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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Les vaisseaux du désert et des steppes - 2017
Jeudi, 16. Mars 2017

Les vaisseaux du désert et des steppes. Présence et usage du Camelus bactrianus du Xinjiang au Levant du IIIe au Ier millénaire av. J.-C.
Deuxième journée d'étude internationale organisée par Bérangère Redon du laboratoire HiSoMA et Damien Agut du laboratoire ArScAn.
- jeudi 16 mars 2017 - Bâtiment Max Weber - Campus Université Paris Nanterre
- affiche (.pdf)


Programme de la journée

• 9h30 : Accueil des participants
• 10h : Discours de bienvenue, Damien Agut, Bérangère Redon
• 10h15 : Des chameaux bactriens à Sumer (IIIe millénaire av. notre ère) ? Bertrand Lafont (CNRS, ArScAn)
• 11h : Chameaux et dromadaires dans la documentation assyrienne, Aline Tenu et  Philippe Clancier (CNRS, ArScAn)
• 11h45 : Domestication, diffusion and hybridisation of the Bactrian Camel: A zooarchaeological perspective, Rémi Berthon  et Marjan Mashkour (CNRS, MNHN) and Canan Çakırlar (GIA, Rijksuniversiteit Groningen)

• 12h30 : Pause déjeuner

• 14h : La place du chameau de Bactriane dans les vicissitudes de l'histoire depuis 1917, Bernard Faye (CIRAD) ou Gaukhar Konuspayeva (Al-Farabi Kazakh National University)
• 14h45 : Quand la route du dromadaire ne croise pas celle du chameau : réflexions à partir des données archéozoologiques (Levant et péninsule arabique au début du Ier millénaire), Jacqueline Studer (Museum d’histoire naturelle, Genève)
• 15h15 : Vestiges et images du Camelus bactrianus en Asie centrale entre le IIIe et le Ier millénaire av. J.-C., Henri-Paul Francfort (AIBL)
• 16h : En attente, Corinne Debaine-Francfort (CNRS, ArScAn)
• 16h45 : Bosser avec des chameaux. Notes sur un élevage délicat en Mongolie contemporaine, Charlotte Marchina (INALCO)
• 17h30 : Conclusion générale. Planning de publication. Damien Agut, Bérangère Redon

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Les vaisseaux du désert - 2016

Première journée d'étude internationale organisée par Bérangère Redon du laboratoire HiSoMA et Damien Agut du laboratoire ArScAn.

Présence et usages du chameau (Camelus dromedarius) entre le Tigre et le Nil du milieu du Ier millénaire av. J.-C. à l’époque romaine.
- les 15 et 16 septembre 2016 - MOM - 86 rue de l'Université - Lyon 7e
- affiche (.pdf)
- programme (.pdf)

La conférence réunira quatorze chercheurs, philologues, archéologues, archéozoologues et agronome, qui travaillent actuellement en Arabie saoudite, en Egypte et au Proche-Orient.
Les communications seront publiées dans un prochain volume de Topoi, revue éditée à Lyon par la MOM.
Cette première conférence sera suivie d’une seconde conférence, organisée conjointement par HiSoMA et ArScAn, qui se tiendra en mars 2017 à Nanterre, et portera sur le Camelus Bactrianus (chameau à deux bosses).

Le dromadaire ou chameau à une bosse (Camelus dromedarius) n’est pas une espèce autochtone en Égypte, ni même au Proche-Orient ou dans la péninsule Arabique. L’animal, surnommé « vaisseau des déserts », est pourtant particulièrement bien adapté aux environnements arides et semi-arides de ces régions. Il a des utilisations multiples (transport de charge, transport de personnes, labour, course, consommation humaine etc.), mais son élevage est délicat et requiert un savoir-faire précis.

Arrivé d’Asie, il est domestiqué tardivement, au cours du IIIe-IIe millénaire av. J.-C., dans la péninsule Arabique. Quant à la date de son introduction au Proche-Orient et en Égypte, elle fait encore débat. Sur ce dernier territoire, les opinions divergent entre les tenants d’une date haute (époque prédynastique) et d’une date basse (époque perse, ptolémaïque voire romaine). Car la découverte d’ossements, de mentions écrites ou de représentations figurées de dromadaires dans ces territoires ne signifie pas que le dromadaire ainsi cité était domestiqué, ni quelle fonction il remplissait.

Le dromadaire est un animal qui a généré une bibliographie abondante. Les études ne manquent pas sur sa physiologie étonnante, ses comportements, son alimentation, ses origines et ses utilisations actuelles dans les déserts africains et orientaux. Il est également systématiquement associé avec les peuples nomades, qui ont été l’objet de bon nombre d’études anthropologiques et/ou ethnographiques.

Pourtant, sur le plan historique, le dromadaire reste en partie une énigme. Les modalités et la date de l’introduction du dromadaire au Proche-Orient et en Égypte restent inconnues, de même que le rôle que les Arabes (dans le sens « populations vivant en péninsule Arabique ancienne ») ont joué dans cette implantation.

Or les données à propos de l’animal sont actuellement en plein renouvellement : des ostraca (tessons de poterie inscrits) les mentionnant ont été découverts récemment à Ayn Manawir, dans le désert occidental égyptien, et à Bi’r Samut, dans le désert oriental d’Égypte, en lien avec des populations arabes, à des époques hautes (Ve et IIIe s. av. J.-C.). En Arabie, au Proche-Orient et en Égypte, les fouilles récentes (notamment dans les déserts et les oasis) ont livré un matériel faunique abondant, dans des assemblages de mieux en mieux datés.

Le contexte semble favorable pour croiser les données. Il a donc semblé opportun de réunir pour la première fois des philologues, des archéologues et des archéozoologues, spécialistes de leur discipline, pour confronter les informations et tenter de mieux cerner l’histoire du chameau, de son élevage et de ses utilisations dans les déserts d’Égypte, du Proche-Orient et de la péninsule Arabique, du milieu du Ier millénaire av. J.-C. à l’époque romaine.  



Résumés

Laura Cousin, Paris-I – ArScAn : Le dromadaire dans le Proche-Orient ancien : présentation des documentations épigraphique et iconographique
Dans la documentation cunéiforme, le dromadaire est généralement distingué du chameau. Il est appelé ibilu en akkadien, dérivé du sumérien anše.a.ab.ba qui signifie “âne de la mer”, vraisemblablement à cause de son origine de la péninsule arabique. Le dromadaire, comme le chameau, est domestiqué au premier millénaire en Mésopotamie, et sert essentiellement au transport.
Dans cette communication, on tentera de définir le contexte chronologique pendant lequel apparaît le dromadaire en Mésopotamie, et surtout de présenter les types de sources qui le mentionnent. Pour ce faire, on utilisera, par exemple, la documentation rassemblée dans les State Archive of Assyria ainsi que dans les Annales assyriennes, et l’on convoquera également la documentation iconographique composée des bas-reliefs des palais assyriens de Ninive et Kalhu.
Il s’agira enfin de déterminer comment le dromadaire est utilisé, employé aussi bien comme animal de transport voire comme animal militaire, mais pouvant être également considéré comme une ressource à part entière, prisé pour ses os, sa viande et son lait.

Pierre-Louis Gatier, HiSoMA : Le chameau de transport dans le Proche-Orient antique
La communication se limitera à l’usage des chameaux (camelus dromedarius et hybride) comme bêtes de somme dans le Proche-Orient syrien et palestinien aux périodes hellénistique, romaine et protobyzantine (IVe s. av. J.-C.- VIIe s. apr. J.-C.). Trois points seront abordés au moyen de la documentation écrite et figurée :
- les capacités comparées des différentes bêtes de somme et des autres moyens de transport
- l’économie du transport camélin et particulièrement ses coûts
- la profession de chamelier de transport
Au terme de la communication, on mettra particulièrement en valeur le rôle de ces chameliers professionnels comme intermédiaires entre les éleveurs nomades et les sociétés sédentaires.

M.C.A. Macdonald : Kilroy and his Camel. The dromedary of ancient Arabia in the graffiti of its masters
Between approximately the mid-first millennium BC and the fourth century AD the nomads of what is now southern Syria, Jordan and Saudi Arabia were literate for the only time in their history before the present. They covered the desert rocks with their graffiti as well as their rock drawings and these give us a vivid picture of their way-of-life. Large numbers of the drawings show camels in almost every conceivable circumstance and these show us not only a great deal about the camels, but also the ways in which they were used by their owners. However, what the rock drawings do not show us is a period before the domestication of the dromedary and this conflicts with the generally held opinion that the dromedary was native to Arabia and was hunted, at least in south-east Arabia and southern Palestine, before being domesticated in south-east Arabia around the end of the second millennium BC.
In fact, we have only two rock drawings, which come from south-west, rather than south-east, Arabia, showing riderless camels being attacked by men on foot. The numerous drawings showing men on horseback chasing camels with lances represent scenes of raiding, from a much later period, since the horse was not introduced into Arabia until the end of the first millennium BC.

Bernard Faye, CIRAD : Du vaisseau du désert à l’animal zootechnique : les mutations actuelles du chameau (.pdf)

Hélène Cuvigny, Cnrs/Irht : Les chameaux dans les ostraca grecs de Bi’r Samut
Dans les ostraca grecs de Bi’r Samut, les chameaux (parfois qualifiés de « royaux ») nous mènent aux Bédouins : les chameaux sont à plusieurs reprises associés à des anthroponymes arabes et la lettre O.Sam. inv. 578 montre que les Grecs comptaient sur un certain Omrous, dit « l'Arabe du désert », et sur ses fils pour les fournir en jeunes chameaux. Mais les GrécoÉgyptiens de Bi’r Samut et de ses satellites avaient aussi affaire aux Trôgodytes (Blemmyes dans les ostraca démotiques) et la question se pose de savoir si ces nomades d'origine africaine faisaient usage du chameau à l'époque ptolémaïque, comme ce sera le cas à l'époque
romaine.
De fait, les auteurs hellénistiques ne mentionnent pas le chameau parmi les animaux qu'ils élèvent. La présence d'Arabes dans le désert Oriental à cette latitude méridionale et leur coexistence avec les Blemmyes/Trôgodytes sont une des surprises de la documentation écrite samutienne.

Marie-Pierre Chaufray, Ausonius : Les chameaux dans les ostraca démotiques de Samut
Les campagnes de fouilles conduites par la mission du désert oriental, entre 2014 et 2016, dans le fortin ptolémaïque de Bi’r Samut, sur la route caravanière entre Edfou et Bérénikè, ont mis au jour un important corpus d’ostraca démotiques datés du IIIe s. av. J.-C. Découverts à l’intérieur du fortin et dans ses dépotoirs, les textes sont majoritairement des comptes où sont enregistrées des dépenses en céréales pour des personnes ou des animaux.
Ainsi, une trentaine de textes mentionnent des chameaux. Il s’agira de présenter les informations livrées par cette documentation, ainsi que les questionnements qu’elle suscite sur le ravitaillement des animaux, les marchandises qu’ils transportaient, et plus généralement sur l’organisation de ces convois (nombre d’animaux, provenance, destination et encadrement).

Martine Leguilloux, Centre archéologique du Var : Camelus ou Equus : le rôle des dromadaires sur les stathmoi et praesidia du désert Oriental d’Égypte
La zone du désert Oriental réunit les études les plus nombreuses et les plus variées dans le domaine des études archéozoologiques : des installations romaines et ptolémaïques, des sites militaires et civils, assurant la surveillance d’axes routiers ou de carrières. Le dromadaire y était un animal très largement répandu et l’analyse d’un grand nombre d’ensembles ostéologiques sur des gisements de nature, de fonction et d’époques différentes permet d’aborder l’étude de cette espèce sous plusieurs angles. Cependant deux thèmes seront prioritairement abordés dans cette présentation : peut on situer les débuts de l’exploitation des dromadaires dans le désert Oriental et quelle fonction précisément leurs étaient affectées.
Les dromadaires étaient largement utilisés dans les premières installations romaines qui vont s’implanter vers le milieu du Ier siècle de notre ère, à l’image du praesidium de Didymoi : l’usage des dromadaires répandu aux époques antérieures a du s’imposer naturellement dans l’organisation des nouvelles installations romaines pour le portage de marchandises et pour la monte.
Les proportions de restes de dromadaires seront constantes pendant toute la durée d’occupation des sites, du début de leur installation jusqu’à leur abandon, y compris au début du IIIe siècle alors que des changements interviennent dans la composition des espèces domestiques dites « de boucherie » (moutons, chèvres, porcs). Les causes sont encore à préciser, mais il doit s’agir d’une modification du ravitaillement suscitée par une population d’origine différente.
Cependant il est important de noter que la fréquence des animaux de charge et des dromadaires en particulier est restée identique pendant plusieurs siècles laissant présumer un usage régulier de ces animaux. On peut envisager que l’usage du dromadaire dans les échanges économiques s’est poursuivit au cours de ces périodes plus tardives, leurs restes constituant alors un bon marqueur d’une économie toujours active et une stabilisation des activités dans cette zone du désert Oriental.

Il reste à déterminer les utilisations et le degré d’implantation des dromadaires dans les contextes plus anciens du désert Oriental. Les périodes directement antérieures au Ier apr. de notre ère ne sont toujours pas documentées, mais nous disposons à présent d’études de matériels plus anciens grâce aux mobiliers découverts à l’occasion des fouilles de la mission française du désert Oriental sur deux gisements voisins du district de Samut : Samut nord pour la période correspondant au dernier quart du IVe siècle et Bi’r Samut pour la seconde moitié du IIIe siècle.
On peut observer la fréquence très élevée des restes de Camelus dromedarius dans les dépotoirs des IVe et IIIe siècles avant notre ère, plus riches en mobilier ostéologique camelin que les fortins des périodes qui suivront, pendant la phase d’occupation romaine.
L’usage des dromadaires n’était pourtant pas universel mais adapté aux sites et à leurs activités. Si on analyse la place des dromadaires par rapport aux autres espèces en fonction de la catégorie de site, on constate des variations : le dromadaire animal à priori parfaitement adapté au désert, résistant et robuste, n’était pas systématiquement choisit comme animal de charge, on pouvait selon les circonstances lui préférer d’autres espèces, les équidés en particulier.
Sur les sites de carrières, l’extraction de granite implique des déplacements sur des terrains accidentés, impraticables pour les dromadaires en particulier lorsqu’il s’agit de tracter ou porter des charges très lourdes au milieu de pierres. Mieux adaptés aux terrains plats ils étaient défavorisés par la fragilité de leurs pieds et ne pouvaient prendre le relais qu’une fois arrivé dans la plaine expliquant leur spécialisation dans les services de portage, ravitaillant les villes et les occupations du désert oriental en produits de consommation courante.

Geneviève Galliano (musée des Beaux-Arts de Lyon) : Les dromadaires en terre cuite de Coptos (Haute-Égypte)

Le dégagement d’une butte de décombres, le « kôm el-Ahmar », sur le site de Coptos en 1911, a livré près de 1400 terres cuites, un millier de lampes et quantité de récipients (cruches, bols, vases miniatures…). L’étude du matériel et de sa provenance archéologique attestent aujourd’hui qu’il s’agissait d’un dépotoir d’ateliers de potiers et coroplathes, actifs à la fin du ier et au début du iie siècle après J.-C. Ces objets, avec la quasi-totalité du produit des fouilles de 1910 et 1911, sont maintenant conservés au musée des Beaux-Arts de Lyon.
Les terres cuites, toutes fragmentaires, reprennent le répertoire traditionnel de l’Égypte romaine, avec des images de divinités égypto-grecques, de personnages divers (musiciens, gladiateurs, grotesques…), d’animaux, etc. Leur originalité réside dans l’adaptation de types à un contexte local. C’est le cas notamment des dromadaires, qui – à la différence des autres sites de la chôra – l’emportent quantitativement sur les autres animaux (notamment les chevaux et les chiens) et, pour un grand nombre, adoptent un type particulier, celui du transport d’un palanquin. Cette représentation est à mettre en rapport avec le trafic caravanier entre l’emporion de Coptos et les ports de la mer Rouge particulièrement actif à l’époque de la production des terres cuites.

Écho de la conférence de 2016

© Adam Bülow-Jacobsen
Photo © Adam Bülow-Jacobsen

La conférence sur le Camelus dromedarius, organisée par les laboratoires HiSoMA et ArScAn, s'est tenue les 15 et 16 septembre 2016 dans les locaux de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée, devant un public nombreux. Quatorze orateurs, venus de France, de Suisse, d'Allemagne et du Royaume-Uni, se sont succédé pendant une journée et demi pour présenter des données inédites, parfois tout juste sortie du terrain, sur cet animal dont l'histoire est encore largement méconnue.
 
Ces présentations ont été suivies de débats passionnants entre philologues, archéologues et archéozoologues, tous spécialistes de l’Égypte, du Proche-Orient et de l'Arabie antiques, et un camelologue, qui a consacré sa vie à l'étude et à l'amélioration de l'élevage du chameau dans le monde entier, a répondu à leurs nombreuses questions pratiques sur l'animal.
 
Les actes de la rencontre paraîtront avec les actes de la seconde journée organisée par Damien Agut et Bérangère Redon, le 16 mars 2017, à Nanterre, sur le Camelus bactrianus."

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