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KIT-2 Kition-Idalion-Tamassos

De trois à un : dynamiques spatiales et culturelles de la transformation politique à Chypre à l’âge du Fer (VIe-IVe s. av. n. è.)

Programme de recherche collaboratif financé par l’ANR-DFG n° ANR-25-FRAL-0012-01

Durée : septembre 2026-août 2029 (36 mois)

Responsables : Sabine Fourrier (CNRS/HiSoMA-MOM, porteur français), Stephan G. Schmid (Humboldt-Universität zu Berlin, porteur allemand), Anna Cannavò (CNRS/HiSoMA-MOM, co-porteur français), Matthias Recke (Goethe-Universität Frankfurt, co-porteur allemand).

Principaux partenaires institutionnels : CNRS/UMR5189 HiSoMA et MOM FR3747 ; Musée du Louvre ; Bibliothèque nationale de France ; Université de Paris-Sorbonne ; Winckelmann-Institut, Humboldt-Universität zu Berlin ; Institut für archäologische Wissenschaften, Goethe-Universität Frankfurt ; Department of Antiquities, Cyprus ; Archaeological Research Unit, University of Cyprus ; Institute of Historical Research, National Hellenic Research Foundation ; Cyprus Institute ; Université de Fribourg ; British Museum.

À la fin de l’époque archaïque et au cours de l’époque classique (période qu’on appelle couramment « période perse » au Levant), de grandes transformations affectent la région du sud et du centre de Chypre. Elles se manifestent notamment par la disparition de deux royaumes autrefois indépendants (Idalion et Tamassos) et par la constitution d’un royaume unifié, dominé par les rois chypro-phéniciens de Kition. D’autres reconfigurations politiques ont certes eu lieu dans d’autres régions de l’île au cours de l’âge du Fer, mais elles ne sont pas documentées par les sources. Le cas des trois royaumes de Kition, Idalion et Tamassos représente donc une occasion unique d’observer les effets concrets de la transformation politique et de poser la question de ses éventuels marqueurs territoriaux et culturels.

L’état de nos connaissances sur le mobilier archéologique de cette période représente un verrou. De fait, la fin de l’époque archaïque et la période classique (CAII-CC) sont relativement bien documentées par les sources écrites, qu’elles soient primaires (inscriptions, monnaies) ou secondaires (auteurs grecs). En revanche, les études consacrées à la culture matérielle de cette période sont pauvres : on s’est davantage intéressé à l’époque archaïque, que caractérisent des productions foisonnantes (en céramique, terre cuite et sculpture de pierre). C’est un paradoxe : alors que la période classique constitue l’acmé des royaumes de Chypre, alors acteurs engagés dans l’histoire politique de la Méditerranée orientale, elle reste difficile à saisir sur le plan archéologique. Les productions artisanales de la période sont mal connues et leur datation est imprécise. Quant aux contextes qui montrent une occupation diachronique, ils sont en général bien mieux étudiés pour leurs phases antérieures que pour leur phase classique : c’est notamment le cas des sanctuaires. 

En s’appuyant sur les résultats obtenus lors du programme précédent (KIT, ANR-21-FRAL-0004; DFG 469387432) et sur sa méthodologie innovante, on étudiera de façon croisée les données archéologiques, épigraphiques et spatiales selon une approche pluridisciplinaire. On exploitera la documentation inédite, issue de fouilles en cours menées par les équipes allemandes et française, mais aussi celle provenant de fouilles anciennes. Nos travaux permettront d’éclairer l’histoire complexe d’une région cruciale et disputée de Chypre à la fin de la période archaïque et à l’époque classique. De manière plus large, le programme s’intéresse à la question des éventuels marqueurs archéologiques (culturels et territoriaux) de la transformation politique : il met à l’épreuve les méthodes d’interprétation qui reposent sur l’exploitation des données culturelles.

Version anglaise

During the Late Archaic and Classical periods (6th-4th cent. BCE, traditionally labelled “Persian period” in the Levant), major transformations took place in the south-central region of Cyprus. They led to the disappearance of two independent polities (Idalion and Tamassos) and to the constitution of a unified kingdom, under the rulership of the Cypro-Phoenician kings of Kition. Admittedly, other political reconfigurations took place in other regions of the island in the course of the Iron Age, but they are not documented by historical sources. The KIT case therefore, relatively well-documented, represents a unique opportunity to observe the tangible effects of a political transformation and to address the question of its possible territorial and material markers.

The current state of the art concerning the archaeology of the period makes the project challenging. The Late Archaic and Classical periods in Cyprus, labelled as CA II and CC, are well documented by written sources, primary sources (inscriptions, coinage) as well as secondary sources (ancient Greek authors). However, this relative wealth of sources (in comparison to earlier periods) contrasts with a dearth of archaeological studies devoted to the material culture of this specific period. Most studies concentrate on the Archaic period, characterized by vivid artisanal productions (ceramics, terracottas and sculptures) considered as unique to Cyprus, and they tend to obliterate the Classical period. The latter, although it coincides with the climax of the Cypriot kingdoms (which played at that time a major role in the history of the Eastern Mediterranean), remains therefore archaeologically evasive. Artisanal productions of the Classical period are still poorly known, and their dating remains vague. Moreover, the Classical phase of many contexts, which were occupied diachronically (especially sanctuaries), remains under-studied and under-published. 

Building on the results of the KIT project (ANR-21-FRAL-0004; DFG 469387432) and on its innovative methodology, this project will study and cross archaeological, epigraphic and spatial data through a multidisciplinary approach. It will benefit from first-hand data coming from ongoing field programs led by the French and German teams and from material coming from legacy excavations. The results will shed light on the complex trajectories of a crucial and disputed Cypriot region in the Late Archaic and Classical periods. More broadly, because it addresses the possible identification of archaeological (cultural and territorial) markers of political transformations, this project will also serve as a proof of concept to question and improve culture-based methods in archaeology.

Comme pour le programme précédent (KIT), le travail sera organisé en trois groupes de travail (GT), auquel s’ajoute un axe de pilotage et de suivi du projet (GT4). Les trois axes de recherche mobilisent des méthodes et des sources différentes, dont les résultats seront croisés : études spatiales (SIG, GT1) ; étude de la culture matérielle et des pratiques cultuelles (GT2) ; diffusion de la langue et de l’écriture phéniciennes (GT3). Les travaux conduits dans le cadre du programme KIT ont permis de dresser des cartes de répartition des sites par période, à partir du dépouillement de la bibliographie et des archives inédites du Cyprus Survey. Il s’agit désormais de cibler plus précisément les sites datant de la fin de la période archaïque et de la période classique et d’examiner le mobilier associé (GT1), afin d’en déterminer la datation et les caractéristiques de production. Dans le GT2, on s’intéressera notamment aux sanctuaires et à l’évolution des pratiques votives, en étudiant le mobilier issu de fouilles récentes et anciennes. Il s’agira également de réfléchir à l’« hellénisation » du répertoire. Une attention particulière sera portée aux bases d’offrandes, ainsi qu’aux figurines de terre cuite. Enfin, l’étude et la publication des inscriptions phéniciennes, en particulier du corpus d’ostraca mis récemment au jour à Kition-Bamboula, constitueront le cœur du GT3. Le réexamen par E. Markou des deux trésors monétaires, découverts en 1871 par Lang dans le sanctuaire d’Apollon-Reshef à Idalion et aujourd’hui au British Museum, complètera l’analyse d’un lieu de culte important, investi par les rois d’Idalion puis leurs successeurs phéniciens, rois de Kition et d’Idalion, et il enrichira la synthèse qu’elle a récemment publiée à l’issue du programme KIT : https://history-bookstore.eie.gr/section-greek-roman-antiquity/meletemata/a010890/

Carte de répartition des sites (périodes géométrique à hellénistique). R. Eser (programme KIT)

Statuette en calcaire, du type dit « Héraklès-Milqart ». À g., provenant du sanctuaire d’Apollon-Reshef à Idalion (British Museum) ; à dr. provenant du sanctuaire de Kition-Bamboula (Medelhavsmuseet), CC BY-BC-SA 4.0.

Ostracon phénicien de Kition-Bamboula, à g. en lumière naturelle ; à dr. en lumière infra-rouge (A. Rabot, univ. Lyon2-HiSoMA/MOM, Mission de Kition).

Période du projet
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