UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Le culte d'Osiris à Karnak au Ier millénaire avant J.-C.

Programme dirigé par Laurent Coulon (chercheur, HiSoMA)
laurent.coulon[at]mom[dot]fr

L’Égypte du premier millénaire avant J.-C. connaît des évolutions profondes dans le domaine religieux qui constitue, dans les périodes de troubles ou de perte d’autonomie politique, l’ultime refuge de son identité culturelle. L'une des transformations les plus importantes est probablement la montée en puissance du culte d’Osiris au sein des sanctuaires divins. La dévotion pour le dieu Osiris n’est plus seulement cantonnée au domaine funéraire ou à ses métropoles traditionnelles (Abydos, Busiris). Ce dieu-roi s’affirme comme le parangon du souverain auquel chaque pharaon veut s’identifier et recueille également les aspirations « populaires » à une religion de salut. Cet essor du culte osirien, qui rayonnera ensuite dans l’ensemble du monde méditerranéen, est un phénomène d’échelle nationale mais qui se décline dans les provinces d’Égypte en autant de variantes régionales s’enracinant dans le substrat des traditions locales. Osiris, à l’instar d’autres dieux du panthéon égyptien, voit de fait sa personnalité se démultiplier en une myriade de formes particulières, possédant leur individualité et leur clergé propres ; certaines formes s’exportent alors d’un sanctuaire à l’autre, d’autres se concurrencent ou sont fédérées au gré des constructions théologiques. 
Le programme en cours vise à éclairer, à partir d'études de cas représentatifs, les modalités d'ancrage du culte osirien dans les localités d'Égypte en faisant la part du contexte local, des références à une théologie dominante et des processus historiques et politiques qui conditionnent l'implantation de tel ou tel aspect d'Osiris, parfois lié à une ville éloignée, dans tel ou tel site.
Le site de Karnak se prête particulièrement à cette étude. Fief traditionnel du dieu Amon depuis le début du deuxième millénaire avant J.-C., le développement  du culte d’Osiris s’y manifeste à partir de la Troisième Période intermédiaire (XIe-VIIIe S. av. J.-C.) à travers notamment l’aménagement, en périphérie, de nombreux édifices dédiés chacun à une forme spécifique du dieu. Cette activité architecturale orientée vers le culte osirien se poursuit et s’intensifie à la Basse Époque et à l’époque gréco-romaine.

Les chapelles osiriennes de Karnak

Le cœur du projet est constitué par l'étude des chapelles osiriennes de Karnak (chantiers IFAO - Centre Franco-Égyptien d'étude des temples de Karnak (CNRS - USR 3172), autant d'édifices qui, au sein d'un même site, révèlent la complexité et la variété de la religion osirienne thébaine, constituée par emprunts et strates historiques successives. Un projet de documentation systématique des chapelles osiriennes a été entrepris en 2006, en co-direction avec Fr. Leclère (Research curator, British Museum), qui a pris en charge la direction des fouilles archéologiques dans la zone osirienne du nord-est et a fouillé récemment la chapelle d'Osiris coptite. Le programme est mené à bien grâce à la collaboration du service photographique et du service dessin du CFEETK. Le but poursuivi est la publication monographique de chaque chapelle avec relevé complet photo et dessin, traduction, commentaire. Concernant les relevés épigraphiques, la collaboration de Laetitia Gallet (Osiris coptite), Anna Guillou (Osiris qui inaugure l'arbre-jshed, Osiris-au-cœur de l'arbre-jshed, Osiris coptite), a permis de mener à bien le travail préliminaire à l'édition des textes. Le programme de documentation photographique, sous la direction d'A. Chéné puis de J.-Fr. Gout (CFEETK), a été mené à bien selon le rythme prévu et est désormais très avancé. Seule la chapelle d'Osiris Ptah-maître de la vie, au sud de Karnak, doit être encore couverte en 2010.

Bibliographie

L. Coulon,  « Un dieu mort florissant : Osiris à Karnak », Religions et histoire 29, 2009, p. 44-49.
L. Coulon, « Une trinité d'Osiris thébains sur un relief découvert à Karnak », dans Chr. Thiers (éd.), Documents de théologies thébaines tardives 1, CENiM 2, Montpellier, 2009, p. 1-18.

Voir présentation et rapport d'activité sur le site du CFEETK

Vue générale du grand temple de Karnak avec indication des principaux édifices osiriens en périphérie (cliché © A. Chéné / CFEETK-CNRS)

Vue générale du grand temple
de Karnak avec indication des principaux
édifices osiriens en périphérie
(cliché © A. Chéné / CFEETK-CNRS)

1. Temple d'Opet.
2. Tombeau d'Osiris (XXVIe dyn.)
3. Catacombes osiriennes de Karnak.
4. Chapelle d'Osiris coptite.
5. Chapelle d'Osiris souverain de l'éternité-djet.
6. Chapelle d'Osiris qui inaugure l'arbre-jshed.
7. Chapelle d'Osiris qui réside dans l'arbre-jshed
8. Chapelle d'Osiris-Ptah maître de la vie.
9. Chapelle d'Osiris Maître de l'éternité-neheh.
10. Chapelle d'Osiris Ounnefer Maître des aliments. 
11. Chapelle d'Osiris Maître de la vie / celui qui secourt le malheureux. 
12.  Chapelles osiriennes de Karnak-nord.

Chapelles osiriennes nord de Karnak (chantier IFAO-CFEETK, dir. L. Coulon)

Débuté en 2000, le chantier archéologique et épigraphique concernant la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-djefaou à Karnak (VIe siècle av. J.-C) et les édifices attenants (chapelle d'Osiris Neb-neheh et d'Osiris Neb-ânkh) vise à étudier de manière approfondie certains des témoignages les plus marquants du développement du culte osirien à la Basse Époque. Ces chapelles, édifiées à la XXVe et XXVIe dynastie, sont en effet parmi les mieux conservées et les plus originales dans leur décoration parmi les multiples édifices dédiés au dieu Osiris en périphérie du grand temple d’Amon de Karnak. Elles font fait l'objet d'une campagne de fouilles annuelle de cinq semaines, la dernière en date ayant eu lieu en février-mars 2009
La conjonction de l'étude archéologique et de l'étude épigraphique a permis de mettre en lumière l'existence d'une réplique à Thèbes de la procession du reliquaire osirien bien connue par les témoignages des temples d'Abydos, existence démontrée à la fois par la teneur des inscriptions et reliefs de la chapelle et la mise au jour d'une voie de circulation contemporaine soigneusement aménagée.

Bibliographie

Rapports annuels dans le Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale

Osiris

Le pharaon Taharqa (XXVe dyn.- VIIe S. av. J.-C.)
offrant le vin à Osiris. Linteau de la chapelle d’Osiris maître de la vie / qui secourt le malheureux, dans le secteur nord de Karnak
(Cl. L. Coulon)

Osiris

Les chapelles osiriennes saïtes au nord de la Grande Salle hypostyle de Karnak
(Cl. L. Coulon)

Tombeau(x) d'Osiris

tombeau

Vestiges des catacombes osiriennes
de Karnak (cl. L. Coulon)

Un deuxième aspect du programme concerne l'étude des cimetières osiriens qui se développent à l'époque tardive comme des lieux centraux pour les rites dont le dieu fait l'objet.La réalité archéologique de l'abaton osirien, évoqué par les textes hiéroglyphiques comme par les sources classiques, est depuis récemment bien mieux cernée, à travers la découverte de « catacombes osiriennes », à Karnak (CFEETK) comme à Oxyrhynchos en Moyenne Égypte. (mission hispano-égyptienne, université de Barcelone).

Bibliographie

Fr. Leclère, « Fouilles du tombeau d’Osiris à Karnak. Présentation des travaux récents », BSFE 153, mars 2002, p. 24-44 (avec la bibliographie antérieure);
Fr. Leclère, « Le quartier de l’Osireion de Karnak. Analyse du contexte topographique », dans L. Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C. : découvertes et travaux récents, Bibliothèque d’étude, Le Caire, sous presse.
L. Coulon, « La nécropole osirienne de Karnak sous les Ptolémées », in A. Delattre & P. Heilporn (éds), « Et maintenant ce ne sont plus que des villages... » : Thèbes et sa région aux époques hellénistique, romaine et byzantine : actes du colloque tenu à Bruxelles les 2 et 3 décembre 2005, Papyrologica Bruxellensia 34, Bruxelles, p. 17-31, pl. iv-v. 
L. Coulon, « Les inscriptions des catacombes osiriennes d’Oxyrhynchos. Témoignages du culte osirien sour les règnes de Ptolémée VI et Ptolémée VIII », in A. Jördens & J. Quack (éds), Ägypten zwischen innerem Zwist und äußerem Druck : die Zeit Ptolemaios’ VI. bis VIII., Actes du colloque d’Heidelberg, 17-19 sept. 2007.

Sculpture prêtre

Statue de Irethorrou, prêtre d'Osiris « qui inaugure l'arbre-jshed ». (cliché © J.-Fr. Gout / IFAO ).

Enfin, c'est l'identité et l'activité même des prêtres qui sont actifs dans ces sanctuaires et nécropoles qui constituent le troisième axe de recherche, à travers la constitution d'une prosopographie du clergé osirien thébain, s'appuyant sur la constitution d'outils documentaires à vocation plus large. 
Ainsi, depuis 2006, un projet de base de données sur la « Cachette de Karnak » (trouvaille de près de 800 statues et de nombreux autres objets de tous types) a été lancée (sous l'égide de l'IFAO et du Conseil Suprême des Antiquités de l'Égypte) pour permettre une analyse d'ensemble d'un corpus de monuments (et d'inscriptions associées) fondamentaux pour la compréhension du développement des cultes durant le premier millénaire av. J.-C. à Karnak.

La première version a été mise en ligne en novembre 2009 http://www.ifao.egnet.net/bases/cachette/

Bibliographie :

L. Coulon, A. Masson, « Osiris Naref à Karnak », dans L. Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C. : découvertes et travaux récents, Bibliothèque d’étude, Le Caire, sous presse.

Approches comparatives avec d'autres sites « osiriens » d'Égypte

Le fait que Karnak emprunte largement sa théologie osirienne à d'autres localités aux traditions prestigieuses (Abydos, Coptos, Hérakléopolis) induit naturellement une comparaison avec ces localités et leur propre évolution dans le courant du premier millénaire. Par ailleurs, la configuration archéologique de ces lieux de culte peut être mis en regard de celle d'autres sanctuaires contemporains. L'étude du temple osirien d'Ayn Manâwir dans l'oasis de Kharga (Ve S. av. J.-C.) fouillé par l'IFAO sous la direction de Michel Wuttmann a permis de mieux comprendre dispositifs cultuels communs à Karnak et à ce site (dépôts d'Osiris en bronze, rituels apotropaïques, etc.).

Bibliographie :

L. Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C. : découvertes et travaux récents, Bibliothèque d’étude, Le Caire, sous presse.
L. Coulon, « Les uraei gardiens du fétiche abydénien. Un motif osirien et sa diffusion à l’époque saïte »,  dans D. Devauchelle (éd.), La XXVIe dynastie. Continuités et ruptures. Actes du colloque de l’Université de Lille-III. 26-27 novembre 2004, sous presse, 21 p.
M. Wuttmann, L. Coulon, Fl. Gombert, « An Assemblage of Bronze Statuettes in a Cult Context », in M. Hill (éd.), Gifts for the Gods : Images from Egyptian Temples : [Exhibition, Metropolitan Museum of Art, New York, Oct. 16, 2007-Feb. 18, 2008], New York, 2007, p. 167-173.

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