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Distributions impériales et événements militaires

Le monnayage, et surtout le monnayage d’or au IIIe siècle de notre ère, qui sort du circuit des échanges pour devenir le medium par lequel l’empereur honore et récompense ses officiers d’état-major et ses hauts fonctionnaires, constitue une source documentaire incontournable pour reconnaître les événements, en particulier militaires, cruciaux pour l’empire. Les distributions de donativa scandent ainsi l’histoire événementielle de règnes mouvementés. Encore faut-il pouvoir les reconstituer en rassemblant une documentation primaire (« frappes festives laurées » que sont les aurei, leurs fractions et leurs multiples, pour le bronze, les médaillons, les deniers et les quinaires) rare et présente seulement dans les collections institutionnelles ou dans les grandes ventes aux enchères des maisons prestigieuses de numismatique professionnelle.
La richesse des images et des représentations impériales peut être confrontée de manière fructueuse aux données archéologiques et aux sources littéraires. Pour exemple, la numismatique a permis d’établir qu’une arme typique de la panoplie militaire tardive, les javelines plombées : plumbatae/mattiobarbuli, qu’on ne connaissait que par le témoignage tardif du traité militaire de Végèce et de l’Anonyme auteur du De rebus bellicis étaient non seulement d’usage dès le IIIe siècle (à partir de 279 AD), mais pouvaient être arborées par l’empereur lui-même en hommage à certaines légions illyriennes d’élite dont c’était l’arme particulière.

- S. Estiot, 2008. Sine arcu sagittae : la représentation numismatique de plumbatae / mattiobarbuli aux IIIe – IVe siècles (279-307 de n. è.), in : M. Alram & H. Winter éd., Festschrift für Günther Dembski zum 65. Geburtstag, Numismatische Zeitschrift 116/117 (Vienne, 2008), p. 177-201.
- V. Drost, S. Estiot, Maxence et le portrait de l’empereur en Mattiobarbulus, Revue  Numismatique 166 (2010), p. 435-445

 

Siscia, aureus de Maximien Hercule tenant des plumbatae

 

La publication des trésors d’or de Lava et de Partinico, tous deux des cassettes personnelles de hauts personnages, officiers ou gouverneurs, perdues dans des naufrages en Méditerranée permet de saisir sur le vif ce que pouvaient être ces donativa impériaux, distribués de la main à la main par l’empereur à ses plus fidèles soutiens, et sous quelle forme matérielle – parfois fort diverse – se faisaient ces libéralités.

- S. Estiot, 2010. Le trésor d’or romain de Lava (tpq. 272/273 de n. è.), Trésors Monétaires 24 (Paris, 2011), p. 91-152.
 - V. Drost, G. Gautier, Le trésor dit « de Partinico » : aurei et multiples d’or d’époque tétrarchique découverts au large des côtes de la Sicile (terminus 308 ap. J.-C.), Trésors Monétaires 24 (2011), p. 153-176, pl. 19-27

La recherche menée sur les émissions monétaires de 281 AD et les donativa contemporains, croisée avec les données épigraphiques et archéologiques, permet d’identifier une grande campagne militaire germanique sous le règne de Probus et de dater de son règne les premières mesures de fortifications du « limes sec » entre Rhin et Danube, sur la ligne Rhin-Argen-Iller-Danube. Cette campagne militaire impériale répond aux troubles liés à une invasion alamannique, et non aux usurpations de Proculus et Bonosus romancées par l’Histoire Auguste.

S. Estiot, De l’or pour quels braves ? Le type monétaire de la « Traversée de l’Empereur » et la logistique fluviale et maritime des campagnes militaires impériales, in : M. Reddé, éd., De l’or pour les braves ! Soldes, armées et circulation monétaire dans le monde romain, Scripta Antiqua 68 (Bordeaux, 2014), p. 243-280.

S. Estiot, Probus et les « tyrans minuscules » Proculus et Bonosus : que dit la monnaie ? in : C. Dagenbach, F. Chausson, éd., XIIe colloque international de l’Histoire Auguste, 2-4 juin 2011, Nancy (sous presse).

Ticinum, médaillon d’or inédit de Probus

 

La reconstitution à partir de documents inédits de l’émission d’or émise pour Maxence à Ostie au tournant de 310-311 permet de redater la reconquête de l’Afrique sur l’usurpateur Domitius Alexander et de décrypter certaines scènes représentées comme la cérémonie de la remise de l’or coronaire à Maxence par les provinces « libérées ».
- V. Drost, 2008. Le monnayage d’or de Maxence à l’atelier d’Ostie : à propos de l’aureus au type Pax Aeterna Aug N, Revue Numismatique 164 (2008), p. 269-296.

 

Ostie, aureus de Maxence, remise de l'or coronaire


Au VIe siècle byzantin, sous le règne de Justinien et à l’époque de la reconquista armée de la partie occidentale de l’empire tombée aux mains des rois vandales et ostrogoths, la monnaie renoue avec des thèmes iconographiques dont la plupart ont été inventés au IIIe siècle : la Romanité retrouvée de Justinien réinvestit un vocabulaire monétaire ancien, mais l’art chrétien des mosaïques ravennates s’inspire aussi, en les réinterprétant, des images du pouvoir impériales.

S. Estiot, Images du pouvoir au temps de la Johannide : entre tradition et renovatio, in : B Goldlust, éd., Corippe, un poète latin entre deux mondes. Actes du colloque international tenu à Lyon, 19-20 juin 2014 (à paraître).