UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

Projet Hairesis

Les écoles philosophiques antiques et leurs représentants dans les inscriptions grecques et latines (VIe s. av. J.-C. - IVe s. ap. J.-C.)

Projet de recherche financé par le programme « IMPULSION 2020 » de l’IDEXLYON
Responsable : Madalina Dana, professeur, Université Lyon 3 Jean Moulin - HiSoMA

Le projet, qui bénéficiera de la collaboration de nombreux spécialistes français et étrangers, se propose d’étudier l’implantation des écoles philosophiques dans le monde antique à travers les témoignages épigraphiques, dans le but de combler un manque bibliographique et de compléter l’entreprise monumentale dirigée par R. Goulet, Dictionnaire des philosophes antiques, I-VIII, Paris, 1989- 2018.
Les recherches sur les écoles philosophiques se fondent généralement sur les biographies et les doxographies antiques. Des philosophes célèbres peuvent être mentionnés dans des inscriptions qui leurs sont contemporaines, sans toujours préciser leur appartenance. En revanche, les sources épigraphiques mentionnant l’appartenance philosophique datent dans leur grande majorité de la basse époque hellénistique (IIe-Ier s. av. J.-C.) et de l’époque impériale. Cette recherche s’appuiera sur des inscriptions grecques et latines du monde méditerranéen : la Grèce continentale, les îles de l’Égée et de la Méditerranée, l’Asie Mineure, l’Égypte, la Grande Grèce et Rome. Nos sources seront les décrets et les inscriptions honorifiques émanant de la communauté civique (notamment des bases de statues), épitaphes et épigrammes funéraires, documents des écoles concernant leurs membres, divers catalogues, dédicaces, graffites. Ce sont les termes utilisés dans l’Antiquité qui vont nous guider dans cette entreprise et c’est en fonction de ce premier critère que sera organisé le corpus des sources : Pythagorikos, Akadèmikos/Platônikos, Stôïkos, Péripatètikos, Kynikos, Epikoureios. Une historiographie du sujet est indispensable, notamment autour des enjeux théoriques de la notion de philosophe dans l’Antiquité et du champ sémantique de cette appellation. Dans un deuxième temps, on prendra en compte toute inscription ayant trait au terme philosophos, pour voir si l’épithète mentionne une appartenance à une école philosophique précise ou si ce terme doit être mis en relation avec la qualité de personne éduquée. Par ailleurs, un document épigraphique peut donner de manière indirecte des informations sur l’orientation du philosophe : termes spécifiques d’une doctrine ou bien la mention d’œuvres philosophiques reflétant cette doctrine, références à un mode de vie en accord avec certains dogmes, les allusions aux fondateurs (Pythagore, Platon), sans oublier l’onomastique l’iconographie des monuments. Une attention toute particulière sera accordée aux recoupements prosopographiques, dont l’importance n’est plus à démontrer.

Il convient de préciser que dans le champ des études anciennes on ne dispose pas encore d’un corpus semblable à ceux réalisés pour les historiens (A. Chaniotis, 1988), pour les médecins (É. Samama, 2003) ou pour les sophistes (B. Puech, 2002). Plusieurs savants ont appelé de leurs vœux la réalisation d’un tel corpus (P. Hadot, L. Robert), néanmoins, en dépit de nombreuses contributions à l’histoire des écoles et des centres philosophiques, un corpus épigraphique proprement dit n’a jamais vu le jour. L’accumulation de la documentation, en raison des nouvelles découvertes, ainsi que l’abondance bibliographique, rendent nécessaire la constitution d’une équipe qui sera chargée de rédiger le commentaire des inscriptions préalablement inventoriées et classées dans une base de données par un chercheur post-doctorant. Une fois la base de données constituée, comportant l’édition critique et les principales références bibliographiques, l’équipe se réunira à Lyon pour un workshop lors duquel des lots d’inscriptions seront attribués pour commentaire et mise à jour bibliographique. Les contributions non francophones seront par la suite traduites en français et le volume sera remis aux éditions de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, alors que la base de données, les tableaux et les cartes seront publiés sur le site du centre HiSoMA. Le projet aboutira ainsi à un recueil d’inscriptions, accompagnées de commentaires et d’une bibliographie actualisée, ainsi que d’une synthèse historique, qui représente ma propre contribution au projet, en tant que spécialiste de la vie et de la mobilité culturelle dans le monde grec. Cette synthèse touchera à l’histoire sociale, politique et intellectuelle du monde antique. Une pareille entreprise demande conjointement des compétences philologiques, historiques, philosophiques et bien entendu épigraphiques.
Un tel projet, ambitieux sans doute, nécessite l’exploitation critique et historique d’un très vaste corpus de sources anciennes. Il implique aussi la généalogie d’un type d’activité intellectuelle et d’un statut socio-professionnel qui ont joué un rôle central dans l’histoire de la culture européenne et dans l’avènement de sa modernité : les fondations de la pensée politique, éthique, métaphysique de l’Europe moderne s’enracinent en effet dans le passé gréco-romain.

(illustrations : Platon et Chrysippe de Soles)

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