UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Que faire avec… une image ?

Hélène Wurmser, laboratoire IRAA

Compte-rendu de la séance du 12 janvier 2015 

Si l’image est l’objet privilégié de l’histoire de l’art, elle est aussi un objet d’étude pour l’archéologue et de plus en plus pour l’historien. L’image relève d’un discours qui artificialise le monde et elle est obscure pour qui ignore le contexte culturel d’origine. On peut tout faire avec une image, et surtout mal l’interpréter ; pour autant, on ne peut pas se contenter de regarder l’image ou de la décrire.

1. Définitions

Quels sont les mots grecs et latins pour parler de l’image ?
Le latin emploie le mot imago, qui désigne la reproduction matérielle d’un objet, d’une chose, et en particulier les masques mortuaires de cire pris sur les défunts et exposés dans l’atrium. C’est finalement ce qui se présente comme un double de ce que l’on voit ; mais c’est aussi une forme d’illusion, puisque le terme désigne l’ombre d’un mort, le reflet dans un miroir… De là, le terme en vient à induire une ressemblance, puis une simple similitude.

Le vocabulaire grec est un peu plus riche et emploie deux termes :
εἴδωλον (eidôlon) désigne ce qu’on voit comme si c’était la chose elle-même, alors qu’il ne s’agit que d’un double illusoire
. εἰκών (eikôn) est, selon Platon, la reproduction fidèle de la réalité ; ce terme désigne très souvent une représentation statuaire, qui permet de reconnaître le sujet.

Il faut prendre en compte toutes les dimensions de l’image pour la comprendre : matériau, forme, outil, support… Différentes approches ont retenu successivement certains aspects en priorité.

2. Les approches historiquement datées de l’image

Au XVIIIe siècle, J. J. Winckelmann, conservateur au musée du Vatican, devait classer des statues grecques et romaines coupées de leur contexte d’origine. Il s’est fondé sur la théorie des trois âges de l’humanité, héritée de Lucrèce, notamment pour la sculpture grecque avec ces correspondances :
- époque archaïque : enfance
- époque classique : âge adulte
- époque hellénistique : vieillesse

Ni avant-gardes ni retours en arrière possibles ; un artiste travaille pendant 25 ans, fait toujours la même chose, puis passe la main. Au début du XXe siècle, Sir J. D. Beasley reprend le modèle évolutif de Winckelmann sur les vases attiques, avec un même objectif de classement. Il livre des analyses esthétiques ou esthétisantes, sur des vases signés puis sur des « mains ». 

Mais au fait, quelles sont les disciplines de l’image ?

L’iconographie, bien sûr : mot de la fin du XVIe siècle, mais enrichi depuis le XVIIe. C’est la discipline de la description et de l’analyse des œuvres appartenant aux œuvres visuelles ; le terme désigne aussi l’ensemble des représentations d’un même sujet (« l’iconographie d’Athéna »).
L’iconologie, terme qui date de la même époque, est une analyse qui s’attache à révéler la dimension symbolique ou morale des images. Voir les travaux d’A. Warburg, puis de E. Panofsky et E. Gombrich, pour la confrontation systématique des œuvres avec des textes qui leur sont contemporains : c’est la question du contexte qui préside à leur production qui entre en jeu.
La sémiologie ou sémiotique, enfin, est issue des travaux de F. de Saussure et consiste à appliquer les théories linguistiques aux images, dans des études structurales jusqu’à l’anthropologie de l’image aujourd’hui.

À partir de ces disciplines, des approches se distinguent, de celle du Lexicon iconographicum mythologiae classicae, qui adopte un classement de dictionnaire, avec des séries mais pas d’ensemble, aux ensembles documentaires sur un objet donné, en confrontant différents types de sources, comme l’ont fait ou le font L. Gernet, J.-P. Vernant, P. Vidal-Naquet, R. Étienne, Fr. Lissarague ou A. Schnapp, par exemple avec le Thesaurus cultus et rituum antiquorum (ThesCRA) ou la Cité des images.

3. Les préalables à l’analyse de l’image

Ces approchent présentent la limite de privilégier l’image, souvent coupée de son contexte technique et de son support. Il faut faire une archéologie du geste pour mieux comprendre les images.
C’est ce que prône Ph. Bruneau dans un article de 1986, où il énumère les opérations préalables à l’analyse de l’image, qui composent une sorte de boîte à outils pour l’historien (relève organique, relève industrielle et relève historique).
Pour l’art antique, se pose notamment la question de la ressemblance et de l’imitation (mimésis) : l’image ne se confond jamais avec la réplique de la réalité ; l’image ne conserve qu’une partie des traits de son référent. Ce qui est valorisé par les Grecs dans l’image, c’est la reconnaissance, comme les divinités anthropomorphes mais avec des attributs pour les reconnaître.
Il est ainsi nécessaire d’apprendre le contexte historique, culturel et social de la production de l’image pour la comprendre complètement, comprendre le contexte des usagers pour ne pas y projeter des anachronismes.

Références :

* J. J. Winckelmann :
 Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques, 1755
 Histoire de l’art chez les Anciens, 1764
J. D. Beazley, voir notamment Attic Red-Figure Vase-Painters, 3 vol., 1984
Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae : version en ligne
La cité des images. Religion et société en Grèce antique, Institut d’archéologie de l’université de Lausanne et Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes (éds.), Préface de J.-P. Vernant, 1984
Fr. Lissarague, La cité des satyres, 2013
Maurice Agulhon :
 Marianne au combat, 1979 - Marianne au pouvoir, 1989 - Marianne dans la cité, 2001
M. Pastoureau, par exemple : Symboles du Moyen Âge : animaux, végétaux, couleurs, objets, 2012
Ph. Bruneau, « De l’image », RAMAGE 4, 1986, p. 249-295 - "opérations de relève - essentiel" (.pdf)

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