Hisoma maison orient site moneta

Empereurs et usurpateurs

L’établissement de « corpus de règnes » offre l’opportunité de reprendre la Kaisergeschichte des périodes concernées, tout comme les « corpus d’ateliers » permettent pour l’Orient romain d’étudier l’aspect politique, social et économique de ce médium de la fierté civique qu’est la monnaie.

Les études ont convergé, dans le cadre de l’ANR MONetA, vers le IIIe siècle de n. è.  et les périodes de crise et de démultiplication du système d’émission : la période des Sévères pour le monnayage provincial romain ; pour le monnayage central, la période qui va de 238 à 294 de n. è. – de l’introduction de l’antoninianus à l’implosion du système monétaire ca. 268 jusqu’aux réformes d’Aurélien et de Dioclétien. Pour l’histoire de l’empire, le document monétaire comme moyen de critique de sources historiographiques apparemment prolixes mais souvent douteuses, en particulier les Vitae impériales de l'Histoire Auguste. Le travail est en cours sur les règnes suivants jusqu’à Maxence (306-312 AD).

La monnaie, tout comme les autres disciplines dites auxiliaires, épigraphie, papyrologie, etc., contribue de façon importante à la connaissance historique d’une période où les témoignages littéraires sont exsangues ou falsifiés. La monnaie complète ou renouvelle les témoignages épigraphiques, permet d’affiner des datations ou de cerner de nouvelles pratiques institutionnelles ou de modes pratiques de l’exercice du pouvoir.
Sur le plan général, l’histoire et le corpus monétaire des règnes de Claude II, Quintille, Aurélien, Tacite et Florien, ainsi que des dynastes palmyréniens, Zénobie et Valabath, sont accessibles en ligne à partir du portail web MER/RIC 268-276 AD, qui constitue la révision online du Roman Imperial Coinage V.1. V. Drost a publié sa thèse de doctorat sur le règne de Maxence. S. Estiot a publié le Survey of Numismatic Research pour le IIIe siècle de notre ère, c’est-à-dire la bibliographie critique de la production numismatique parue sur la période 2002-2007. V. Drost fait le même travail de bibliographie critique 2008-2013 pour le prochain Survey, à paraître en 2015. S. Estiot est l’auteur du chapitre The Later IIIrd century crisis 270-295 AD dans l’ouvrage collectif dirigé par W. Metcalf, The Oxford Handbook of Greek and Roman Numismatics.
- URL : http://www.ric.mom.fr/fr/

- V. Drost, Le monnayage de Maxence (306-312 après J.-C.), Études Suisses de Numismatique 3 (Zurich, 2013).
- S. Estiot, De Pertinax à la réforme de Dioclétien (192-294), in : M. Amandry, D. Bateson éd., A  Survey of  Numismatic Research 2002-2007 (Glasgow, 2009), p. 157-174.
- S. Estiot, The Later Third Century, in : W. Metcalf, éd., The Oxford Handbook of Greek and Roman Coinage (Oxford, 2012), p. 538-560

 

Plus particulièrement face aux sources littéraires que la monnaie permet d’intéressantes contre-épreuves, particulièrement en contrepoint aux falsifications de l’Histoire Auguste. La monnaie, premier médium par lequel tout usurpateur parvenu à maîtriser un corps d’armée, un territoire provincial et son atelier monétaire, publiera ses prétentions à la pourpre, est bien souvent l’un des rares témoins de règnes éphémères suscités, puis balayés, par l’état de crise permanent que vit l’État romain aux IIIe –IVe siècles. Repérer, authentifier ces règnes au travers de leur production monétaire n’est pas anecdotique. Il convient tout d’abord d’élaguer le maquis des « tyrans » réels ou imaginaires dont l’Histoire Auguste, la seule source abondante pour la période, a encombré ses pages, puis d’écarter de l’histoire monétaire des usurpateurs réels tous les faux monétaires forgés dès le XVIe siècle à leur image. Mais surtout, d’Odénath en Orient, à Postume ou Carausius dans l’Occident de l’Empire, ou aux usurpateurs de l’époque tétrarchique ou constantinienne, ces « tyrans » surgissent comme surgissent des anticorps dans un organisme menacé : ils révèlent les points de faiblesse d’un système de défense usé, les angles d’invasions extérieures et les réactions de protection de l’organisme tout entier. Les réformes de la Tétrarchie, puis celles de l’époque constantinienne s’inspireront des tâtonnements, des erreurs et des succès de ces usurpations (voir les études d’O. Lempereur sur Pertinax (193 de n. è.), de S. Estiot sur les usurpateurs Silbannacus (253 de n. è.), Domitianus (271 de n. è.), Saturninus (280 de n. è.) et Julien de Pannonie (284-285 de n. è.), de V. Drost sur Maxence (306-312 de n. è.).

 


Siscia, médaillon inédit de Julien