La cinquième séance du séminaire de philosophie antique Problèma aura lieu ce mercredi 27 mai 2026 à 17h, en distanciel.
Nous aurons le plaisir d'accueillir Camille Marrou (Rome et ses renaissances–Sorbonne Université), qui présentera une communication intitulée :
« LA LETTRE 120 DE SÉNÈQUE, UNE TENTATIVE DE ROMANISATION DE LA VERTU STOÏCIENNE
Répondante : Christelle Veillard (Maîtresse de Conférences HDR, Université Paris Nanterre )
Résumé : La 120ème Lettre à Lucilius traite, fait exceptionnel chez Sénèque, d’une question épistémologique : l’émergence de la notion commune de Bien. L’explication de Sénèque est une des plus détaillées qui nous aient été conservées; pour autant, la lettre reste difficile à interpréter. Inwood, par exemple, termine son commentaire en suggérant que l’argumentation sénéquienne reste insuffisante.Je souhaiterais soumettre la complexité de cette lettre à discussion dans le cadre du séminaire Problèma. Pour ce faire, je voudrais (1) résumer les principaux problèmes soulevés par Ep. 120, puis (2) développer une perspective consistant à l’appréhender comme une tentative de romanisation des débats hellénistiques autour de l’émergence de la vertu.(1) Sénèque soutient que la vertu est perçue par analogie (principalement, analogie du corps à l’âme). L’analogie était effectivement un des processus mentaux retenus par les Stoïciens pour la formation des concepts (Sextus Empiricus AM 3, 40-2 ; 8, 56-60 ; 9, 363-6 ; 11, 250-2, Diogène Laërce 7, 52-53), plusieurs types d’analogies étaient même décrits. Les parallèles ne livrent pourtant pas une vision claire de la manière dont l’analogie peut mener à la formation du concept de bien, pour deux raisons : (a) il existe des divergences entre les textes sur le type d’analogie en question, comme le montre la comparaison avec Cicéron, Fin. 3, 33-34 ; (b) il est difficile de saisir comment l’analogie peut mener à la conception d’une perfection morale, puisqu’il n’existe pas de perfection physique. Sénèque semble, toutefois, soutenir que l’esprit humain est conformé de manière à exagérer les bonnes actions de sorte à en tirer l’idée d’un caractère parfait ; une position compatible avec ce que Scott appelle «l’innéisme dispositionnel» du Portique. Une telle interprétation est cependant paradoxale, car elle suggère que les représentations à partir desquelles on arrive à la conception de la vertu sont fausses (exagérées) mais convaincantes (font écho à des prédispositions mentales). (2) Ces représentations sont, pour Sénèque, clairement situées dans une tradition d’exempla romains, tels Horatius Cocles et Fabricius, mentionnés dans la lettre. En un sens, la mention de ces figures est nocive à l’argumentation, car elle signifie que le concept de Bien doit être appréhendé à partir d’actions imparfaites et transmises par l’intermédiaire d’une tradition elle-même façonnée par des humains imparfaits. Pour autant, j’estime que la mention de tels héros nationaux révèle une dimension centrale de la lettre, à savoir le désir de répondre à la question de l’émergence mentale de la vertu en termes strictement romains. Symboliquement, le fait que le concept principal de la lettre soit un mot grec (analogia) dont Sénèque défend l’usage au nom du fait qu’il a reçu « le droit de citoyenneté » (ciuitate donauerint, Ep. 120, 4) est révélateur de ce projet. Je suggérerai que les termes employés par Sénèque pour désigner le concept de bien (species, notitia et surtout imago, qui désigne l’image, l’écho, la reproduction et le masque funéraire) sont eux aussi cohérents avec cette entreprise de romanisation.
Pour suivre la séance sur Zoom :
Lien : https://us06web.zoom.us/j/81251282035?pwd=e3RmuwJejkqKUHnPB9VFYbZr9Z5vLY.1
ID de réunion: 812 5128 2035
Code secret: 362176