UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

[Projet scientifique Axe D | Édition de sources et de corpus textuels | Épigraphie]

Épigraphie et mobilités des militaires dans les mondes grec et romain

Porteur scientifique
Dan Dana, CR CNRS

Principaux collaborateurs scientifiques du laboratoire
Julien Aliquot
Alcorac Alonso Déniz
Richard Bouchon
Patrice Faure
Bérangère Redon

Partenaires institutionnels extérieurs
Halma (Lille)
• Musée d’Histoire et d’Art de Zalău
University of Kent

Résumé du projet
Le croisement des sources disponibles (littéraires, épigraphiques, papyrologiques, iconographiques, numismatiques et archéologiques) permettra de mener des recherches sur l’histoire et l’onomastique des populations thraces, l’épigraphie grecque et latine des espaces balkanique et méditerranéen (inscriptions inédites, rééditions et corrections), l’histoire sociale des militaires aux époques hellénistique, impériale et tardo-antique, la correspondance savante, en particulier épigraphique, et l’historiographie de l’espace balkanique.

La présence massive des Thraces dans les armées hellénistiques et romaine entraîne des problématiques communes : forte mobilité spatiale et sociale, histoire sociale des colons militaires dans les royaumes hellénistiques ou des soldats de l’armée romaine, interférences onomastiques (noms indigènes, grecs et latins, phénomènes d’assonance et d’hybridation), processus d’hellénisation et de romanisation (termes très débattus). Ces groupes de militaires, accompagnés pourtant de civils, se placent au centre des mutations d’époque hellénistique et impériale.

Rassembler et exploiter les sources littéraires, épigraphiques, papyrologiques et archéologiques, dont des nouveautés ou des documents qui nécessitent une réédition, n’est qu’une partie de l’enquête. Il convient également de dépasser les anciennes projections historiographiques ou l’usage de termes connotés (par exemple, « mercenaires ») au profit d’une approche attentive à la diversité des sources (très souvent fragmentaires, ou accusant des disparités géographiques et chronologiques importantes), des statuts (militaires, esclaves et affranchis, métèques, proxènes, etc.) et des contextes. Le projet prendra en compte la dispersion de groupes et d’individus d’origine thrace dans le monde égéen (la Grèce des cités, en particulier à Athènes et en Thessalie), mais aussi dans le reste du monde méditerranéen, dans l’ensemble des royaumes hellénistiques, des plus importants (lagide, séleucide, antigonide, attalide) à ceux considérés comme « mineurs » (Pont, Bosphore Cimmérien, Judée, Numidie). L’un des aspects traités sera celui de la colonisation militaire dans les royaumes hellénistiques ‒ en même temps que les fondations macédoniennes ‒, dont les clérouques en Égypte, parmi lesquels les Thraces sont très nombreux.

Les découvertes papyrologiques et épigraphiques récentes, ainsi que les perspectives de recherche qui animent la production bibliographique des dernières décennies, montrent la complexité intrinsèque du sujet : il convient, entre autres, de dépasser le cliché commode ‒ littéraire et historiographique ‒ des mercenaires thraces, d’insister sur la présence des femmes et des familles, ainsi que sur la reproduction des groupes, sous un angle culturel, et de déceler l’éventuelle présence ou constitution de communautés thraces. Les Thraces apparaissent non seulement comme sujets d’acculturation (l’hellénisation, la romanisation), mais aussi comme des agents méconnus des mêmes processus dans les royaumes hellénistiques ou, plus tard, dans les provinces romaines.

Principales publications
Le projet se décline en six volets, concrétisés par plusieurs types de publications, dont certaines en collaboration :

•  New Settlers of the Hellenistic World: Thracians in Ptolemaic Egypt : prosopographie accompagnée d’une synthèse historique sur les Thraces en Égypte ptolémaïque, en collaboration avec le papyrologue Csaba Laʾda (University of Kent)
• Les Thraces dans le monde méditerranéen à l’époque hellénistique : monographie centrée sur les questions méthodologiques, les progrès de la documentation, le brassage des populations, la colonisation militaire, les processus d’acculturation
• un corpus d’une centaine d’« inscriptions mineures » laissées par les militaires de la province romaine de Dacie sur des supports métalliques (en particulier le bronze) et céramiques, en collaboration avec Dan Deac (Musée d’Histoire et d’Art de Zalău, Roumanie)
• un corpus des inscriptions grecques et latines de Zaldapa, importante cité et fortification tardive dans la province de Scythie, en collaboration avec Dominic Moreau (Lille 3/Halma), avec la révision des inscriptions connues et la publication d’épitaphes et dédicaces inédites
• un corpus commenté des inscriptions grecques et latines concernant l’armée romaine tardive dans les provinces du Bas-Danube : en plus d’améliorer les éditions antérieures ou d’exploiter des textes ignorés (iconographie, paléographie, onomastique, état de la langue), l’objectif est d’avancer, de manière contextuelle, dans la connaissance des soldats et de leurs familles, sous l’angle de
• études ponctuelles sur les Thraces et les Daces dans l’ensemble des unités de l’armée romaine, en particulier les soldats auxiliaires du désert Oriental d’Égypte, d’après le dossier des ostraca (en partie publiés), en parallèle avec l’édition et l’exploitation des diplômes militaires, dans la même perspective d’histoire sociale

• Le répertoire anthroponymique de l’Onomasticon Thracicum, paru à Athènes en 2014, continuera aussi d’être complété dans sa version annuelle actualisée : OnomThracSuppl. L’augmentation considérable des données pendant ces dernières décennies (inscriptions, papyrus, ostraca, diplômes militaires), qui facilite la mise en séries et la révision critique de la documentation connue auparavant, permet désormais la constitution des travaux de synthèse et de plusieurs corpus spécialisés, à condition de dépasser les lieux communs de l’historiographie.
L’enjeu de ces enquêtes est de désenclaver les recherches sur les Thraces, non seulement pour une réévaluation critique du rôle de ces populations, souvent exagéré par des clichés ou minimisé par des approximations, mais aussi pour une meilleure compréhension d’autres populations et mutations du monde ancien.

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