rives du lac Maréotis. Des collaborations sont en cours, nécessaires pour sauver un patrimoine menacé au moment même où les autorités et les institutions (Bibliothèque alexandrine) cherchent à le valoriser. Les recherches à venir s'orientent désormais vers une étude globale de l’occupation et de l’exploitation du territoire sur la longue durée  (gestion des ressources naturelles, histoire urbaine, phénomènes d’interaction culturelle, pratiques sociales). La synergie développée avec d’autres équipes françaises, égyptiennes ou européennes sur des thématiques voisines permettra de tirer des conclusions communes  sur l’histoire de l’arrière-pays alexandrin, trop longtemps négligé.

Bibliographie détaillée des résultats de la mission

O. Callot, « La nécropole de Plinthine », La Gloire d’Alexandrie, Exposition Paris Petit Palais (1998), p. 254.

O. Callot , « La nécropole de Plinthine », Bulletin de la SFAC, RA (1998/1), p. 187-188.

M.-D. Nenna, « Les ateliers de verriers dans le monde grec aux époques classique et hellénistique », Topoi ,8/2 (1998), p. 694-701.

M.-D. Nenna, « Ateliers de production et sites de consommation en Égypte, V e siècle ap. J.-C. - VII e s. ap. J.-C. Premier bilan », Annales du 14 e congrès de l’Association Internationale pour l’Histoire du Verre, Italia/Venezia-Milano (1998), p. 19-24.

M.-D. Nenna, M. Picon et M. Vichy, « Ateliers primaires et secondaires de verriers en Égypte à l’époque gréco-romaine », in M.-D. Nenna éd., La route du verre : ateliers primaires et secondaires, Travaux de la Maison de l’Orient 33, Lyon (2000), p. 97-112.

M.-D. Nenna et D. Foy, « Tout feu, tout sable : Mille ans de verre antique dans le Midi de la France », cat. exp. Marseille, Musée d’Histoire, Aix-en-Provence (2001), p. 34.

M.-F. Boussac , « Deux villes de Maréotide : Taposiris et Plinthine », BSFE 150 (2001), p. 42-72.

M.-F. Boussac, Archéologia 403 (septembre 2003), p. 40

P. Georges, « La nécropole hellénistique de Plinthine », Archéologia 403 (septembre 2003), p. 35-41.

J.-P. Goiran, C. Morhange, 2003, « Géoarchéologie des ports antiques en Méditerranée : problématiques et études de cas », Topoi 11 (2001), p. 647-669.

Orientalia 72/1 (2003), « n°5. Taposiris et Plinthine » dans Fouilles et Travaux en Égypte et au Soudan 2000-2002, p. 5-7.

Orientalia 73/1 (2004), « n°5. Taposiris Magna et Plinthine » dans Fouilles et Travaux en Égypte et au Soudan 2002-2003, p. 3-6.

M.-F. Boussac, Th. Fournet, B. Redon, « Taposiris Magna, un édifice balnéaire en Maréotide gréco-romaine », dans Autour des citernes d’Alexandrie. Histoire de l’eau à Alexandrie, catalogue d’exposition région PACA (manuscrit déposé).

M.-F. Boussac, « Taposiris Magna : la création du port fermé », Actes du colloque international, Villes fluviales et maritimes : les contraintes de l’environnement, 20 novembre 2004, Paris (manuscrit déposé).

Th. Fournet., B. Redon, « Tell el-Herr, Taposiris Magna et les bains de l’Égypte gréco-romaine », contribution à la publication des fouilles de Tell el-Herr, II, par D. Valbelle, à paraître 2005 (manuscrit déposé).

Orientalia 74 (2005), « Taposiris Magna et Plinthine » dans Fouilles et Travaux en Égypte et au Soudan 2003-2004 (manuscrit déposé).

 

Logo CNRSLogo université Jean MonnetLogo ENS Lyon