UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

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Aux origines du laboratoire HiSoMA

1961-2021 : il y a soixante ans, l’Institut Fernand Courby

 Par Bruno Helly, DR émérite au CNRS

C’est en 1961 que Jean Pouilloux, professeur de langue, de littérature et d’épigraphie grecques fit le choix de donner le nom de Fernand Courby à l’Institut d’épigraphie grecque que son prédécesseur à l’Université de Lyon (1922-1932) avait créé en 1923. Ce choix fut entériné par une décision du Conseil de la Faculté des Lettres datée du 28 janvier 1961. Cette décision sanctionnait le développement que Jean Pouilloux entendait donner à la recherche sur les inscriptions grecques, dans le prolongement de l’initiation à l’épigraphie grecques, qu’il avait, dès son arrivée à Lyon en 1957, inscrit dans son enseignement. Dans ces années 1957 à 1959, J. Pouilloux avait déjà réuni dans un séminaire d’enseignement et de recherches des collègues, des étudiants et anciens étudiants. Jean Pouilloux occupait alors un bureau à l’angle sur cour au deuxième étage du bâtiment où se trouve aujourd’hui l’entrée de l’Université sur la rue du même nom, bâtiment au rez de chaussée duquel se trouvait alors la Salle des actes de l’Université. Il y tenait un séminaire d’épigraphie tous les jeudis à partir de 17 heures. Je me souviens qu’on y trouvait bien rangée sur des rayonnages, léguée par Mme Courby, la série complète des volumes du Bulletin de Correspondance Hellénique de l’École Française d’Athènes, qui fut la première collection de la Bibliothèque de l’Institut Fernand-Courby, aujourd’hui intégrée à la bibliothèque de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée.

Dès cette même année 1961 le nouvel Institut Fernand-Courby prenait possession de tout le second étage du bâtiment, disposant de plusieurs bureaux pour un secrétariat et une bibliothèque, et le séminaire se tenait désormais dans une grande salle donnant sur la rue de l’Université. Tous les jeudis à la même heure, dans les années 1961 à 1966, on y retrouvait autour d’une grande table Jean Pouilloux, le Père Claude Mondésert, alors directeur de l’Institut des Sources chrétiennes, le chanoine Paul Gallay, doyen de la Faculté libre des lettres de Lyon, traducteur de Grégoire de Nazianze, Jean Taillardat, Professeur de philologie grecque, Pierre Vidal-Naquet, professeur d’histoire grecque à l'Université de Lyon (1964-1966), de jeunes enseignants d’Université et anciens étudiants, Anne-Marie Vérilhac, Madeleine Piot, Paulette Delobre, Christiane Lauvergnat, Jean Jehasse, d’autres qui enseignaient dans des collèges ou des lycées, Paul Roesch, Jean-Paul Rey-Coquais, Henri Bouvier, Bruno Helly, ou même engagés dans l’épigraphie latine, comme Jean Marcilhet-Jaubert, disciple de Hans-Georg Pflaum qui avait la charge de la publication des inscriptions latines d’Algérie, arrivé d’Alger, ainsi que plusieurs étudiants et étudiantes, Marguerite Yon, Anne Delmotte, Olivier Aurenche, Thérèse Oziol, Marie-Josée Chavanne, Thérèse Monloup. Dans les années suivantes, le séminaire a accueilli d’autres participants, des collègues enseignants, Michel Casevitz, André Laronde, M. Bancel, et des chercheurs du CNRS, Jacques Cazeaux, membre du groupe des Études philoniennes fondé par Jean Pouilloux, le P. Montdésert et Roger Arnaldez, professeur de philosophie à l’Université de Lyon de 1956 à 1968, Laurence Jehasse, Yves Calvet.

Selon un ordinaire bien établi, le séminaire commençait par une revue des livres que Jean Pouilloux avait reçus et dont souvent il faisait une rapide critique qui n’était pas dénuée de malice. Souvent aussi il distribuait à ceux qui se déclaraient intéressés l’un ou l’autre de ces ouvrages pour compte rendu. Venait ensuite l’étude d’une inscription récemment publiée ou tirée des grands recueils sur lesquels s’appuyait la discipline, la Sylloge Inscriptionum Graecorum et les volumes des Inscriptiones Graecae, souvent aussi des inscriptions inédites rapportées par les uns ou les autres de leurs missions sur le terrain. On s’attachait à l’établissement du texte, à la rédaction du lemme, au contrôle de la traduction et au commentaire. Tous les participants avaient droit à la parole et les réactions ou discussions sur tel ou tel point pouvaient être vives.  Dès les premiers séminaires Jean Pouilloux a développé ce mode de travail, qui a été mis en prqtique pour la confection d’un Choix d’inscriptions grecques, en confiant aux uns ou autres la sélection et la préparation d’un document épigraphique qu’il fallait présenter à l’ensemble des participants. C’est ainsi que deux inscriptions thessaliennes ont eu leur place dans ce volume qui rassemblait cinquante-trois inscriptions classées par types de documents et qui a été publié en 1960 aux Éditions Les Belles Lettres.

L’attention que Jean Pouilloux apportait à la formation l’a également conduit à envoyer plusieurs d’entre nous suivre régulièrement les cours de Louis Robert, le « Maître de Montsouris » à l’EPHE et au Collège de France. Pendant plusieurs années  Paul Roesch et moi nous prenions le train, ce n’était pas encore des TGV, le dimanche soir pour les cours du lundi, celui du mardi matin et, à l’issue du cours du mardi, en fin d’après midi, nous quittions en grande hâte le Collège de France pour ne pas manquer le dernier train du soir. Dans les demi-journées qui séparaient ces cours de Louis Robert, je pouvais suivre aussi les cours d’Olivier Masson et ceux de Georges Le Rider.

Jean Pouilloux savait aussi que l’épigraphie grecque se pratique non seulement dans une salle de cours ou de séminaire, mais aussi sur le terrain. J’ai gardé le souvenir de séjours à Delphes avec jean Pouilloux : chaque soir après la fermeture du site aux touristes, il prenait dans la bibliothèque de la maison de fouille un des volumes des fouilles de Delphes consacré à tel ou tel monument, il nous emmenait sur le monument ou ce qu’il en reste et commentait la publication de l’architecture et des inscriptions. Jean Pouilloux visait par là à former des collaborateurs qu’il pouvait engager sur des postes fixes de l’Université ou du CNRS, qui, au début des années soixante, s’était doté d’un Département des sciences humaines. Plusieurs d’entre nous, venant de l’enseignement secondaire, ont obtenu des détachements au CNRS, d’autres ont été nommés à des postes d’ingénieurs d’études ou de recherches. Jean Pouilloux constituait ainsi une équipe qui s’est mise au travail sur des programmes bien définis, les inscriptions de Béotie, de Thessalie, le programme des Inscriptions grecques et latines de Syrie à partir de 1966, programmes regroupés dans l’Institut Fernand-Courby, dont le dynamisme était renforcé par le dévouement des « Jeunes dames » qui avaient la charge des activités documentaires et des tâches de gestion de l’Institut Fernand-Courby, Thérèse Oziol, Marie-José Chavane, Thérèse Monloup. Ces activités documentaires et d’administration se sont considérablement accrues avec la création de la mission de Salamine de Chypre à partir de 1964. L’équipe a alors été renforcée par l’arrivée d’un architecte, Paul-Alexandre Pironin, puis celle d’Olivier Callot.

Les chercheurs n’étaient cependant pas dispensés de prendre leur part de ces travaux dits « collectifs » et en particulier de contribuer à l’établissement de l’Index du Bulletin épigraphique que Louis et Jeanne Robert publiaient chaque année depuis 1938 et jusqu’à 1984 dans la Revue des Études grecques. Pendant plus de quinze ans, nous avons tous enregistré les mots grecs, les mots français et les références aux publications sur des petites fiches de format 10,5 x 7,5 cm qui s’accumulaient jour après jour dans des tiroirs et que nous devions trier, retranscrire et réviser pour établir un  manuscrit utilisable par l’éditeur. Le premier volume de ce triple index a paru en 1972, le dernier, que l’on doit à l’obstination de Jean Marcilhet-Jaubert, d’Anne-Marie Vérilhac et de Claude Vial, avec la collaboration de Denis Rousset, en 2010.

Dès 1964 encore, Jean Pouilloux avait mis sur pied la mission archéologique française de Salamine de Chypre, sur un vaste secteur de la cité antique concédé par la Direction des Antiquités de Chypre par un acte daté du 30 septembre 1963. Après une première mission de reconnaissance effectuée avec Jean Jehasse en 1964, l’exploration archéologique confiée à l’Institut Fernand-Courby a été engagée en 1965 sur financement de la Commission des Fouilles du Ministère des Affaires Étrangères, sous la direction conjointe de Jean Pouilloux et Georges Roux. Jean Pouilloux avait conçu la fouille de Salamine comme une sorte de « chantier école » qu’il a su doter des locaux et des outils de travail indispensables, mais aussi d’une maison de fouille qui offrait les meilleures conditions d’accueil aux collègues et aux étudiants français et étrangers venus se former aux techniques de la fouille stratigraphique et du dégagement de grands monuments. Nombreux sont ceux qui, pendant presque dix années, ont bénéficié de l’hospitalité de Jean Pouilloux et qui ne l’ont pas oubliée. Les chantiers se sont succédé sur plusieurs sites, la basilique de la Campanopétra, le rempart, des tombeaux, une villa byzantine et finalement Le temple de Zeus, dont la fouille a été conduite d’abord par l’architecte Jean Bruchet, puis, après le décès accidentel de celui-ci, par Gilbert Argoud, Olivier Callot et moi. L’exploration du temple est restée inachevée, interrompue par les dramatiques événements de l’été de 1974.

L’Institut Fernand-Courby est devenu une équipe associée au CNRS à partir du 17 janvier 1967, l'ERA 60, une convention signée en mars 1967 associant la Faculté des Lettres de l'Université de Lyon et le CNRS pour le financement et la gestion des personnels, sur des programmes d’épigraphie et d’histoire, de littérature et de philologie grecques, d’archéologie à Chypre. L’année suivante, en février 1968, l’Institut déménageait pour occuper de plus vastes locaux au premier étage de l’immeuble qui bordait la rue Chevreul de l'angle de la rue Raulin à l’angle de la rue Pasteur et Chevreul, immeuble qui a été démoli pour faire place à la bibliothèque Chevreul. De la grande pièce qui dominait l’angle des rues Chevreul et Pasteur, occupée par le secrétariat, un long couloir longeait la salle de séminaire meublée de la grande table où tous les participants trouvaient place, et les différents bureaux jusqu’à une petit local servant de cafétéria et de cuisine. C’était là que Jean Pouilloux retrouvait presque chaque matin les membres de l’équipe, qu’il transmettait ou recevait les informations des uns et des autres. Nous étions également quelques-uns à le retrouver tard le soir après son dernier cours ou sa dernière réunion, avant son départ pour le fort Saint-Irénée, puis, plus tard, pour la maison de Pimotin.

Le séminaire d’épigraphie grecque est resté ce qu’il était, consacré à l’étude des inscriptions nouvelles et à la réalisation d’un Nouveau Choix d'Inscriptions Grecques, qui a été publié aux Éditions Les Belles Lettres en1971. Il s’est doublé d’un autre séminaire dédié à l’exploitation de la documentation archéologique des fouilles de Salamine de Chypre, avec pour objectif l’informatisation du catalogue. C’était l’époque où nous nous engagions, pleins d’espoir, dans la réalisation de grandes bases de données et où l’on s’engageait dans la conception et le développement de logiciels documentaires. Il fallait pour cela expliciter le vocabulaire descriptif de chaque catégorie d’objets, que nous discutions semaine après semaine, avec un auditeur attentif, Henri Vigne, informaticien à la Délégation régionale du CNRS à Lyon. Nos séances de travail ont servi de fondement à la création, quelques années plus tard, au logiciel Texto, qui sera plus tard encore, au fondement de l’application de gestion de bibliothèques Frantiq.

L’Institut Fernand-Courby installé dans les locaux de la rue Chevreul a survécu à la crise de mai 1968 et à celle qui a suivi, la scission de l’Université et la constitution des Universités qui prirent alors les appellations Lyon 2 et Lyon 3. Nous avons d’abord échappé à l’occupation des locaux, alors que les quatre blocs d’immeubles de l’Université étaient totalement occupés et le sont restés jusqu’en juin 1968, à la veille des élections législatives de cette année-là. Nous étions quelques-uns, chercheurs et techniciens, à monter la garde derrière la porte de nos locaux, y compris la nuit, pour éviter, si faire se pouvait, toute intrusion. Mais toutes les tentatives faites par les groupes menant l’occupation de l’Université pour découvrir où se trouvait l’Institut Fernand-Courby n’ont jamais abouti. Nous étions aussi quelques-uns à nous transformer en garde du corps de notre « patron, » quand il parcourait, même tard dans la nuit, les locaux de la « vieille université » et ceux de la bibliothèque universitaire installée sous le dôme du bâtiment principal du quai Claude-Bernard. Nous avons échappé aussi, grâce à la prompte réaction de Jean Pouilloux, au démantèlement de la partie grecque de la bibliothèque de lettres, en déménageant de nuit, une fois encore, les volumes des auteurs grecs de la collection Guillaume Budé. Ces volumes sont alors entrés dans la bibliothèque de l’Institut Fernand-Courby.

À partir du début de l’année 1974, les membres de l’Institut Fernand-Courby – ERA 60 ont été rattachés à une nouvelle équipe du CNRS, l’Unité de Recherche Associée n° 15, qui devenait une des unités du Centre de Recherches Archéologiques, laboratoire propre du CNRS, créé en 1972, constitué en un réseau d’ équipes spécialisées en archéologie sur le territoire national et à l’étranger, en histoire ancienne et médiévale, et dont plusieurs étaient étaient également des laboratoires possédant les compétences et les instruments dédiés aux analyses physiques, chimiques, anthropologiques, botaniques et pétrographiques pour l’archéologie. Parallèlement, les enseignants chercheurs en poste à l’Université poursuivaient leurs activités d’enseignement et de recherche en langue, littérature et épigraphie grecques et perpétuaient le nom de l’Institut Fernand-Courby. Les moyens, la documentation et la bibliothèque étaient mis en commun pour servir aux uns et aux autres.

Les deux équipes sont restées dans les locaux de la rue Chevreul jusqu’à la fin de l’année universitaire en juin-juillet 1975 et à leur transfert dans les locaux du 4e étage du nouveau bâtiment,qui reçut le nom de Maison de l'Orient et de la Méditerranée, construit sur l’emplacement d’un hangar vétuste qui servait de centre d’examens, à l’angle des rues Chevreul et Raulin. Ce fut à ce moment, quelques jours après le déménagement dans les nouveaux locaux, du 21 au 26 juillet 1975, que s’est tenu le Colloque international sur la Thessalie, premier colloque scientifique organisé sous l’égide de la Maison de l’Orient.

L’installation dans ces nouveaux locaux a été aussi l’occasion de renforcer les équipes : au secrétariat Monique de Bignicourt (Monique Fabre), à peine engagée, a apporté son concours pour la tenue du colloque thessalien, en 1977 Catherine Gautin a pris la charge de la bibliothèque, installée en grande partie dans la salle occupée jusqu’à il y a peu par Elysabeth Hue-Gay, Emmanuelle Morlock et Alexandre Rabot. C’est dans cette salle que se tenaient les sessions hebdomadaires du séminaire d’épigraphie, suivant toujours le même ordre du jour, avec sa grande table ouverte à tous. De nouveaux membres enseignants et chercheurs sont alors venus renforcer les équipes existantes, Gilbert Argoud, Maurice Sartre (Université) ; Pierre-Louis Gatier, Jean-Claude Decourt, Hélène Cassimatis, Jean-François Salles, puis Florence Malbran, Joël Mallet, Jacqueline Balensi. Les programmes d’épigraphie et les travaux collectifs sur l’Index du Bulletin épigraphique notamment, continuaient. Tout au fond du couloir en L du 4e étage, la cuisine servait, comme précédemment, de lieu de rencontre et d’information avec celui que nous appelions « le Maître. »

En 1978, l’URA 15 s’est divisée en deux équipes, l’une vouée à l‘archéologie chypriote prenant le nom d’URA 1, l’autre, celle des épigraphistes conservait le numéro 15, puis recevait celui d’UPR 310, tandis que les enseignants-chercheurs de l’Université maintenaient l’Institut Fernand Courby, placé à partir de 1979 sous la direction de Daniel Babut, puis de Georges Rougemont de 1986 à 1993. Une partie des enseignants et chercheurs de l’Institut avaient leurs bureaux au 2e étage de la Maison de l’Orient, où ils voisinaient avec leurs collègues enseignants d’archéologie classique et d’égyptologie. L’URA 15 eu successivement comme directeur Paul Roesch, puis Jean Marcilhet-Jaubert, jusqu’à son décès en 1987. J’en ai pris la direction à mon retour de Valbonne-Sophia-Antipolis en 1988 jusqu’en 1994, date à laquelle Georges Rougemont, titulaire de la chaire de littérature et d’épigraphie grecque depuis 1985, directeur de l’Institut Fernand-Courby de 1986 à 1997, en assuma à son tour la direction.

En 1993, sur incitation du CNRS, les trois équipes se sont à nouveau associées dans une seule entité du CNRS, une Unité Mixte de Recherches (UMR) 9969, opérationnelle à partir du début de 1974. Lors de la constitution de cette nouvelle équipe CNRS, les membres des trois équipes réunies furent unanimes à reprendre le nom d’Institut Fernand-Courby, qui répondait le mieux aux intuitions qu’avait eues Jean Pouilloux dès la fondation de l’Institut et aux collaborations qu’il avait suscitées et organisées autour de programmes et d’instruments de recherches dédiés, bibliothèque, documentation, sans oublier les outils informatiques. Le séminaire d’épigraphie grecque changea alors de forme pour s’organiser en séminaire d’enseignement pour étudiants, sans la participation des chercheurs.

Jean Pouilloux est décédé le 23 mai 1996 et son nom a été alors définitivement associé à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée qu’il avait fondée vingt et un ans auparavant. Il avait commencé son œuvre scientifique dans un contexte traditionnel : la fouille de Delphes comme membre de l’École Française d’Athènes en 1945, l’étude des inscriptions sous la direction de Louis Robert, la pratique des textes littéraires et de leur édition dans la ligne des éditeurs des textes grecs de la Collection des Universités de France-Guillaume Budé. Comme professeur de littérature, dès son installation à Lyon, Jean Pouilloux a attiré à lui, par la qualité de son enseignement, des étudiants qu’il a formés et soutenus, une œuvre d’ouverture et de formation impossible à mesurer. Avec quelques-uns de ces étudiants, devenus très tôt des disciples et des collaborateurs, il a su accepter et soutenir le développement des nouvelles pratiques qui commençaient alors à s’introduire dans nos sciences, ainsi que, dès le début des années soixante, les nouvelles formes d’organisation de la recherche, lorsque fut créé au CNRS le Département des Sciences Humaines et pluss tard quad il assuma la fonction de Directeur scientifique pour les Humanités au sein de cette grande institution nationale, de 1976 à 1982. Ainsi son activité de savant, d’enseignant et de grand administrateur de la recherche scientifique s’est-elle étendue bien au-delà de Lyon, à ce moment charnière où la pratique des fouilles archéologiques, l’étude des inscriptions liée à celle des textes antiques connaissaient une mutation profonde en se dotant d’instruments et de techniques nouvelles : la méthode stratigraphique, les disciplines de l’archéométrie, l’indispensable informatique, le tout inséré dans la création des laboratoires et des équipes de recherche sans lesquelles aujourd’hui nous ne saurions poursuivre nos travaux. Classique devenu novateur, nous lui devons l’exemple d’un humanisme généreux.

L’UMR 9969, qui avait reçu en 1994 le numéro 5649, puis 5189 qu’elle a toujours, a continué ses activités sous la direction de Marie-François Boussac de 1997 à 2003, puis de Jean-Claude Decourt, qui a dirigé l’UMR 5649 durant deux mandats, de 2003 à 2010. C‘est alors que le nom d’Institut Fernand-Courby fut abandonné dans l’intitulé de l’UMR et remplacé par celui d’Histoire et sources des mondes anciens,  Hisoma. Michèle Brunet, nommée professeur de littérature et d’épigraphie grecque à l’Université de Lyon en 2006, a pris la direction de l’UMR Hisoma de 2011 à 2013 et a alors renouvelé le séminaire d’épigraphie grecque en l’orientant vers les Humanités Numériques et l'édition électronique des inscriptions grecques. Après le départ de Michèle Brunet, le laboratoire a été dirigé par Véronique Chankowski et le séminaire d’épigraphie grecque s’est une nouvelle fois réorganisé pour présenter aux enseignants-chercheurs, chercheurs CNRS et étudiants les documents épigraphiques étudiés par les membres de l’équipe et par de nombreux collègues invités.

L’UMR 5189, sous la direction depuis 2018 de Stéphane Gioanni, Professeur de langue et littérature latines tardives et médiévales à l’Université Lumière Lyon 2, a connu un enrichissement considérable de ses partenariats, comme il est dit dans sa page de présentation sur le web, avec des instituts universitaires et des équipes CNRS partageant un intérêt commun pour l'Antiquité gréco-romaine et l'Orient méditerranéen. On y trouve au premier rang l’Institut Fernand-Courby, à côté de l’Institut des Sources Chrétiennes, de la Jeune équipe Romanitas, de l’Équipe de recherche associée Jean-Palerne et, tout récemment, du CEROR, EA 664 de l'Université Jean-Moulin Lyon 3. Comme on le voit, l’Institut d’Université placé par Jean Pouilloux sous le nom de Fernand Courby ne disparaît pas et son histoire, qui fait désormais objet de travaux de mémoire, témoigne de sa vitalité toujours préservée.

Pour référence, voir Marguerite Yon, L'Institut Courby et la mission de Salamine. In: Hommages à Jean Pouilloux, Lyon, Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 1998. pp. 91-100 (Collection de la Maison de l'Orient. Hors série, 5) ;

On peut aussi se reporter à la page consacrée aux Archives de l'Institut Fernand Courby, par Laure Bezard, archiviste à la MOM.

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