Le portrait du sage : formes d'un exercice dialectique
La quatrième séance du séminaire de philosophie antique Problèma aura lieu le mercredi 29 avril 2026 à 17h, en distanciel.
Enzo Godinot (Université Bordeaux Montaigne) présentera une communication intitulée :
« Le portrait du sage : formes d'un exercice dialectique »
Thomas Bénatouïl (Université de Lille), répondant.
Résumé :
On considère le personnage du « sage » comme une incarnation de la disposition excellente que la philosophie se propose d’atteindre. Certains individus, en raison de leurs qualités éminentes, sont dits « sages » dans la mesure où ils manifesteraient cette perfection à laquelle les philosophes aspirent. Lorsqu’il évoque l’origine du terme de philosophie, Diogène Laërce mentionne d’ailleurs un désir de modérer l’emploi du terme « sage » afin que tout penseur ne se croit pas arrivé au terme de la sagesse et de la connaissance, mais sache désigner cependant la fin qu’il se propose. Le terme « philosophos » peut, en outre, désigner indifféremment celui qui aime la sagesse (sophia) et celui qui aime le sage (sophos) – amour dont on retire un grand bien, d’après Epicure. Malgré cette fascination pour la sagesse placée à l’origine même de la philosophie et familière à tous les antiquisants, la prééminence de la figure du « sage » n’apparaît que fort tardivement dans l’histoire de la philosophie ancienne qui mettait également en exergue d’autre modèles, comme l’homme prudent (phronimos) ou l’homme tempérant. La focalisation sur la seule figure du sage comme incarnation de la fin de la philosophie constitue donc un mouvement capital dans l’évolution des tâches que la philosophie se propose à travers ses différentes traditions, et dans les rapports qu’elles entretiennent. En structurant les controverses autour de questions qui convoquent le sage comme sujet ou agent, chaque tradition inaugura une nouvelle forme de réflexion consistant à mettre en opposition leurs thèses propres en prenant comme pierre de touche une représentation de l’idéal philosophique personnifié, supposée commune et capable de mettre à mal toute proposition philosophique qui serait incompatible avec la perfection à laquelle la philosophie doit nous conduire. C’est ainsi que l’on voit apparaître dans les textes et dans la doxographie des propositions telles que « le sage n’aura pas d’opinions », « le sage fera de la politique » etc.
Cette intervention se propose de présenter quelques éléments d’une recherche d’une plus vaste ampleur consacrée à l’origine et l’évolution des portraits philosophiques du sage, en essayant de relever quelques traits communs et divergences entre les différentes descriptions du sage systématiquement proposées par les grandes traditions philosophiques de l’époque hellénistique et par les doxographies qui leur sont consacrées. Ce questionnement portera cependant essentiellement sur la formalisation de l’exercice du portrait du sage et sur les axes dialectiques qu’il permet d’identifier : il ne s’agira pas de reprendre l’exercice bien connu consistant à se demander quelles sont les airs de famille entre le sage « stoïcien », le sage « épicurien » ou encore le sage « académicien », mais bien plutôt d’évaluer dans quelle mesure l’accord sur certaines prémisses concernant le caractère parfait (et peut-être idéal) des dispositions ou des actes du sage permet de déduire ce qui lui est permis ou non, ce qu’il doit nécessairement être et ce qu’il ne peut envisager, ou encore ce qui lui devient indifférent. Nous voudrions donc essayer de comprendre quelle était la teneur formelle de cet exercice dialectique (et parfois polémique) dans lequel les courants philosophiques éclos à l’époque hellénistique choisirent d’opposer leurs vues en discutant les traits caractéristiques de la figure personnifiant leur ambition commune.
Pour suivre la séance sur Zoom :
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Code secret: 362176