Si l’on considère que la catégorisation du « philosophe » par les sources littéraires s’appuie avant tout sur une pratique quotidienne, celles des institutions civiques et des acteurs privés définissent le philosophe par sa visibilité extérieure, c’est-à-dire son discours. Les problèmes de définition apparaissent sur plusieurs cas, pourtant connus que par les sources littéraires. L’un des cas les plus emblématiques est celui de César. Contrairement à Cicéron ou Caton, aucune source contemporaine ne le désigne explicitement comme « philosophe » ou appartenant à une école particulière. Pourtant, des motifs et concepts proches de l’éthique épicurienne traversent l’œuvre de César, tout comme dans les discours qui lui sont attribués par Salluste. L’entourage du dictateur fourmille de plusieurs personnages qui touchent plus ou moins à l’épicurisme. Comment définir alors cette influence épicurienne sur César ? Ne s’agit-il réellement que de logoi philosophoi sans la moindre importance alors que Balbus justifie la clementia de César par l’éthique du Jardin ? Peut-on affirmer que César était « épicurien » alors qu’aucune source ne l’atteste directement ?
Le cas de César n’est pas isolé : saisir la philosophie comme objet historique, entre discours, influence et appartenance est un problème bien plus large. L’objectif de la présentation n’est pas nécessairement d’affirmer une solution, mais de proposer un cadre d’enquête pour penser la philosophie antique non pas comme un objet soigneusement défini, mais plutôt d’affirmer toute sa diversité et sa souplesse.