UMR 5189

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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

ERC 2018-2022 Desert Networks
Mercredi, 13. Septembre 2017

Into the Eastern Desert of Egypt from the New Kingdom to the Roman period

Vue générale du cœur du désert Oriental, région de Samut (© MAFDO)

Le désert est un paradoxe : qu’on souligne son aridité ou ses richesses, son attractivité ou son caractère effrayant (y vivre consiste à expérimenter « une mort vivante » selon Lawrence d’Arabie, ce qui n’empêche pas certains d’avoir « la vocation du désert » tel W. Thesiger), on ne peut y faire face seul. En ce sens, le désert est un espace social de solidarités imbriquées. Le désert oriental égyptien, situé entre le Nil et la mer Rouge, est l’un de ces déserts ambivalents : difficile à traverser et avare en eau, c’est aussi un espace recherché, riche en ressources naturelles, porte vers la mer Rouge et partant, vers l’Arabie du sud, la Corne de l’Afrique et l’Inde.

carte des sites fouillés dans le désert Oriental (© B. Redon)

La région est explorée par les aventuriers, les savants, auxquels ont succédé les archéologues, depuis près de 300 ans. Ses vestiges antiques sont admirablement bien préservés : stations/caravansérails, villages de mineurs, grandes carrières impériales, temples, abris sous roche, etc. Ses caractéristiques sont évoquées par de nombreuses sources écrites (traités géographiques, historiques, itinéraires antiques) et elle a elle-même la particularité d’avoir a livré des textes en grand nombre, sous la forme de tessons de poterie inscrits, les ostraca, dont la conservation est favorisée par les conditions géographiques et climatiques de la région. Contrairement aux papyrus, support plus coûteux et sans doute réservé à une partie des documents officiels qui circulaient dans la région, les ostraca gardent la trace de la correspondance des habitants du désert Oriental, qui transcrit avec une grande vitalité leur vie et intérêts quotidiens.

Pourtant, malgré de très grandes avancées dues à la publication des vestiges et des textes extraits des sables du désert Oriental, l’histoire de son occupation, de son appropriation par les différents pouvoirs qui se sont succédé sur le trône d’Égypte, reste une histoire compartimentée et statique (par période, site, discipline, type de sources envisagées).

L’ambition du projet « Desert Networks » est de travailler, pour la première fois, sur le désert comme objet dynamique, sur les réseaux qui l’ont parcouru, aussi bien physiques, matériels, qu’immatériels et humains, au travers des siècles. L’hypothèse que nous souhaiterions tester est la suivante : pour traverser, vivre, exploiter, commercer dans le désert Oriental, il a fallu, aux anciens, être connectés. Comment dès lors les bédouins du désert, les sociétés anciennes de la vallée et les pouvoirs qui s’y sont succédé se sont appropriés la région, l’ont transformée, modelée, grâce aux réseaux ?
Le programme se propose ainsi d’explorer non la dualité du désert Oriental mais son côté réticulaire. Il s’agit de remplacer une approche linéaire (la traversée du désert) et éclatée par une vision connectée.

vue du réseau des relations personnelles dans et autour du fortin de Krokodilô d'après l'analyse des ostraca trouvés dans le fortin (© B. Redon)

Cette enquête ne pourra se faire que sur la longue durée, qui permettra d’embrasser les phénomènes de continuités et de ruptures, entre le début du Nouvel Empire (vers le milieu du IIe millénaire av. J.-C.), apogée de l’occupation de la région à l’époque pharaonique, et la fin de l’époque romaine (fin du IVe s. ap. J.-C.), après que la dynastie gréco-macédonienne des Lagides (332-30 av. J.-C.), puis les empereurs romains, ont massivement investi dans la région.
Nous nous concentrerons sur la partie sud de la région, qui concentrent les vestiges les plus nombreux, organisés en deux pôles : autour des carrières du Wadi Hammamat, du Mons Claudianus et du Porphyritès au nord, et le long des voies qui ont traversé la zone, entre Coptos et Edfou, sur le Nil, et Myos Hormos et Bérénice, sur la mer Rouge.

première version du SIG du désert Oriental, créée par Alexandre Rabot (© HiSoMA)

Le premier objectif du projet est de réunir l’ensemble de la documentation (textuelle et archéologique au sens très large) sur les sites du désert Oriental du Nouvel Empire à la fin de l'époque romaine, dans une base de données liée à un SIG, pour créer un atlas en ligne. Il sera consultable par le public et servira également aux analyses spatiales effectuées dans le cadre du projet sur les réseaux réels, économiques et sociaux de la région.
Nous étudierons ainsi le parcours des voies et leurs équipements au fil du temps, en nous fondant sur l’étude des sources mais aussi sur l’analyse fine de la géographie de la région et des observations de terrain.
Nous tenterons ensuite de retracer les courants commerciaux qui ont traversé la région (produits échangés, personnes impliquées, rythme des échanges etc.).
Enfin, nous nous pencherons sur deux corpus de textes particulièrement riches et/ou encore largement inédits (les ostraca du Mons Claudianus et les ostraca ptolémaïques du désert Oriental) pour conduire des études de réseaux personnels au sein des petites sociétés qui ont vécu dans la région.

carte des routes et sites ptolémaïques du désert (© MAFDO, A. Rabot, Th. Faucher, B. Redon)


Une douzaine de chercheurs participeront au projet, dont :

Jennifer Gates-Foster, de l’Université de Chapel Hill (North Carolina), historienne et spécialiste de la céramique du désert Oriental. Elle sera particulièrement impliquée dans le projet et sera responsable de l'étude des réseaux économiques du désert Oriental.
• Hélène Cuvigny (CNRS, IRHT, directrice de l’Institut de papyrologie de la Sorbonne), papyrologue, éditrice des plus grands corpus d’ostraca du désert Oriental.
Laure Pantalacci (univ. Lyon 2, HiSoMA), directrice de la mission archéologique de Coptos, d’où partaient les caravanes du désert.
• Adam Bülow-Jacobsen (univ. Copenhague), papyrologue et spécialiste des carrières et de la correspondance privée du désert Oriental.
Alexandre Rabot (univ. Lyon 2, HiSoMA), spécialiste de cartographie et SIG"
Damien Laisney (MOM), cartographe, géographe, spécialiste des déserts égyptiens".

Les légendes des images dans l'ordre d'affichage :

• vue générale du cœur du désert Oriental, région de Samut (© MAFDO)
• carte des sites fouillés dans le désert Oriental (© B. Redon)
• vue du réseau des relations personnelles dans et autour du fortin de Krokodilô d'après l'analyse des ostraca trouvés dans le fortin (© B. Redon)
• première version du SIG du désert Oriental, créée par Alexandre Rabot (© HiSoMA)
• carte des routes et sites ptolémaïques du désert (© MAFDO, A. Rabot, Th. Faucher, B. Redon)

Communiqué de presse CNRS (.pdf)

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