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Monnaie et sources textuelles

La monnaie, à la différence des textes littéraires par exemple, constitue une source documentaire en constante expansion, qu’alimentent sans cesse les nouvelles fouilles et l’exhumation de nouveaux trésors monétaires (particulièrement nombreux pour le IIIe s., ils constituent par ex . entre 50% et 60% des dépôts monétaires exhumés sur le territoire français).

D’autre part le document monétaire, comme le document épigraphique ou papyrologique, est une source essentielle pour parvenir à la connaissance historique de la période, en ce qu’il constitue une source de première main, directement diffusée par l’administration centrale et provinciale, marquée immédiatement par l’histoire événementielle et vecteur de l’idéologie impériale ou civique.

À l’époque tardo-impériale, le document monétaire se situe à l’opposé des sources textuelles, qui sont, quant à elles, le mode d’expression d’une classe socialement, politiquement et idéologiquement marquée, la classe sénatoriale, pour laquelle, de plus, le genre littéraire qu’est l’historiographie, ne laisse pas de place à l’analyse des realia, maintenues hors du champ de vision de l’écrivain antique. Pour ne pas parler bien sûr de cet autre témoin, lui extérieur au système politique impérial, celui des sources chrétiennes pour qui les empereurs jusqu’à Constantin sont vus à travers le prisme de leur position face à la religion nouvelle, au mieux en tant que pagani, au pire comme persecutores.

Le problème se complique de par la nature même des sources textuelles disponibles pour la période tardive, qui sont, ou postérieures (du IVe au XIIe siècle), et/ou succinctes (épitomateurs) et/ou tendancieuses (Histoire Auguste, apologétique chrétienne).

Notre manière d’appréhender la période de crise polymorphe de l’empire passe par ces auteurs et la déformation que leur propre époque impose à leur vision historique : l’erreur téléologique est double pour l’historien, la monnaie est un moyen privilégié de la rectifier.