UMR 5189

Suivre l'actualité par flux RSS

Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Mission archéologique française du désert Oriental

Vue panoramique de Bi’r Samut

La mission française a été créée en 1994 par Hélène Cuvigny, entourée d’une équipe composée, entre autres, d’Adam Bülow-Jacobsen, Michel Reddé et Jean-Pierre Brun. Pendant une vingtaine d’années, elle a exploré les fortins d’époque impériale qui gardaient les routes reliant le Nil à la mer Rouge (pour un résumé des découvertes faites depuis 2002, voir le site internet de l’IFAO).

En janvier 2013, la mission du désert Oriental a débuté une nouvelle étape dans ses recherches, qui a correspondu à un changement de direction : la mission est désormais conduite par Bérangère Redon (CNRS, HiSoMA), en collaboration avec Thomas Faucher (CNRS, IRAMAT, Orléans). Elle a choisi de s’intéresser désormais à l’occupation du désert Oriental à l’époque ptolémaïque (332-30 av. J.-C.), dont l’histoire est alors intimement liée à l’exploitation du minerai d’or.

Le désert Oriental vu du ciel
Le désert Oriental vu du ciel © MAFDO

Abondant dans le désert Oriental, l’or est exploité dès les premiers temps de la royauté égyptienne. Mais c’est surtout à l’époque ptolémaïque que le pouvoir engage une exploitation systématique et intensive des filons aurifères égyptiens, pour asseoir sa puissance et mener une politique étrangère ambitieuse. Toutefois, si l’usage constant de l’or dans l’art égyptien a engendré une littérature antique et moderne nombreuse, l’histoire de son extraction, de sa production et de sa circulation est moins bien connue que les fastes des Rois. Pour repérer les installations antiques, des prospections ont été conduites de manière intensive dans la région depuis le XIXe s. (Benzoni, Wilkinson, Meredith, Sidebotham, Wright, Klemm et Klemm). Elles ont permis la recension de plus de 250 sites miniers, incluant mines, installations liées à leur exploitation et villages de mineurs. Mais, de manière surprenante, aucune fouille de site n’a été réalisée jusqu’à présent, à l’exception des travaux de la mission de l’Oriental Institute de Chicago au Umm el-Fawakhir, une zone minière dont l’apogée se situe à l’époque byzantine.

Désireuse de se pencher sur l’âge d’or de l’exploitation des mines du désert Oriental, la mission française a débuté ses travaux par l’exploration de la région de Samut, dont les vestiges semblent dater, pour les plus imposants, du début de l’époque ptolémaïque (fin du IVe s.-milieu du IIIe s. av. J.-C.). La région a, de plus, l’avantage de comporter des vestiges nombreux, complexes et bien conservés, organisés en un véritable district minier. Il s’organise autour de deux implantations, l’une, au sud, appelé Bi’r Samut (24°48’ N, 33°55’ E), l’autre au nord, qui n’a pas de nom sur les cartes topographiques modernes, et que nous appellerons désormais Samut Nord (24°51’ N, 33°55’ E). Les deux sites sont distants de 4,3 km à vol d’oiseau et sont complémentaires ; le site sud, localisé dans un vaste wadi, comporte un fortin qui abrite un puits (d’où son appellation de Bi’r, « le puits ») ; le second, dans les montagnes, est organisé autour d’un filon aurifère dont l’exploitation est à l’origine des deux établissements.

Bi’r Samut
Bi’r Samut © MAFDO

La première campagne sur la région de Samut a été menée en janvier 2013. Elle avait pour but de préparer les fouilles, qui démarreront en décembre 2013-janvier 2014. Elle a permis de prospecter une zone de 100 km2 autour de Bi’r Samut, afin de cartographier tous les vestiges d’époque antique (fortins, entrées de mine, baraques de mineurs, zones de travail du minerai etc.). Elle a aussi été l’occasion d’effectuer le relevé topographique des vestiges de Samut Nord, et d’un village de mineurs remontant à la fin de l’Antiquité/début de l’époque arabe.

Les fouilles archéologiques du district de Samut auront plusieurs buts :

1. Les techniques d’extraction, de traitement et de fonte du minerai

L’excellente préservation des vestiges du district minier de Samut nous permettra d’étudier en détail le travail des mineurs antiques dans les mines et à l’extérieur. Le géographe Agatharchide (qui a vécu en Égypte à la fin du IIe s. av. J.-C.) a laissé un récit très vivant de l’activité des mines d’or du désert Oriental et son récit ne laisse pas de surprendre par sa grande précision, notamment concernant les opérations techniques de transformation du minerai. Nos fouilles seront l’occasion de comparer ses informations avec celles du terrain.

Vue satellitaire de la mine de Samut Nord
Vue satellitaire de la mine de Samut Nord © MAFDO

2. Caractérisation chimique de la composition de l’or égyptien

Des méthodes d’analyses récentes, notamment la spectrométrie de masse à plasma inductif avec prélèvement par ablation laser (LA-ICP-MS), offrent la possibilité de déterminer les concentrations des éléments traces contenus dans le métal, comme le platine et le palladium, qui sont autant d’éléments constitutifs du minerai. Les teneurs de certains éléments traces forment une signature qui permet de différencier des minerais issus de contextes géologiques différents. La caractérisation de la signature du minerai égyptien du désert Oriental permettra de le retrouver dans les différents monnayages européens. Il s'agit de comprendre et d'analyser l’apport de l’or égyptien dans les monnayages locaux, mais aussi dans les différents monnayages occidentaux.

Monnaie noub nefer (or pur)
Monnaie noub nefer (or pur) © MAFDO

3. L’occupation ptolémaïque du désert Oriental égyptien

Plus généralement, nos travaux seront l’occasion d’aborder une question pour le moment inexplorée par les archéologues, celle de l’occupation du désert Oriental et de ses finalités à l’époque hellénistique, alors que les Lagides règnent sur l’Égypte (fin du IVe-fin du Ier s. av. J.-C.). Voie de passage ou région à exploiter, l’équilibre entre ces deux rôles économiques du désert n’a en effet pas été clairement établi pour l’époque grecque, et l’on s’interroge toujours pour savoir si l’exploitation des ressources naturelles du désert a constitué un but en soi du pouvoir lagide ou si le désert a constitué avant tout un espace à franchir, dont les aménagements (routes, puits, fortins) visaient à rendre le voyage le moins pénible possible. En d’autres termes, le désert a-t-il eu une vie économique propre ? Ou doit-il son développement uniquement à celui des échanges maritimes et à la création des ports de la mer Rouge par les Ptolémées ? Enfin, y a-t-il une évolution, dans cet équilibre, entre les époques pharaonique et ptolémaïque, puis ptolémaïque et romaine ?

Média

Bérangère Redon, chercheuse au laboratoire et Thomas Faucher ont présenté les travaux de la mission dans l’émission Le Salon Noir, produit par Vincent Charpentier, et diffusé samedi 12 décembre 2015 sur France Culture.
- Podcast sur le site de l’émission.

Soutiens de la mission

Institut français d’archéologie orientale
Ministère des affaires étrangères
HiSoMA (laboratoire CNRS)

Direction

Bérangère Redon (archéologue, CNRS, HiSoMA), directrice
Thomas Faucher (archéologue, numismate, CNRS, IRAMAT, Orléans), directeur adjoint

Collaborations

Charlène Bouchaud (archéobotaniste, Museum d'histoire naturelle, Paris), Jean-Pierre Brun (archéologue, Collège de France), Adam Bülow-Jacobsen (papyrologue, ancien professeur de la Fondation Carlsberg, Copenhague), Dominique Cardon (archéologue spécialiste des textiles, CNRS), Marie-Pierre Chauffray (papyrologue, université de Würburg), Hélène Cuvigny (papyrologue, CNRS, IRHT), Jennifer Gates-Forstner (céramologue, archéologue, université de Chapel Hill, North Carolina), Martine Leguilloux (archéozoologue spécialiste du cuir, Centre archéologique du Var, Toulon), Joseph Manning (papyrologue, université de Yale), Danielle Nadal (restauratrice, Laboratoire Materia Viva, Toulouse), Olivier Onezime (topographe, IFAO), Gaël Pollin (photographe, IFAO), Florian Tereygeol (archéométallurgiste, CNRS, IRAMAT), Khaled Zaza (dessinateur, IFAO), Alexandre Rabot (archéologue, Université Lyon2, HiSoMA).

Pour suivre les travaux de la mission, voir notre blog.

Meule en granit de Bi’r Samut
Meule en granit de Bi’r Samut © MAFDO

Logo université Lumière Lyon 2Logo CNRSLogo université Jean MonnetLogo ENS Lyon