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Laboratoire HISOMA

Histoire et Sources des Mondes Antiques

image oiseau MOM

La première campagne de fouilles à Samut (désert Oriental - Égypte)
Jeudi, 6. Mars 2014

La mission du désert Oriental est dirigée depuis janvier 2013 par Bérangère Redon (CNRS / HiSoMA), en collaboration avec Thomas Faucher (CNRS / IRAMAT-CEB), qui succèdent à la tête de la mission à Hélène Cuvigny (CNRS / IRHT). La mission est soutenue depuis l’origine par l’IFAO et le MAE, et, depuis 2013, par le laboratoire HiSoMA du CNRS.

Après avoir exploré pendant une vingtaine d’années les fortins romains de la région (cf. le site de l’IFAO), l’équipe a récemment orienté ses recherches vers l’occupation du désert Oriental à l’époque ptolémaïque (331-30 av. J.-C.).

La mission française du désert Oriental a débuté son exploration par le district de Samut, entre Edfou et Marsa Alam (pour une présentation complète, voir la page dédiée à la mission sur le site d’HiSoMA et le blog de la mission. La première campagne a eu lieu du 13 janvier au 6 février 2014 et les premiers résultats sont d’ores et déjà exceptionnels.

Samut 2014 - zone étudiée

Fig. 1 : Carte du désert Oriental (fond de carte BingMap)

Présentation de la zone étudiée

Le district de Samut est situé dans une zone de contact géologique riche en minéralisations aurifères. Elles se caractérisent, en surface, par de longs filons de quartz qui courent souvent sur les crêtes des collines.

Samut 2014 - filons

Fig. 2 : Le filon principal de Samut nord (© Th. Faucher).

La zone a été exploitée de longue date ; dans un espace de 100 km², une dizaine d’aménagements antiques ont été repérés, qui s’échelonnent du Nouvel Empire à l’époque omeyyade. A la fois lieux de vie et ateliers minéralurgiques, les vestiges les plus imposants datent de l’époque ptolémaïque et se concentrent sur deux sites principaux, Samut nord et Bir Samut.

Samut nord, la mine principale

Samut nord est indubitablement le site majeur lié à la production de l’or dans le district. Il se compose d’un filon principal, exploité sur une longueur apparente de 277 mètres. En surface, quatre attaques en puits sont toujours accessibles.

L’équipe formée de Florian Téreygeol, Adrien Arles et Joseph Gauthier a pu les explorer et les topographier cette année, grâce à la mise en place de systèmes de descente sécurisés et à l’utilisation d’un matériel spéléologique classique. Le principal apport de l’exploration concerne la chronologie de l’exploitation minière de la zone : il est en effet apparu clairement que les puits étaient modernes, sans doute attribuables aux activités d'une compagnie minière anglaise en 1903. La mine ptolémaïque quant à elle a été exploitée principalement à ciel ouvert, même si plusieurs galeries ont également été creusées dans le filon.

Samut 2014 - mine

Fig. 3 : Exploration de la mine (© Fl. Téreygeol).

En parallèle avec ces travaux, le bâtiment 1, principal édifice de Samut nord, a été fouillé par Thomas Faucher et Bérangère Redon. Approximativement rectangulaire (58 x 36 m), il comprend quatre corps de bâtiments construits autour d’une cour centrale.

Samut 2014 - Aile est

Fig. 4 : L’aile orientale du bâtiment 1 de Samut nord en cours de fouille (© B. Redon).

Des travaux récents ont entraîné la destruction du quart du bâtiment (voir plus bas), mais le reste a pu être entièrement fouillé, à l’exception de deux pièces au nord. Au total, 20 pièces ont été sondées. Elles ont toutes connu une seule phase d’occupation située à la fin du IVe s.-début du IIIe s. av. J.-C., ce qu’indique le mobilier laissé sur place. La fonction des pièces n’a pas pu être systématiquement déterminée, mais quelques vestiges sont clairs, notamment ceux de la cuisine principale du bâtiment. Celle-ci – équipée d’une batterie de trois fours, de quatre petits silos constitués par des amphores dont le fonds et le col ont été sectionnés, et d’un grand four qui faisait saillie sur l’extérieur du bâtiment – a fait l’objet d’un relevé photogrammétrique par Olivier Onézime et Gaël Pollin.

Samut 2014 - cuisine

Fig. 5 : La cuisine du bâtiment 1 de Samut (© B. Redon).

Notre équipe a également conduit la fouille d’un four, peut-être lié au traitement du minerai ainsi qu’une forge. Cette dernière, située à proximité du filon devait alimenter l’exploitation minière en outils ; mais on y fabriquait aussi sans doute les objets quotidiens nécessaire à la vie des habitants du district minier. Enfin, une grande structure formée de deux constructions circulaires et adjacentes située en contrebas du filon ont été explorées en fin  de mission ; par manque de temps, elles n’ont pas été entièrement dégagées, mais nous avons tout de même pu constater leur excellent état de préservation, malgré des travaux récents dans la zone. Nous avons émis l’hypothèse d’y voir des laveries, un type de structure que l’on rencontre ailleurs en contexte minier (en Égypte comme en Grèce) et qui servait à séparer le sédiment stérile des fractions lourdes contenant l’or. Mais cette hypothèse restera à vérifier par la fouille totale des vestiges.

Samut 2014 - laveries

Fig. 6 : Photo des laveries (?) en cours de dégagements (© Th. Faucher).

Bir Samut, le fortin de plaine

Le bâtiment le plus important du site de Bir Samut est un fortin édifié à l’époque ptolémaïque. Contrairement au bâtiment n° 1 de Samut nord, dont l’aspect défensif est seulement dû à sa position dominante dans le paysage, il s’agit sans conteste d’un fort, muni de trois tours d’angle (la quatrième ayant disparue, emportée anciennement par le wadi voisin).

Samut 2014 - Bastion NE

Fig. 7 : Le bastion nord-est du fort de Bir Samut (© J.-P. Brun).

La fouille du site a été conduite par Jean-Pierre Brun, avec une équipe d’ouvriers menés par Baghdadi Mohamed Abdallah.

Nos travaux ont permis :

  • de fouiller le dépotoir, en danger de disparition rapide (voir plus bas) car situé à l’extérieur des remparts du fort ;

  • de réaliser le relevé du fort ;

  • de cartographier et enregistrer les vestiges situés dans les environs, en essayant de les identifier (chronologie, fonction).

Nous avons ainsi pu déterminer que le fort avait été occupé sur une période plus longue que le bâtiment 1 de Samut nord. Le survey réalisé dans les alentours a permis de recenser 14 autres zones d’occupation, qui ont livré des traces d’aménagements antérieurs (époque pharaonique, datation à préciser), de même qu’une réoccupation d’époque romaine (plusieurs tombes sont attribuables à cette époque).

Samut 2014 - Carte Bir

Fig. 8 : Vue satellitaire de Bir Samut avec indications de l’emplacement des vestiges (A-Q) (© J.-P. Brun, sur un fond de carte GeoEye1).

Dans les dépotoirs, plus de 400 ostraca ont été découverts ; ils sont pour moitié écrits en grec, et pour moitié en démotique. Déchiffrés par Hélène Cuvigny, Marie-Pierre Chaufray et Adam Bülow-Jacobsen, ils sont encore en cours d’analyse. Ce sont essentiellement des comptes (de nourriture, d’eau), des listes de noms et des lettres, mais aucune activité liée à l’or n’y a, pour le moment, été décelée.

L’étude du matériel

Le matériel le plus abondant issu de nos fouilles est formé sans conteste par la céramique. Jean-Pierre Brun, aidé de Khaled Zaza pour les dessins, a fait l’étude de l’ensemble du mobilier découvert à Samut nord. Le matériel de Bir Samut, plus abondant, sera étudié par la suite par Jennifer Gates-Foster.

Charlène Bouchaud est quant à elle en charge de l’étude des macro-restes végétaux de Samut (charbons de bois, restes de fruits et de graines). Après avoir tamisé les échantillons prélevés par les archéologues (et constitués essentiellement de cendres et de « soil samples »), elle a procédé à une première analyse des restes carbonisés ou desséchés à l’œil nu, puis à la loupe binoculaire. Pour permettre des analyses plus fines, 77 échantillons ont ensuite été exportés au laboratoire d’analyse des matériaux de l’IFAO.

Samut 2014 - Tamisage

Fig. 9 : Tamisage des prélèvements (© A. Bülow-Jacobsen).

Des sites en danger

Malgré le grand intérêt des vestiges archéologiques explorés par la mission, la zone de Samut est en danger de disparition, en raison d’une nouvelle ruée vers l’or, qui touche toutes les zones aurifères du désert Oriental. À Samut Nord, une compagnie minière souhaite reprendre l'exploitation du filon aurifère voisin. Des opérations préparatoires ont déjà fait disparaître en 2013 une partie des vestiges, et le site entier est menacé à court terme d'une disparition complète. À Bir Samut, des particuliers, à la recherche d'or, et munis de détecteurs de métaux et de pelles mécaniques, se sont attaqués au fortin. Ils ont ainsi creusé plusieurs tranchées dans le dépotoir, l'angle sud-ouest et la porte du bâtiment. Cette course moderne - et souvent anarchique - vers l'or risque de faire disparaître des vestiges qui avaient été préservés presque intacts depuis près de 2300 ans. La situation est alarmante et concerne malheureusement tout le désert Oriental. Cela donne à notre mission un caractère d’urgence, auquel nous tentons de faire face grâce à la grande motivation de notre équipe.

Samut 2014 - pelle mécanique

Fig. 10 : Un bulldozer dans le désert (© Ch. Bouchaud).


L’équipe de 2014

Bérangère Redon (directrice, archéologue, CNRS, HiSoMA, Lyon) ; Thomas Faucher (directeur adjoint, archéologue, numismate, CNRS, IRAMAT, Orléans) ; Adrien Arles (archéométallurgiste, spéléologue, responsable d’opération, ARKEMINE SA) ; Charlène Bouchaud (archéobotaniste, Museum national d’histoire naturelle, Paris) ; Adam Bülow-Jacobsen (papyrologue, photographe) ; Jean-Pierre Brun (archéologue, céramologue, Collège de France) ; Marie-Pierre Chaufray (papyrologue, université de Bordeaux) ; Hélène Cuvigny (papyrologue, CNRS, IRHT, Paris) ; Joseph Gauthier (archéométallurgiste, spéléologue, post-doctorant, universités de Haute Alsace et de Bochum) ; Olivier Onézime (topographe, IFAO) ; Gaël Pollin (photographe, IFAO) ; Florian Téreygeol (archéométallurgiste, spéléologue, CNRS, IRAMAT UMR 5060, Belfort) ; Khaled Zaza (dessinateur, IFAO). Mahmoud Ahmed Hussein représentait le Conseil Suprême des Antiquités et 21 ouvriers ont travaillé sous la direction de Baghdadi Mohamed Abdallah.

Samut 2014 - Equipe

Fig. 11 : L’équipe de la mission du désert Oriental en janvier 2014 (© A. Bülow-Jacobsen).

 

Bérangère Redon - CNRS / HiSoMA - Mars 2014. 

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