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La femelle dans la République et les Lois de Platon
La première séance du séminaire de philosophie antique Problèma 2026 aura lieu le mercredi 28 janvier 2026, en distanciel.
 
Julie Mestery (Université Paris Nanterre), qui présentera une communication intitulée :
 
« La femelle dans la République et les Lois de Platon »
 
Anthony Bonnemaison (Université Grenoble Alpes), répondant.
 

Deux problèmes émergent quand on s’intéresse à la question de la femelle chez Platon. D’une part, il y a un problème de traduction. « θῆλυς » et « γυνή » sont généralement peu différenciés et tendent tous les deux à être traduits par « femme ». D’autre part, il faut comprendre pourquoi Platon propose cette distinction, si elle porte un sens philosophique et si la République et les Lois en font ou non un même usage. Au travers de l’étude de passages choisis du livre V de la République et d’extraits des Lois, j’aimerais discuter l’hypothèse suivante : Platon fait une différence entre ce que nous appelons aujourd’hui sexe et genre. Quand il évoque les femelles humaines, il met l’accent sur l’aspect biologique, sensible et corporel de la personne, tandis que l’usage de « γυνή » renvoie à la femme comme être socialement construit dans la cité. Evoquer les femmes renverrait systématiquement à une réalité politique : la γυνή représente la place que la société lui laisse.

Au livre V de la République, Platon prend pour modèles les femelles des chiens de garde afin d’expliciter la différence entre gardien mâle et gardien femelle. Les gardiens femelles ne sont donc pas des gardiennes, au sens où elles auraient une construction sociale genrée différente de celles des gardiens mâles. Il n’y a pas de différence entre eux, excepté dans la reproduction où les femelles enfantent et les mâles engendrent (454e). Se détacher des rôles genrés est aussi une démarche polémique et critique de l’organisation des cités grecques, notamment d’Athènes.

De la même manière, l’Etranger d’Athènes qualifie majoritairement les enfants de mâles et de femelles. Ces enfants sont des êtres en construction et n’ont pas encore acquis les caractéristiques genrées des adultes. Ainsi, le livre VII des Loispropose une éducation commune, bien que non mixte. Il semble que la différence genrée ne s’acquiert qu’à partir du moment où l’on occupe une place dans la cité, c’est-à-dire généralement au moment du mariage. Il faudra donc se demander si être femelle ou mâle produit des attentes genrées ou bien si l’individu peut oublier son corps sexué dans les activités de la cité. La question de la femelle chez Platon est donc éminemment politique, contrairement aux usages biologiques, zoologiques ou médicaux que l’on peut trouver chez Aristote et dans le corpus hippocratique. Il y a alors une véritable originalité dans la démarche platonicienne de différenciation entre « θῆλυς » et « γυνή » , qui mérite d’être traduite, étudiée et discutée.

 

Pour suivre la séance sur Zoom :