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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

"C'est pour mieux t'entendre mon enfant"
Vendredi, 5. Mars 2021 - Samedi, 6. Mars 2021

Les oreilles des dieux : Chypre, le Proche-Orient, l’Égypte et la Grèce (Ier millénaire av. J.-C.)
Journées d'étude organisées par Anna Cannavo, Sabine Fourrier, du laboratoire, Antoine Hermary, du Centre Camille Jullian (Aix-Marseille), le Centre d’Études Chypriotes, l'ERC MAP (Toulouse) et avec le soutien de l’AAMO.
- les 5 et 6 mars 2021
- lien zoom pour l'après-midi du 5 mars
- lien zoom par la matinée du 6 mars
- contact : Anna Cannavo
- affiche (.pdf)
- programme (.pdf)

Textes et images antiques montrent des divinités à l'écoute de leurs fidèles, quels que soient les moyens de communication entre dieux et mortels. Les journées d'étude feront dialoguer des spécialistes de différentes aires culturelles de la Méditerranée orientale, de la Mésopotamie à l'Égypte, avec un focus sur les mondes phéniciens et grecs. Elles inviteront également une ethnologue des mondes contemporains à porter son regard sur ces pratiques anciennes qui trouvent un écho à la période moderne.

Programme
 
● Vendredi 5 mars

14h30 - Accueil et introduction
Bérangère Redon, directrice adjointe du laboratoire HiSoMA
Sabine Fourrier, présidente du Centre d’Études Chypriotes

15h - « Ô mon dieu, entends ma prière ! »… mais comment les divinités du Proche-Orient ancien recevaient-elles et répondaient-elles aux sollicitations humaines ?               
Virginie Muller, Archéorient

De nombreux textes rédigés en sumérien ou en akkadien, notamment aux IIe et Ier millénaires av. J.-C., attestent de l’existence de moyens de communication entre les dieux et les hommes, tels que différentes formes de prières et des pratiques divinatoires variées, qui constituent des phénomènes majeurs de la religiosité du Proche-Orient ancien. La communication allant des hommes vers les divinités est donc relativement bien connue, mais qu’en est-il dans le sens inverse ?

À travers quelques exemples essentiellement textuels, il s’agira de voir, non seulement, si les dieux étaient réceptifs à ces différents appels et de quelles manières ils les entendaient ou les voyaient, mais aussi s’ils y répondaient et par quels biais.

15h30 - L’oreille qui écoute et l’accessibilité des dieux en Égypte pharaonique
Sylvain Dhennin, HiSoMA

La religion pharaonique a longtemps été considérée comme peu marquée par la piété personnelle, qui a laissé des traces moins évidentes que les rites et la théologie des temples et des grandes fêtes. Ce sont principalement les fouilles à Deir el-Médina (Louqsor) qui ont permis de mettre pour la première fois en lumière une série de pratiques liées à une conception d’un lien direct entre les individus et les divinités, à l’exclusion de l’intervention d’un clergé. Parmi les documents révélant ces pratiques, le thème de l’écoute par le dieu est très présent, à partir du Nouvel Empire (~1500-1000 av. J.-C.). Cette communication a pour objectif de présenter la documentation et l’état de la recherche sur ce sujet qui a vu d’importantes publications ces dernières années. On s’intéressera aux témoignages laissés par les particuliers pour mettre en évidence les lieux et les occasions dans lesquels le dieu était considéré comme accessible.

16h - Les divinités du lac salé de Kition
Pauline Maillard, FNS / HiSoMA

Au cours des périodes chypro-archaïque et chypro-classique, l’espace périurbain autour du lac salé de Kition voit fleurir plusieurs lieux de cultes. Les recherches archéologiques menées sur place ont permis depuis plus d’un siècle de confirmer l’existence d’au moins deux espaces à vocation religieuse – auxquels s’ajoute peut-être un troisième, révélé par des fouilles récentes sur le site d’Hala Sultan Tekke. La reprise de l’étude de ces lieux périurbains et de leur intégration dans le panorama des cultes kitiens permet d’entrevoir les différentes prérogatives associées aux figures divines installées auprès du lac salé. Cette communication s’intéressera en particulier à l’espace religieux des Salines, dont le mobilier est le plus abondant et permet de caractériser la nature d’un culte honorant des divinités principalement féminines. L’étude du mobilier coroplathique des Salines documente l’apparition à Kition de la figure dite « dea gravida ». Issue du répertoire levantin, elle jouit localement d’une grande popularité dès l’époque chypro-archaïque, attestée par la réappropriation du motif par les ateliers locaux. Le type iconographique de la déesse gravide s’y maintient et perdure jusqu’au Chypro-Classique, moment où la figure se pare notamment « de grandes oreilles ». Nous observerons ici cette évolution, en regard des productions levantines contemporaines, mais aussi des attestations épigraphiques et du reste des terres cuites provenant des Salines.

Cette communication est construite en dialogue avec l’intervention du Prof. Antoine Hermary « Les grandes oreilles de la déesse de Kition : deux figurines du Louvre ».

16h30 - Les grandes oreilles de la déesse de Kition : deux figurines du Louvre
Antoine Hermary, Centre Camille Jullian

Parmi les centaines de figurines étudiées par Pauline Maillard dans sa thèse sur les terres cuites des Salines de Kition deux têtes féminines conservées au Louvre, que l’on peut dater dans la première partie de l’époque classique, présentent une caractéristique singulière : leurs oreilles n’ont en effet ni la même taille, ni la même forme que celles des autres personnages. P. Maillard y voit des oreilles bovines, tandis que, précédemment, Sabine Fourrier les avait décrites comme « de larges oreilles en éventail ». Il ne s’agit certainement pas d’une maladresse du modeleur, mais d’un choix appliqué à cette version hellénisée du type iconographique phénicien de la « dea gravida », ici représentée en « kourotrophe », avec un enfant dans ses bras. Cette curieuse déformation des oreilles, quel que soit son modèle, cherche très probablement à faire comprendre que la déesse « écoute la voix » des fidèles, selon une formule bien connue au Proche-Orient et à Chypre, y compris dans une inscription phénicienne trouvée aux Salines. Cette curieuse innovation iconographique, restée tout à fait isolée, sera remplacée dans la région de Golgoi, probablement à partir de la deuxième partie de l’époque classique, par des oreilles en relief qui expriment de façon plus significative que la divinité écoute avec bienveillance ceux qui lui adressent leurs prières.

17h - Discussion

● Samedi 6 mars

9h30 - Inscriptions, oreilles et yeux votifs : les dieux de Chypre écoutent et regardent-ils ?
Anna Cannavò, HiSoMA et Hélène Le Meaux, musée du Louvre

À travers cette communication nous nous interrogerons sur les liens entre les fidèles et les dieux à Chypre dans l’Antiquité en croisant les données épigraphiques et iconographiques. Parmi les ex-voto anatomiques découverts dans l’île, principalement dans la région de Golgoi et datant des époques hellénistique et romaine, sont attestés un certain nombre d’éléments du visage humain dont des yeux et des oreilles, auxquels on peut ajouter de manière exceptionnelle quelques bouches. Certains de ces ex-voto sont inscrits, et nous renseignent sur l’identité des fidèles et des divinités invoquées. D’autres éléments (l’usage de l’épithète epêkoos, certaines formules de prière) apportent des indices supplémentaires qu’il faut prendre en compte. 

Chacune dans notre domaine, nous proposerons un certain nombre de pistes de recherche quant au sens à donner à ces témoignages.

10h - « Parce qu’il a entendu ma voix. Puisse-t-il me bénir ! ». Usages et portée d’une formule phénicienne et punique
Fabio Porzia, Giuseppe Minnuno et Corinne Bonnet, ERC MAP, PLH, Université Toulouse Jean-Jaurès

La formule dont il sera question est extrêmement répandue dans le monde phénicien et punique au point qu’on pourrait se demander si elle ne vient pas sceller, de manière quasiment mécanique, l’interaction entre les hommes et les dieux. Par-delà la formule « rituelle » précisément, quelle était la portée effective de ces deux sentences ? Pour répondre à cette question, il faut en explorer les usages dans le temps et dans l’espace. Nous nous proposons donc d’examiner d’une part l’amplitude du recours à cette ou ces formules ; l’effet de répétition peut en effet cacher de micro-variations instructives. Ainsi que l’on s’adresse à une ou plusieurs divinités, masculines ou féminines, ou que l’interlocuteur humain soit un ou multiple, masculin ou féminin, la formule est susceptible de changer. Est-ce vraiment le cas ou est-elle pour ainsi dire figée ? Nous analyserons, d’autre part, quelques inscriptions bi- ou trilingues pour voir comment, en grec ou en latin, la formule a été transposée… ou ignorée. Nous prêterons encore attention aux images figurant sur les stèles affichant notre formule. La présence rare d’oreilles peut y faire écho de manière quelque peu redondante ou complémentaire, mais un tel choix ne semble s’être imposé que dans quelques cas. Enfin, nous examinerons les anthroponymes qui font appel au verbe « écouter » afin de recueillir d’autres échos aux représentations divines relevant de ce champ sémantique. En définitive, ce dossier engage la question de l’anthropomorphisme des dieux phéniciens et puniques, qu’il convient d’aborder dans une dimension comparative.

10h30 - Qui et où les dieux epêkooi écoutent-ils ? L’épithète en contextes en Méditerranée orientale à partir de l’époque hellénistique
Thomas Galoppin et Sylvain Lebreton, ERC MAP, Université Toulouse Jean-Jaurès

L’adresse à des divinités epêkooi, « qui écoutent » et sont à la fois attentives et réactives, se répand à partir de l’époque hellénistique dans les dédicaces épigraphiques. Dans un article de 2016, E. Stavrianopoulou a suggéré que cette diffusion reposait sur la convergence de comportements religieux similaires dans les différentes sociétés du bassin méditerranéen, en commençant par l’application à la sphère religieuse des modalités de la communication entre les sujets et le pouvoir royal : les souverains hellénistiques doivent être attentifs aux requêtes de leurs sujets. Cela supposerait de lire l’épithète epêkoos comme l’expression d’une démarche rituelle qui met les agents humains, essentiellement des particuliers, en présence de la divinité, à portée d’oreilles. Qui sont ces agents et où s’adressent-ils à ces divinités censées prêter l’oreille à leurs requêtes ? À quelles divinités demandent-ils une attention particulière ? Quels attributs onomastiques sont combinés avec celui d’epêkoos ? Nous tenterons de répondre à ces questions en examinant les contextes d’application de l’épithète et le(s) réseau(x) qu’ils dessinent, essentiellement dans le royaume lagide et son aire d’influence (Égypte, Chypre, Égée), sans nous interdire des prolongements vers le reste du bassin oriental de la Méditerranée et la période romaine.

11h - Discussion

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