UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

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Zeugma-Moyenne Vallée de l’Euphrate (Turquie)

Responsable : Catherine Abadie-Reynal

: les sites de Zeugma (premier plan) et d’Apamée de l’Euphrate ©Mission de Zeugma-Moyenne Vallée de l’Euphrate
Les sites de Zeugma (premier plan) et d’Apamée de l’Euphrate © Mission de Zeugma-Moyenne Vallée de l’Euphrate

La mission archéologique franco-turque de Zeugma-Moyenne Vallée de l’Euphrate a été mise en place en 1995, quand le projet de construction du barrage hydroélectrique de Birecik a été connu ; en effet, la construction de cette infrastructure entraînait l’immersion d’une partie de la vallée du Moyen Euphrate et d’une vingtaine de sites, toutes époques confondues. Face à cette menace, il a semblé nécessaire d’organiser des fouilles de sauvetage afin de sauver le maximum de données sur ces sites. Devant l’immensité de la tâche et le temps très limité dont nous disposions puisque la mise en eau du barrage devait commencer à l’automne 1999, il a fallu prioriser nos interventions. Nous avons choisi de mettre l’accent sur deux sites qui se trouvaient de part et d’autre de l’Euphrate : Séleucie-Zeugma sur la rive droite et Apamée de l’Euphrate sur la rive gauche (fig. 1).  Ces sites qui auraient été fondés au début du IIIe s. av. J.-C. par Séleukos Nikator, étaient très mal connus alors qu’ils ont eu, d’après les textes, une importance historique certaine. Se faisant face, ces sites se situaient dans une zone charnière de l’Empire séleucide : ils contrôlaient le passage sur l’Euphrate d’une de la grande route qui reliait Antioche et la façade méditerranéenne à la Mésopotamie. Plus tard, Apamée fut la première étape de la Route royale parthe tandis que Zeugma fut, pendant plusieurs siècles, une ville-frontière de l’Empire romain. Malgré cela, ces sites n’avaient guère été explorés que par des prospections qui ne permettaient de préciser ni les différentes phases de leur développement, ni même leurs relations de part et d’autre du fleuve.

Apamée de l’Euphrate. La muraille sud ©MZMVE
Apamée de l’Euphrate. La muraille sud © MZMVE

Nous nous sommes donc efforcé de définir les grandes phases de ces sites en un temps très court puisque seules quatre campagnes de fouilles ont pu être menées à Apamée (1996-1999) alors qu’à Zeugma, grâce au relief très accidenté de ce site, une cinquième campagne très importante a été conduite par une équipe internationale en 2000, alors que la mise en eau du barrage avait commencé.

Les résultats de ces recherches sont spectaculaires (fig. 2). À Apamée de l’Euphrate, les fouilles et les prospections géophysiques ont révélé une ville hellénistique à plan hippodamien, ceinturée par de vastes murailles qui semblent attester d’une ambition excessive du fondateur ; des parts du tissu urbain, en effet, sont restées libres de construction. D’autre part, cette ville n’a guère fonctionné qu’environ deux siècles : elle aurait été abandonnée au plus tard au début du Ier s. av. J.-C. En revanche, cette riche plaine alluviale a continué à être exploitée, sans doute dans le cadre d’une occupation dispersée du sol, comme le montrent les tombes, parfois riches, qui ont pu être explorées à proximité et qui, pour certaines d’entre elles, ont été utilisées jusqu’à la fin de l’époque byzantine.

Zeugma. La maison des Synaristôsai en cours de fouille ©MZMVE

Zeugma. La maison des Synaristôsai en cours de fouille ©MZMVE

Les fouilles sur la rive droite de l’Euphrate ont révélé une histoire très différente. Le site de Séleucie, qui prend le nom de Zeugma (« le lien ») probablement à la fin de l’époque hellénistique, en lien avec le passage du fleuve, a certes permis la découverte de niveaux hellénistiques, en particulier dans la partie ouest du site. Cependant, la ville a connu sa période la plus prospère au cours du IIe s. et de la première moitié du IIIe s. avant de connaître une destruction violente probablement en 252/3 apr. J.-C. sous les coups de raids sassanides. Aucune structure monumentale n’a pu être fouillée, certainement parce que les zones publiques de la ville se situaient dans sa partie haute, qui n’a pu faite l’objet de fouille de sauvetage puisqu’elle se trouvait au-dessus de la ligne de montée des eaux. Cependant, des quartiers d’habitation ont été découverts. Dans la partie occidentale du site, ils semblent avoir été relativement modestes. En revanche, à l’est, ils ont permis de mettre au jour un habitat luxueux qui s’est progressivement constitué et qui a intégré, en les adaptant aux contraintes du site et du climat, des motifs architecturaux et un goût du décor, influencés par l’architecture domestique occidentale. Ainsi, on voit se développer pendant cette période, l’eau courante qui alimente bassins et fontaines, les décors peints sur les murs ainsi que les sols mosaïqués dans la partie publique des maisons et les pièces d’apparat que sont les triclinia. Parmi ces riches demeures, on peut mentionner la maison de Poséidon, la maison de l’Euphrate ou encore la maison des Synaristôsai qui ont permis de mettre au jour de grands chefs-d’œuvre comme, entre autres, la mosaïque de Pasiphaé et Icare ou la mosaïque des Synaristôsai.  Ces découvertes ont aussi montré que des artistes de premier plan, dignes des grands centres qu’étaient Antioche ou Pergame, travaillaient aussi dans des villes moins importantes des confins de l’Empire romain. Enfin, l’abondance du matériel trouvé dans ces fouilles, qu’il s’agisse de somptueux objets en bronze ou de modestes tessons de céramique, a permis de restituer avec précision, le cadre de vie de cette ville romaine et en particulier, grâce à l’apport complémentaire de l’archéozoologie, une partie du régime alimentaire de ses habitants avec leurs variantes. Ces objets permettront également de travailler sur les productions artisanales de ce site ainsi que sur les échanges proches ou plus lointains qui ont alimenté la ville en objets du quotidien.

Les fouilles de sauvetage se sont terminées en 2000. Quelques fouilles supplémentaires ont eu lieu en 2004 sur le théâtre de Zeugma, au-dessus de la ligne de montée des eaux, mais à partir de 2001, l’étude du matériel très abondant, a constitué la part la plus importante des recherches. Ce travail a continué jusqu’en 2014 et a conduit à la publication de six monographies. D’autres sont en cours d’élaboration.

Coopérations

L’équipe franco-turque qui a conduit ces fouilles, avec des collègues des musées de Gaziantep et de Şanlıurfa, comprenait également des étudiants turcs et français. Plusieurs mémoires de maîtrise, de DEA et de thèse ont ainsi été soutenus sur le matériel et les sites concernés par la mission.

Partenariats et financements : MAE, Institut français d’Études anatoliennes (IFEA), AOROC, HiSoMA, ANR, Direction générale des Monuments et Musées (Ankara), Université de Paris VI, Université de Lorraine, INRAP.

Bibliographie de la mission

Monographies

• R. Early, C. Crowther, R. Nardi, M. Önal, C. Abadie-Reynal, J.-P. Darmon, M. Hartmann, M.A. Speidel, Zeugma : interim Reports, JRA Suppl. 51, Portsmouth RI, 2003, 126 p.
• A. Barbet (dir.), Zeugma II, Peintures murales romaines, Varia Anatolica XVII, Istanbul (2005), 330 p.
• C. Abadie-Reynal, R. Ergeç (dir.), Zeugma I, L’habitat 1. La mosaïque de Pasiphaé, Varia Anatolica XXVI, Istanbul (2012), 342 p.
• C. Abadie-Reynal (dir.), Zeugma III, L’habitat 2 : la maison des Synaristôsai. Les inscriptions, TMO 62, Lyon, 2012, 250 p.
• D. Frascone, Zeugma IV, Les monnaies, TMO 63, Lyon, 2013, 312 p.
• N. Dieudonné-Glad, M. Feugère, M. Önal, Zeugma V, Les objets, TMO 64, 2013, 342 p.
• C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon (éds), Zeugma VI, Echanges culturels et identité dans la Syrie romaine. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, 300 p.

Principaux articles et contributions à des ouvrages collectifs (2008-2020)

• C. Abadie-Reynal, « Eaux décoratives, eaux symboliques à Zeugma », Syria 85, 2008, p. 99-118.
• G. Rousseau, C. Guintard, C. Abadie-Reynal, « La gestion des animaux à Zeugma (Turquie) : étude des restes fauniques du chantier 9 (époques hellénistique, romaine, byzantine et islamique) », Revue Méd. Vét. 159, 5 (2008), p. 251-275.
• C. Abadie-Reynal, A.-S. Martz, « La céramique commune de Zeugma, Ve-VIIe s. et les problèmes de provenance », dans S. Menchelli, S. Santoro, M. Pasquinucci, G. Guiducci (éds), LRCW3, Late Roman Coarse Wares, Cooking Wares and Amphorae in the Mediterranean, BAR Intern. Series 2185 (II), Oxford (2010), p. 839-845.
• C. Abadie-Reynal, « L’architecture domestique à Zeugma au IIIe s. ap. J.-C. : l’influence romaine et orientale », dans M. Dalla Riva, H. Di Giuseppe (éds), Meetings between Cultures in the Ancient Mediterranean. Proceedings of the 17th International Congress of Classical Archaeology, Rome 22-26 sept. 2008 , Bollettino di Archeologia on line I 2010/ Volume speciale B / B7 / 7,
• A.-S. Martz, « La brittle ware, une vaisselle multiculturelle. L’exemple de Zeugma », dans M. Dalla Riva, H. Di Giuseppe (éds), Meetings between Cultures in the Ancient Mediterranean. Proceedings of the 17th International Congress of Classical Archaeology, Rome 22-26 sept. 2008 , Bollettino di Archeologia on line I 2010/ Volume speciale B / B7 / 7
C. Abadie-Reynal, « La mémoire de l’eau dans l’habitat de Zeugma : époques romaine et protobyzantine », dans C. Abadie-Reynal, S. Provost, P. Vipard (éds), Histoire des réseaux d’eau courante dans l’Antiquité : réparations, modifications, réutilisations, abandon, récupération, Actes du colloque international de Nancy, 21-22 novembre 2009, Rennes (2011), p. 205-215.
C. Abadie-Reynal, A. Lefebvre, J.-S. Caillou, « Contribution of physical   anthropology in the study of the Graves of Apameia on the Euphrates », 7th International Congress on the Archaeology of the Ancient Near East, Londres, avril 2010, Londres (2012), p. 543-578.
R. Ergeç, J.-B. Yon, « Nouvelles inscriptions », dans C. Abadie-Reynal (dir.),  Zeugma III, L’habitat 2 : la maison des Synaristôsai. Les inscriptions, TMO 62, Lyon, 2012, p. 151-200.
C. Abadie-Reynal, « Italy and Zeugma (Ist-IIIrd c. A.D.) », dans M. Tekocak (éd.), Mélanges en l’honneur de Levent Zoroğlu, Antalya (2013), p. 5-17.
• C. Abadie-Reynal, « Les manières de table à Zeugma à l’époque romaine : nouveaux gestes, nouveaux goûts », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon, Echanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, p. 203-223.
• C. Abadie-Reynal, « Conclusions », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon (eds), Échanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68,Lyon, 2015, p. 295-300.
• N. Dieudonné-Glad, « Les forgerons de Zeugma : des savoir-faire originaux ? », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon, Echanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, p. 139-163.
• O. Dussard, « La verrerie romaine de Syrie du Nord », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon, Echanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, p. 225-286.
• D. Frascone, « Échanges et courants de circulation monétaire en Syrie du Nord », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon, Echanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, p. 19-54.
• A.-S. Martz, « Morphologie et signification des triclinia dans les maisons de Syrie du Nord », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon, Echanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, p. 165-184.
• J.-B. Yon, « L’onomastique en Syrie orientale et en Mésopotamie à l’époque romaine », dans C. Abadie-Reynal, J.-B. Yon, Echanges culturels et identité en Syrie romaine : le paraître et l’intime. Actes du colloque international de Lyon, 4-5 mai 2012, TMO 68, Lyon, 2015, p. 11-18.
• C. Abadie-Reynal, « Fouilles de sauvetage de Zeugma. Bilan des résultats », JRA 28, 2015, 2, p. 821-845.
• C. Abadie-Reynal, « Zeugma : contraintes et apports des fouilles de sauvetage » dans G. Traina, L. Tholbecq, R. González Villaescusa, J.-P. Vallat (éds), Les mondes romains : questions d'archéologie et d'histoire (à paraître en 2020).

Sitographie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Zeugma_(cit%C3%A9_antique)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Apamée_(Mésopotamie)

https://www.futura-sciences.com/sciences/dossiers/archeologie-archeologie-zeugma-richesses-passe-englouti-593/

Filmographie

Les Derniers Jours de Zeugma, documentaire de Thierry Ragobert, France/Belgique, 2000, 55 min (DVD)

 

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