UMR 5189

Suivre l'actualité par flux RSS

Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Fouilles dans la nécropole de Kition-Pervolia
Mardi, 3. Février 2015

Entre 2012 et 2014, la mission archéologique française de Kition et Salamine (cofinancée par le ministère des Affaires étrangères et le laboratoire HiSoMA) a mené trois campagnes de fouilles programmées dans une nécropole kitienne de l’Âge du Fer. Ces travaux de terrain sont adossés au programme de recherches sur Chypre du laboratoire.

La mission est dirigée par Sabine Fourrier. Deux membres du laboratoire y sont associés, Anna Cannavò et Alexandre Rabot.

Le site et son contexte

Carte extraite du SIG de Kition © © Mission de Kition et SalamineA. Rabot

Carte extraite du SIG de Kition. En bleu : tombes des XIe-Xe s. ; en rouge : tombes des IXe-VIIIe s. ; en jaune : tombes des VIe-IVe s. © Mission de Kition et Salamine, A. Rabot

La nécropole de Pervolia est localisée à l’ouest de la ville antique de Kition. Elle s’étend sur un affleurement rocheux dans lequel les tombes sont creusées. Plusieurs tombes (datées de l’époque géométrique à la fin de l’époque classique) y ont été découvertes avant le début des fouilles françaises, à l’occasion de travaux de terrassement. Ces premières fouilles de sauvetage ont apporté des informations qui, en raison du caractère d’urgence de l’exploration, étaient partielles : on ne possédait aucun renseignement concernant la topographie générale de la nécropole (implantation des tombes et éventuelle organisation de la nécropole) et l’on connaissait mal l’architecture des tombes (seule la chambre funéraire avait été fouillée) et les pratiques funéraires.

Le programme de la mission française, qui a conditionné la méthode de fouille, visait donc à apporter des réponses à ces questions. On a privilégié, pour cela, un décapage de surface important et la fouille stratigraphique d’un nombre réduit de tombes, en suivant le protocole de l’archéothanatologie (fouille in situ des restes humains, réalisée par Nathalie Delhopital et Prisca Vareilles, AFT-Archéologie, Rouen).

© Mission de Kition et Salamine

N. Delhopital en train de fouiller les restes humains de la tombe 379. © Mission de Kition et Salamine

La topographie de la nécropole

Toutes les tombes sont creusées dans le rocher, constitué d’une croûte friable, de couleur blanchâtre (localement appelé havara) et d’un substrat argileux dense (localement appelé konnos). Aucune organisation d’ensemble n’apparaît.

© Mission de Kition et Salamine - A. Rabot

Relevé général du secteur de la nécropole fouillé en 2012-2014. © Mission de Kition et Salamine, A. Rabot

L’implantation des tombes est particulièrement serrée à la période classique (Ve-IVe s. av. J.-C.). Afin d’économiser l’espace, les tombes sont souvent installées tête bêche.

© Mission de Kition et Salamine

Vue aérienne vers le sud : implantation tête bêche des tombes classiques. © Mission de Kition et Salamine

Certaines tentatives avortées montrent également la difficulté à installer de nouvelles tombes dans un terrain déjà densément utilisé. Au Ve s. av. J.-C., une tombe a commencé d’être creusée à l’emplacement d’une tombe plus ancienne, datée du VIIIe s. av. J.-C., dont l’existence n’était plus connue. 

© Mission de Kition et Salamine

Vue aérienne vers le sud-est. Au premier plan, les deux tombes classiques avortées. À l’arrière, la tombe archaïque. © Mission de Kition et Salamine

Découvrant le dromos (couloir d’accès) de la tombe archaïque, les constructeurs ont décidé de déplacer la tombe vers le sud : alors qu’ils commençaient le creusement de la chambre funéraire, ils sont à nouveau tombés sur le dromos de la tombe plus ancienne. Le projet a été alors définitivement abandonné et l’ouverture de la chambre fermée par des pains de brique crue.

© Mission de Kition et Salamine

L’ouverture de la chambre de la tombe classique avortée, fermée par des pains de brique crue. © Mission de Kition et Salamine

Les tombes

La fouille a mis au jour des tombes d’époque tardo-archaïque et classique (VIe-IVe s. av. J.-C.), et des tombes archaïques (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.). Elles sont toutes creusées dans le rocher. Elles possèdent un couloir d’accès (dromos), muni de marches, long et étroit pour les tombes récentes, large pour les tombes archaïques. L’entrée est fermée par une dalle de gypse.

© Mission de Kition et Salamine

L’entrée de la chambre de la tombe 396 fermée par une dalle de gypse. © Mission de Kition et Salamine

À l’arrière s’ouvre une chambre unique, de forme carrée ou trapézoïdale, voûtée en berceau. Les chambres des tombes archaïques sont ménagées à une profondeur plus grande que celle des tombes classiques.

Les pratiques funéraires

Toutes les tombes sont collectives, utilisées pour plusieurs inhumations successives (on a dénombré entre 14 et 24 individus selon les tombes). Dans les tombes classiques, toutes les inhumations sont primaires : les corps ont été déposés, emmaillotés dans un contenant étroit (linceul) et peut-être dans un cercueil de bois. Ils n’ont pas été déplacés ensuite : leur position à la fouille révèle le mode de décomposition des cadavres dans l’espace funéraire.

© Mission de Kition et Salamine

Squelettes en cours de fouille dans la tombe 379. © Mission de Kition et Salamine

Les pratiques sont plus variées dans une tombe archaïque : à côté d’une majorité d’inhumations primaires, on compte une inhumation secondaire (déplacement des ossements de deux individus dans une amphore déposée dans la tombe.

© Mission de Kition et Salamine

Inhumation secondaire dans une amphore. © Mission de Kition et Salamine

Des offrandes sont déposées dans la chambre, le plus souvent regroupées.

© Mission de Kition et Salamine

Dépôt de vases dans un coin de la chambre funéraire. © Mission de Kition et Salamine

Il s’agit essentiellement de vases et de lampes céramiques. Quelques objets (petits vases, lampes, bijoux) sont associés à certains défunts.

© Mission de Kition et Salamine

Bracelet autour du bras d’un squelette. © Mission de Kition et Salamine

Dans une tombe classique, on avait déposé auprès des corps de deux petits enfants (entre 1 et 3 ans) le cadavre d’une oie complète, ficelée, tête et pattes coupées.

© Mission de Kition et Salamine

Squelettes de deux enfants, placés en croix. Au premier plan, squelette d’oie. © Mission de Kition et Salamine

D’autres offrandes sont déposées dans de petites niches généralement ménagées dans les parois des dromoi : vases miniatures (dont des biberons), petits bijoux de bronze et de faïence.

© Mission de Kition et Salamine

Biberon découvert dans une niche. © Mission de Kition et Salamine

Ils sont liés au monde de la petite enfance, et l’on peut supposer qu’ils évoquent les défunts âgés de moins d’un an, singulièrement absents de la nécropole.

Les acteurs de la fouille

© Mission de Kition et Salamine

L’équipe de terrain en 2014. © Mission de Kition et Salamine

L’équipe de terrain comprend des archéologues, étudiants et ouvriers (avec un contremaître). Elle est complétée par différents spécialistes pour la fouille des restes humains (anthropologues) et pour le relevé.

© Mission de Kition et Salamine

A. Rabot assisté de S. Fourrier faisant le relevé au GPS différentiel. © Mission de Kition et Salamine

Le matériel est ensuite étudié pour publication (post-fouille) par différentes personnes : céramologues (étude des vases), spécialistes de divers types de matériel, archéozoologues (étude des restes animaux), palynologues (étude des pollens), etc.

Les rapports des trois campagnes de fouilles sont consultables en ligne :
- 2014
- 2013
- 2012

Articles dans les médias (janvier 2015)

La tombe archaïque fouillée à Pervolia en 2014 a fait l'objet d'articles dans plusieurs médias chypriotes et grecs : LifoArtnews et STAR.

(mise en ligne : février 2015)

Logo université Lumière Lyon 2Logo CNRSLogo université Jean MonnetLogo ENS Lyon