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La chaleur dans les cosmogonies de Diogène d’Apollonie et d’Archélaos
La deuxième séance du séminaire de philosophie antique Problèma aura lieu le mercredi 25 février 2026 à 17h, en distanciel.
 
Étienne Ménard (Université Marie et Louis Pasteur/Université de Strasbourg), qui présentera une communication intitulée :
 
« La chaleur dans les cosmogonies de Diogène d'Apollonie et d'Archélaos »
 
Mathilde Brémond (Université Clermont Auvergne), répondante.
 
Au cours du Ve siècle se développe, chez plusieurs philosophes présocratiques, la théorie cosmogonique selon laquelle la mise en ordre du cosmos serait le produit d'un tourbillon amenant les matières les plus subtiles ou les plus chaudes en périphérie, tandis que les plus denses ou les plus froides se rassembleraient au centre. Cette théorie est en particulier développée par Anaxagore, Empédocle, Leucippe et Démocrite, qui lui ont chacun donné une formulation particulière hautement dépendante de leur conception respective de la matière et du mouvement. Diogène d'Apollonie et Archélaos de Milet (ou d'Athènes) ont à cet égard un statut problématique. Nos témoignages rattachent en effet tout particulièrement leurs doctrines à celles d'Anaxagore, dont Archélaos aurait d'ailleurs été l'élève et à qui il aurait repris la doctrine des "homéomères" (Simplicius, 60 DK A5). Nos sources évoquent bien la présence chez ces deux auteurs d'un mouvement cosmique circulaire, lié à une répartition du chaud et du froid respectivement en périphérie et au centre du monde (Pseudo-Plutarque, 64 DK A6 ; Hippolyte, 60 DK A4). Plusieurs interprètes ont ainsi considéré qu'il s'agissait d'un tourbillon.
L'examen attentif de ces textes en laisse pourtant apparaître la singularité. Alors que, chez Anaxagore par exemple (fr. 15), la séparation du chaud et du froid est présentée comme un effet de la περιχώρησις initiée par l'intellect, la rotation céleste serait selon Diogène produite « par le chaud » (ἐκ τοῦ θερμοῦ, Diogène Laërce, 64 DK A1). Archélaos, pour sa part, aurait affirmé l'existence d'une mobilité inhérente à la chaleur, à l'origine du mouvement circulaire du feu, ce qui suppose déjà réalisée la séparation du chaud et du froid évoquée par les témoignages. Dans les deux cas, la répartition de la matière apparaît ainsi comme la cause et non la conséquence du tourbillon, ce qui reviendrait à retirer à ce dernier la fonction cosmogonique primordiale qu'Anaxagore lui avait attribuée. Qui plus est, le monisme matériel de Diogène (qui aurait fait de toutes choses les manifestations d'une seule substance, l'air), en l'opposant clairement aux ontologies pluralistes d'Anaxagore et Archélaos, peut apparaître incompatible avec la théorie cosmogonique du tourbillon car ce dernier agit en répartissant les particules de matière conformément à des propriétés préexistantes les distinguant.
Autant que le caractère indirect de nos sources et les lacunes présentées par les témoignages le permettent, nous proposons d'examiner le rôle joué par la chaleur dans les physiques de ces deux auteurs. Nous espérons pouvoir ainsi montrer que les cosmogonies de Diogène et Archélaos reposent bien sur une théorie du tourbillon, qui diffère pourtant fondamentalement de celle d'Anaxagore. Cette analyse du lien entre mobilité du chaud et répartition de la matière nous amènera à nous questionner sur le rôle joué par ces philosophes dans le développement d'une conception centrale de la pensée antique, qui trouvera un écho jusque dans la poésie de Lucrèce et la physique de Descartes.
 
Pour suivre la séance sur Zoom :
ID de réunion: 812 5128 2035
Code secret: 362176