UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Amasa - Que faire avec… un paysage ?

Michèle Brunet, professeur de littérature et épigraphie grecques 

Compte rendu de la séance du 9 février 2015 
Consultez les notes de présentation de M. Brunet sur amasapaysage.postach.io (mot de passe : 09022015).

1.   Le paysage : un objet d’étude

Le paysage est « ce que l’on voit du pays », c’est le champ de vision qu’embrasse un regard : comme objet d’étude, le paysage suppose un observateur. Pour l’Antiquité, c’est un observateur rétrospectif qui analyse les quelques paysages antiques conservés ou les restitue à partir de traces dans les paysages contemporains, tout en les confrontant avec les données testimoniales (textes ou images), lorsqu’elles existent.

Cette démarche régressive de restitution peut servir plusieurs fins : soit simplement pour restituer un artefact antique, soit dans des buts plus divers, de l’histoire des modes de production à la perception des visées esthétiques.

De nombreuses disciplines sont concernées par l’étude du paysage, et il convient de l'analyser, afin de démêler ce qui ressortit à la rationalité technique, ce qu'il faut imputer à la causalité sociale, ce qui est conséquence de la mobilité environnementale.

2.   L’historiographie de l’étude des paysages antiques, et notamment grecs

Depuis l’expédition de Morée au XIXe siècle, on s’intéresse à la géographie et au lien entre un lieu et la population qui y a vécu. Cet intérêt caractérise la géographie dite « humaine », qui interprète le paysage comme le produit d’une activité humaine et d’une population (voir les travaux de Vidal de la Blache).Dans les années 1960 et 1970, on étudie les paysages ruraux de l’Antiquité dans différents pays européens, avant d’en venir à la Grèce.Ce sont alors les archéologues qui vont investir ce champ d’étude, en sortant du contexte urbain pour découvrir les vestiges des activités agricoles et rurales des Grecs, tout en appliquant les principes nouveaux de la New Archaeology.

3.   Pièges, confusions, illusions

  • confusion des moyens et des fins
  • mauvaise gestion de la pluridisciplinarité dans les objectifs poursuivis
  • mauvaise appréhension des différences de temporalités
  • temps long du milieu « naturel » affecté par des « crises environnementales »
  • temps des sociétés humaines : les césures de l’histoire politique ne s’appliquent pas nécessaire au monde rural
  • paysage « reflet » des sociétés
  • paysage « éternel » ; fixisme et déterminisme
  • mauvaise articulation des échelles d’observation : territoire, site, paysage

4.   L’exemple de Délos

À partir de la fouille d’une ferme et de l’étude de ses environs, on reconstitue des voies de circulation entre des zones de terrasses délimitées par des murs. Resterait à faire un décapage sur de larges surfaces pour éventuellement trouver les fosses de plantation, de la vigne surtout.

Des comparaisons avec d’autres terrasses, par exemple celles de Naxos, ainsi que la conjonction de sources textuelles qui donnent un inventaire de ce qui se trouvaient sur des domaines (les baux de location), on peut proposer des restitutions des exploitations et proposer des conclusions qui concernent lhistoire économique, l’histoire sociale, mais aussi l’histoire des techniques.

Les vestiges du paysage antique :

* Au premier plan : vestiges d'une aire de dépiquage
* Au deuxième plan : alignement délimitant des terrasses de culture

Paysage de Delos © M. Brunet - EfA

© M. Brunet- EfA

La restitution du paysage agricole aux abords d’une ferme antique

Délos, L’organisation du parcellaire aux abords de la ferme aux jambages de granit, dessin N. Bresch © M. Brunet- EfA

Délos, L’organisation du parcellaire aux abords de la ferme aux jambages de granit, dessin N. Bresch © M. Brunet- EfA

Comparatif, un paysage agricole contemporain :

Naxos, Cyclades : Paysage agricole contemporain, exemple de polyculture méditerranéenne, cliché © M. Brunet

Naxos, Cyclades : Paysage agricole contemporain, exemple de polyculture méditerranéenne, cliché © M. Brunet

Bibliographie indicative

(Bibliographie plus étoffée ici).

  • Épistémologie du paysage :

Chouquer G., Les formes du paysage, 1996-1999 (tome 1, tome 2, tome 3)
* Article Archéogéographie sur Wikipedia
* Watteaux, M., L’archéogéographie, un état des lieux et de leurs dynamiques, Nouvelles de l’Archéologie, 125, 2011, en ligne sur revues.org

  •  Fondamentaux :

Berque A., Les raisons du paysage, Hazan, 1995.
* Blanchemanche P., Bâtisseurs de paysages, 1990.
* Brunet R., R. Ferras, H. Théry, Les Mots de la géographie, dictionnaire critique, Reclus, La Documentation Française, 3e édition revue et augmentée, 1993.
* Lacoste Y., Paysages politiques, Braudel, Gracq, Reclus, 1990.

  •  Un point de vue critique :

* Bruneau Ph., « L'archéologie du paysage », Ramage 3 (1984/85), p. 231-241.

  • Les articles de M. Brunet :

« Paysages, territoires, longue durée : le témoignage de l’archéologie dans Robin P., Aeschlimann J.-P. et Feller Ch. (éd.), Histoire et Agronomie. Entre ruptures et durée, Paris, 2007, p. 351-364.
* « Brève historiographie de l’archéologie du paysage en général, du paysage grec en particulier », Version française de l’article « Συντόμη ιστοριογραφία της αρχαίας Ελλάδας », Αρχαιολογία & Τέχνες, 87 (2003), p. 44-49.
* « Les territoires ruraux en Grèce : archéologie, géographie et histoire », Nouvelles de l’archéologie, 69 (1997), p. 19-23.
* « Le paysage agraire de Délos dans l'Antiquité », Journal des Savants, 1999, p. 1-50 (disponible sur Persée.fr). 

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