UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

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Langue poétique et formes dialectales dans les inscriptions versifiées grecques

La journée d’étude sera consacrée à la présence des différentes formes dialectales dans la poésie épigraphique grecque, de l’époque archaïque jusqu’à la fin de l’époque romaine. Les enjeux d’une telle réunion de spécialistes d’épigraphie, de littérature et de linguistique de secteurs divers du monde grec sont multiples.
Dans une poésie conçue pour être affichée et lue par un public local, quelle est la place des dialectes épichoriques par rapport à celle des langues poétiques ? Dans un contexte où les contraintes de composition laissent aux poètes une marge de liberté, il s’agira de déterminer les raisons de leurs choix.
On s’interrogera aussi sur l'existence de spécificités propres à chaque région et sur la présence de traits communs à ce type de création poétique.
- vendredi 15 juin 2018 - de 9h à 17h30 - amphithéâtre Benveniste - entrée par le 5 rue Raulin (Bibliothèque MOM) - Lyon 7e
- affiche (.pdf)
- programme (.pdf)

Résumés :

• Introduction générale : les « langues » de la poésie épigraphique
Eleonora Santin, CNRS, HiSoMA
Les recherches sur la présence et sur l’usage des dialectes et des langues poétiques dans les poèmes épigraphiques se sont multipliées dans les dernières années. Le but de notre journée sera de réévaluer la validité des anciens acquis et de cerner, par l’apport des spécialistes majeurs du sujet, les spécificités propres à cinq différentes zones géographiques, ainsi que les éléments communs qui caractérisent les « langues » de la poésie épigraphique indépendamment de son lieu d’origine dans un temps long, de l’époque archaïque à l’époque romaine. Il s’agira donc dans l’introduction de notre rencontre de présenter l’état de l’art des études sur les aspects linguistiques de cette poésie de la rue et de la vie quotidienne, liée, d’une part, aux conventions littéraires du genre et ancrée, d’autre part, dans la réalité linguistique d’un certain territoire, parfois avec ses propres traditions poétiques.

• Si loin, si proche : éléments locaux et aspirations « internationales » dans la poésie épigraphique grecque archaïque
Sara Kaczko, Università degli Studi di Roma « La Sapienza »

Cette intervention aura comme sujet les divers codes et stratégies de communication adoptés dans les textes poétiques archaïques et classiques inscrits sur des monuments durables du point de vue de leur contexte et de leur finalité. Seront analysés quelques cas d’objets inscrits — en particulier attiques, mais aussi d’autres régions — dans lesquels des éléments « formulaires » et des traits non standardisés des systèmes sémantiques de l’iconographie, de l’archéologie, de l’épigraphie, du discours et du dialecte sont choisis et combinés de manière intentionnelle par le commanditaire (p. ex., sélection du matériau, mise en page de l’inscription, préférence pour des expressions homériques ou encore, notamment dans les inscriptions attiques, pour des traits dialectaux « doriens », qui a comme conséquence la combinaison de [aː] et de [εː]) sur la base du public du monument lui-même, avec des différences remarquables suivant qu’il s’agit d’une audience locale ou plus large et supranationale.

• CEG 637 (Larissa, 457 av. J. C.) : mise en page, dialecte, ambiguïtés
Albio Cesare Cassio, Università degli Studi di Roma « La Sapienza »

L’épigramme pour Théotimos d’Atrax (Thessalie), tombé sur le champ de bataille de Tanagra (457 av. J. C.), présente des particularités très intéressantes tant du point de vue du contenu que du point de vue formel : élimination des traits dialectaux thessaliens, réinterprétation quasi panhellénique de la réalité de la bataille de Tanagra et surtout construction raffinée du texte, dont une lecture dans l’ordre inverse, c.-à-d. (1) pentamètre (2) hexamètre, n’est pas préférable mais n’est pas exclue non plus.

L’identité à travers la langue : des éléments non-eubéens de la langue poétique à la présence d’étrangers dans les inscriptions métriques de l’île d’Eubée
Francesca dell’Oro, Université de Lausanne/Center for Hellenic Studies - Harvard University

Cette communication porte sur le repérage et l’analyse de plusieurs cas de définition de l’identité à travers l’alphabet et le dialecte dans le corpus des inscriptions métriques de l’île d’Eubée de l’âge archaïque jusqu’à l’âge romain. Quels éléments épichoriques eubéens sont employés dans les inscriptions versifiées ? Quels sont les traits non-eubéens et comment étaient-ils perçus par un Eubéen ? Comment la manière de construire sa propre identité a-t-elle changé à travers le temps ? Comment des Grecs venus d’autres régions de la Grèce ont-ils construit leur propre identité ? Voilà plusieurs questions suscitées par le corpus des inscriptions métriques eubéennes et auxquelles j’essaierai de donner des réponses.

À la recherche d’une langue poétique : les épigrammes préhellénistiques du Péloponnèse
Paloma Guijarro Ruano, Universidad Autónoma de Madrid

Les épigrammes grecques ont dans les dernières années été examinées selon diverses approches théoriques. Une attention particulière a été accordée aux épigrammes hellénistiques, notamment à leur degré d’imitation d’autres formes d’expression littéraire et au rayonnement d’un genre nouveau. En revanche, les inscriptions versifiées antérieures à cette période ont suscité moins d’intérêt. En effet, après les premières tentatives de définition de la langue de la poésie épigrammatique préhellénistique (B. Kock, De epigrammatum Graecorum dialectis, 1910 ; C. D. Buck, « A Question of Dialect Mixture in the Greek Epigram », Antidoron. Festschrift Jacob Wackermagel,1923, 132-136), seules les études de K. Mickey (« Dialect Consciousness and Literary Language. An Example fromAncient Greek », TPhS 79 [1981], 35-66) et d’A. Alonso Déniz et E. Nieto Izquierdo (« Dialecto local y dialecto épico en las inscripciones métricas de la Argólide », Minerva 22 [2009], 83-105) ont essayé de développer une méthodologie d’analyse spécifiquement consacrée à ces textes, qui ont, certes, une nature épigraphique, mais visent en même temps à une portée littéraire.
L’objectif de cette étude sera d’examiner le contact linguistique qui se produit entre la tradition littéraire ionienne-épique et les dialectes doriens du Péloponnèse jusqu’à l’arrivée de la koinè ionienne-attique (viie-ive av. J.-C.). Pour cela, nous nous bornerons à l’analyse des inscriptions votives qui présentent une structure formulaire composée d’un anthroponyme au nominatif (le nom du dédicant), le verbe de la dédicace (notamment ἀνατίθημι) et finalement, au datif, la divinité réceptrice de l’offrande. Il s’agit d’une formulation qui peut se trouver dans la prose épigraphique, mais qui parallèlement peut correspondre à la structure prosodique d’un hexamètre épique. Dans ce cas, la dernière partie du vers, après la césure trochaïque et à la diérèse bucolique, permet d’introduire dans la composition des éléments que l’on trouve aussi dans la tradition homérique. Renvoyant aux nouvelles approches des formules développées par la Grammaire des Constructions (C. Bozzone, Constructions: A new approach to formularity, discourse, and syntax in Homer, 2014), notre analyse examinera également la caractérisation linguistique selon la méthodologie déjà développée dans un travail précédent (La lengua de las inscripciones métricas del Peloponeso (siglos VII-IV a.C.), 2016). Celle-ci repose sur la comparaison des traits dialectaux ainsi que littéraires présents dans les inscriptions péloponnésiennes en vers et sur l’analyse du rôle joué par les contraintes métriques.

πετροκόλαπτον ἔπος : dialecte et langue poétique dans les inscriptions versifiées crétoises
Alcorac Alonso Dé́niz, CNRS - HiSoMA

S’étendant du ve siècle av. J.-C. jusqu’au ve siècle de notre ère, le corpus crétois d’inscriptions en vers est constitué principalement par quelque 120 épigrammes (pour la plupart funéraires et votives) trouvées dans l’île et dans d’autres régions du monde hellénique. S’ajoute à ce dossier une dizaine de compositions métriques non épigrammatiques, toutes de thématique sacrée. Par le nombre de textes, ce dossier est beaucoup plus important que les épigrammes « crétoises » transmises par les papyrus égyptiens et par l’Anthologie Grecque, et que les fragments d’autres genres attribués par divers auteurs anciens aux poètes crétois.
Du point de vue linguistique, la poésie épigraphique de la Crète, comme dans d’autres régions grecques, se caractérise, d’une part, par une influence très marquée de la langue épique ionienne, qui est omniprésente dans les épigrammes, et, d’autre part, par une certaine perméabilité aux traits locaux. Dans cette contribution seront analysés d’abord les traits généraux qui caractérisent la langue de composition en vers, ainsi que les tendances plus particulières qui séparent les textes religieux en vers (l’hymne à Kouros du sanctuaire de Zeus Diktaïos et les hexamètres « orphiques » d’Éleutherna) des épigrammes. Il sera question également de regarder les points communs entre les épigrammes crétoises inscrites et celles qui sont attestées par les anthologies des époques hellénistique et impériale. Enfin, j’étudierai les micro-corpus de quelques cités afin de déterminer si certains traits stylistiques, dont le dialecte, caractérisaient plus spécifiquement des écoles poétiques locales.

•  Langue poétique et formes dialectales dans les inscriptions versifiées grecques : le cas de la Cyrénaïque
Catherine Dobias-Lalou (Université de Bourgogne et Mission archéologique française en Libye)

Le corpus, constitué de 55 numéros, relève de typologies différentes et s’étale du VIe s. av. J.-C. au VIe s. ap. J.-C., avec un pic très net au IIe s. ap. J.-C. On constate que la coloration dialectale s’efface plus tôt dans les textes métriques que dans les autres inscriptions, mais reste encore vivace pendant la période hellénistique. On examinera les quelques traits qui constituent cette coloration dialectale et ceux qui, distincts de la koinè prosaïque, mais communs à la langue poétique traditionnelle et au dialecte, peuvent renforcer l’impression d’une teinte régionale dans les textes versifiés.

À la recherche de ce qui est perdu : l’épigramme de Sicile dans son contexte linguistique, archéologique et épigraphique
Olga Tribulato, Università Ca’ Foscari Venezia

L’épigramme de Sicile représente à première vue le domaine idéal pour l’analyse de la langue du genre épigrammatique et de son interaction avec les variétés linguistiques locales. À l’époque archaïque et classique, l’île a connu la coexistence de dialectes divers et a produit des formes poétiques originales (la comédie dorienne d’Epicharme, le mime de Sophron et la poésie lyrique de Stésichore) ; ses poleis florissantes ont également attiré les auteurs les plus célèbres de la Grèce (Pindare, Eschyle, Platon). Cette énorme richesse est néanmoins confrontée à la pauvreté de la documentation épigraphique tant aux périodes archaïque et classique qu’hellénistique, circonstance qui constitue un obstacle pour la composition d’un discours articulé sur l’usage, la diffusion et la langue de l’épigramme. Les textes conservés sont peu nombreux, brefs, souvent fragmentaires et en grande partie peu originaux.
Compte tenu de toutes ces circonstances, mon exposé sur l’épigramme sicéliote aura les trois buts suivants :

  • Offrir une vue d’ensemble des textes d’époque archaïque et classique arrivés jusqu’à nos jours.
  • Analyser le contexte archéologique des supports matériels des textes, ainsi que l’habitus épigraphique dont ils témoignent.
  • Faire le point sur la langue littéraire de l’épigramme sicéliote et sur son interaction avec les formes dialectales locales.

En combinant les perspectives linguistique, archéologique et épigraphique, je mettrai en évidence certaines caractéristiques de l’épigramme en Sicile qui peuvent nous aider à réfléchir sur son contexte de production.

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