cnrs maison de l'orient site numismatique

Le Monnayage impérial central de la période
de la "crise du IIIe siècle" (268-295 AD)

carte

Partenaire 1 . Responsable : Sylviane Estiot, DR CNRS, HISOMA –UMR 5189, Lyon

BNCMER XII

Monnaies de l’Empire Romain. Bibliothèque Nationale (BNCMER)

L’étude de l’histoire monétaire - mais aussi histoire événementielle, économique, histoire des idées et des mentalités - de la période de crise du IIIe siècle a été conçue comme inséparable de la préparation d’ouvrages de référence papier.

La collection Monnaies de l’Empire Romain. Bibliothèque Nationale (BNCMER) a eu, au début de son existence, pour objectif de publier le fonds monétaire du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de France (BnF), l’un des plus riches au monde. Sur ce principe, quatre volumes ont vu le jour (J.-B. Giard, BNCMER I. Auguste, Paris, 1re éd. 1976 ; 3e éd, 2001 ; J.-B. Giard, BNCMER II. De Tibère à Néron, Paris, 1988 ; J.-B. Giard, BNCMER III. Du soulèvement de 68 à Nerva, Paris, 1998 ; P.-A. Besombes, BNCMER IV. Trajan, 2008)
Dans le volume, paru en 2004 sous la signature de S. Estiot (BNCMER XII.1. D’Aurélien à Florien. 270-276 ap. J.-C., Paris, 2004), consacré à des règnes charnière de la période de crise qu’est le IIIe siècle de notre ère, la conception du corpus s’est éloignée radicalement du principe suivi par les autres volumes. Collectant, étudiant et éditant une documentation extensive, bien au-delà des collections BnF (grandes collections institutionnelles mondiales, trésors monétaires, catalogues de vente, ventes en ligne…),

le volume BNCMER XII.1 donne pour ces périodes de crise de l’Empire romain à la fois un corpus monétaire exhaustif et une analyse historique approfondie de la période. C’est le même principe d’exhaustivité qui guide l’élaboration des corpus proposés dans ce programme MONetA, Monnaies de l’Empire Romain XII.2-3, Bibliothèque Nationale, avec en corollaire l’ambition de mettre en ligne à la disposition des chercheurs l’ensemble de la documentation collectée.

--> début de page


Intérêt scientifique

Les corpus BNCMER XII - 3 volumes prévus, chacun en 2 tomes - dont S. Estiot a la responsabilité sont consacrés à des règnes essentiels pour le IIIe siècle de n. è., son histoire monétaire, et, en raison de l’aporie de sources littéraires sûres pour la période, l’histoire tout court de cette période de crise de l’État romain. Un seul grand Cabinet, celui du British Museum, a publié extensivement et de manière exemplaire son fonds de monnaies impériales romaines. Ce catalogue, Coins of the Roman Empire in the British Museum (BMCRE), 8 volumes, d’Auguste à Balbin et Pupien, parus sur une quarantaine d’années, de 1923 à 1962, est un outil irremplaçable pour les numismates et les historiens travaillant sur l’Empire romain. Il a servi comme corpus documentaire de base pour l’établissement du Roman Imperial Coinage, l’ouvrage de référence universel dans le domaine.

Or le catalogue du British Museum se clôt avec le premier tiers du IIIe siècle de notre ère (238 de n. è., avant le règne de Gordien III) et ne touche pas la période qui nous intéresse. Pour une raison simple : l’explosion du système de production de l’Empire romain, la multiplication vertigineuse du volume monétaire émis par un empire réduit aux expédients pour faire face aux nécessités, militaires en particulier, de son budget, la démultiplication de son appareil de production en de nombreux ateliers périphériques (les ateliers émetteurs passent de un ou deux au début du IIIe s. à une dizaine) afin de fournir la monnaie à son principal consommateur, l’armée, font que ces monnayages d’inflation, puis de réforme, sont à la fois extrêmement abondants et extrêmement dispersés.
Outre les 11 collections institutionnelles de référence (« core collections ») que le corpus inclut dans le socle documentaire, il faut souligner aussi l’importance majeure de la documentation et de l’information apportées par les trésors monétaires : les trésors du IIIe siècle de n. è. représentent env. 60% des trésors monétaires d’époque romaine exhumés sur le territoire français.
La masse à traiter, classer, étudier, dater, localiser, éditer, interpréter est gigantesque : la collection britannique Coins of the Roman Empire in the British Museum (BMCRE) y a renoncé, et conséquence immédiate, les volumes correspondants du RIC (Roman Imperial Coinage), les volumes RIC V.1 et V.2 (1927 et 1933) sont les plus faibles de cette collection de référence universelle. C’est ce vaste chantier que nous nous proposons.

Outre l’intérêt éditorial des volumes Bibliothèque Nationale. Catalogue des Monnaies de l’Empire Romain XII qui permettent de remplacer certains tomes de l’ouvrage de référence, le RIC (à ce propos, v. infra) il convient de souligner l’importance historique essentielle que présente la monnaie pour l’histoire de l’Empire romain au IIIe siècle de n. è. L’aide qu’elle apporte à l’historien est précieuse, en raison de l’aporie des sources textuelles contemporaines, fiables et complètes, qui est l’un des traits les plus caractéristiques de la période.

carte
Carte des ateliers monétaires de l'empire romain (2e moitié IIIe s.) - agrandir la carte



--> début de page



À cela s’ajoute le problème de l’historicité de la source littéraire principale pour la période, l’Histoire Auguste, « faux » littéraire produit à la fin du IVe siècle par un représentant d’une classe sénatoriale désormais dépossédée de tout rôle politique réel, ainsi que la question de la nature-même des sources textuelles disponibles, qui sont ou très postérieures (du IVe au XIIe siècle), et/ou succinctes (épitomateurs) et/ou tendancieuses (Histoire Auguste, apologétique chrétienne). En effet, les sources grecques fiables qui éclairaient la période précédente, Dion Cassius et Hérodien, s’achèvent dans la décennie 230 AD ; les Césars d’Aurelius Victor, le Bréviaire d’Eutrope datent de la décennie 360 AD. L’Histoire Auguste date de la dernière décennie du IVe siècle. Zosime, notre source de langue grecque la plus fiable, a écrit son Histoire nouvelle à la fin du Ve - début du VIe siècle. Notre manière d’appréhender la période de crise polymorphe de l’empire passe par ces auteurs et la déformation que leur propre époque impose à leur vision historique : l’erreur téléologique est double pour l’historien, la monnaie est un moyen privilégié de la rectifier. Ainsi, l’histoire monétaire dépasse largement ainsi le cercle strict des numismates et des spécialistes qui s’y intéressent ; elle constitue l’un des piliers sur lesquels s’édifie la connaissance historique. Aussi, le but est de donner pour la période les ouvrages de référence qui lui manquent.

Corpus papier en préparation dans le cadre du projet MONetA

Il s’agit des corpus du monnayage impérial émis sur la période qui va du règne de Probus à la réforme de Dioclétien (276-295 AD). Deux volumes sont prévus (chacun en 2 tomes) : "Monnaies de l’empire romain XII.2. Probus (276-282 AD) ; XII. 3. Du règne de Carus à la réforme de Dioclétien (282-295 AD).
Nous avons souligné la masse des documents à éditer, une approche statistique la chiffre à ca 50 000 monnaies uniquement pour ce que contiennent les collections institutionnelles. Pour comparaison, les collections de la Bibliothèque nationale de France, pourtant la deuxième collection au monde pour la période (après Vienne) ne représentent qu’un 1/10 de cette masse totale à étudier.
Ce sont 11 « core collections » qui ont été retenues pour l’étude, et qui seront systématiquement visitées et photographiées : Vienne, Paris, Oxford, Budapest, Londres, Milan, Cambridge, Copenhague, Berlin, Zagreb, Munich. Le programme ANR soutient et finance les missions nécessaires à ce travail considérable de collecte documentaire.

Méthodologie : nouvelles procédures « in situ ». Étude, numérisation, illustration

Il faut souligner ici que l’ampleur de la documentation à traiter dans le cadre des corpus proposés, BNCMER a des implications lourdes au niveau scientifique, notamment au niveau de l’organisation du travail (travail d’équipe sur place), du matériel (nécessaire à la numérisation exhaustive et au traitement des collections de référence, hard et soft), du temps/homme nécessaire au traitement numérique des images et à l’alimentation de la base de données, et des missions. De manière globale, nous avons choisi la numérisation exhaustive des collections concernées, les 11 « core collections » de référence du corpus pour permettre :

a) la réduction du temps passé sur place en missions ;
b) l’étude des collections « hors site » ;
c) l’illustration photographique des corpus papier.

--> début de page



Nous avons été contraints de repenser l’organisation du travail. L’étude de milliers de monnaies ne peut s’imaginer sur place : les missions servent à collecter et numériser les documents, pour permettre leur étude scientifique en France. Sauf à envisager des mois d’étude « in situ », l’exhaustivité de la couverture photographique est nécessaire. Elle évite erreurs, repentirs et vérifications. Par ailleurs, il faut envisager dès l’amont l’illustration photographique des corpus papier, ainsi que celle, en couleur, du futur serveur numismatique. Il faut renoncer pour la publication des corpus papier BNCMER à une illustration argentique (photos de moulages de plâtre), pour passer à une illustration numérique totale. Outre les contraintes qualitatives (homogénéité des planches) et techniques (longueur du processus moulages puis photos), existent des contraintes de masses : le seul volume Monnaies de l’empire romain XII.2. Probus comportera 200 planches, c’est-à-dire ca. 4 500 monnaies, soit 9 000 photos…

Sur place, dans les grandes collections, l’acquisition se fait en réseau d’ordinateurs, l’un dédié à la capture des images numériques et au pilotage à distance de l’appareil photo ; l’autre dédié à la rentrée des données de référence (poids, axe, n° d’inventaire, provenance, histoire…) sur une base Access, qui permet l’affichage immédiat des photos des monnaies concernées afin d’éviter les risques d’erreur. Une équipe de deux personnes est au travail en même temps. L’utilisation d’une base de données pour coordonner immédiatement images numériques et références est le seul moyen efficace de gérer des milliers de photos numériques sans risque d’erreurs en chaîne.

De retour de mission et « hors site », les images numériques brutes acquises doivent être retravaillées : détourage, passage en N&B, mise à l’échelle 1/1, passage à la résolution 600 dpi, afin d’obtenir des photos « prêtes à reproduire », en N&B pour l’imprimeur, en couleur pour le futur serveur web. Le travail scientifique d’édition commence ensuite : identification, classement, mise en série, analyses, etc. pour à terme aboutir à la présentation d’un manuscrit.

--> début de page