Responsables du projet : Romain Loriol et Rémi Bénière (Lyon 3), Louis Autin (Sorbonne Université)
IntrigANT - Suspense, curiosité et surprise dans les narrations antiques.
L'objectif général du projet est d'explorer, en utilisant les avancées de la critique moderne sur la tension et l'intrigue narratives, la construction et la théorisation antiques du suspense, de la curiosité et de la surprise. Ces questions seront soulevées au cours d'une série de journées d'étude, à un rythme bisannuel. La journée inaugurale a eu lieu le 20 mars 2026 à Paris (Sorbonne Université). La deuxième est programmée le 6 novembre 2026 à Lyon (Jean Moulin Lyon 3).
Présentation du projet
Selon la narratologie générale (Sternberg 1990 et 1992, Baroni 2007), suspense, curiosité et surprise sont les trois émotions principales que l’auteur d’un texte cherche à susciter chez le récepteur et qui constituent la tension narrative. Depuis plusieurs années, les spécialistes de la littérature antique ont cherché à appliquer ces outils aux textes anciens, composés et reçus dans des conditions très différentes des œuvres étudiées par les narratologues d’aujourd’hui. Ces travaux collectifs ont surtout porté sur la littérature grecque (Liotsakis 2019, Konstantakos & Liotsakis 2021) avec un intérêt particulier pour le corpus homérique (déjà Duckworth 1936), ou dans une perspective diachronique longue dans laquelle l’Antiquité occupe une place marginale (Grund, Kirstein & Wagner 2024).
Les spécificités du contexte antique invitent à s’interroger sur l’usage des outils narratologiques contemporains. Plusieurs pistes sont suivies. L’une touche à la réflexion sur les catégories émiques : comment les Anciens, en particulier dans la rhétorique ou chez les scholiastes, nomment le suspense. Les traces de formalisation sont relativement rares et elles ont relativement peu suscité l'intérêt jusqu'à présent, en tout cas dans une perspective systématique, mais elles dessinent une perspective sur les usages de la suspension narrative nettement distincte de ce qui constitue usuellement, pour nous, la tension narrative. On peut également se demander comment, dans la littérature non théorique, le réseau lexical du suspense est mobilisé, à travers la représentation, au niveau diégétique, de l'attente, de l'hésitation, de l'étonnement, etc., mais aussi comment certaines structures narratives et/ou culturelles favorisent la création de la tension (en mettant en scène une rétention volontaire d'information de la part d'un protagoniste, par exemple, ou en reprenant des séquences d'événements pré-codées, qui invitent le public à faire des hypothèses sur ce qui se produira).
Un autre questionnement général concerne les rapports, dans la littérature antique, entre récits factuels ayant la prétention de dire ce qui a été (narrations historiographiques et discours) et récits fictionnels (narrations romanesques). Car, dans un récit factuel, la part du suspense simple (le récepteur du texte anticipe le dénouement de l’intrigue, qu’il ne connaît pas) est minorée au profit du suspense par anticipation (le dénouement de l’intrigue est évoqué mais reste ambigu) ou du suspense moyen (le dénouement de l’intrigue est connu mais les circonstances de celui- ci restent à déterminer). Cela conduit à se poser la question de la diversité des compétences encyclopédiques du public, puisque la tension narrative ne peut s’envisager sans déterminer ce que le récepteur connaît de l’intrigue, mais aussi les conditions de la performance de la littérature ancienne, qui dans un contexte oral ne permet pas exactement les mêmes effets que la lecture pour soi.
Programme des journées
Journée inaugurale : 20 mars 2026, Sorbonne Université, Salle des Actes
- 10h00 Présentation du programme et introduction de la journée Louis AUTIN (Sorbonne Université, IUF), Rémi BENIERE (Université Lyon 3) & Romain LORIOL (Université Lyon 3)
- 10h30 Évidence et suspense dans le “style maigre” du Ps.-Démétrios de Phalère : terminologie et théorie Pierre CHIRON (Université Paris-Est Créteil)
- 11h00 Dire la tension narrative dans l’Antiquité : sur quelques occurrences du verbe (ἀνα)κρεμάννυμι dans la rhétorique grecque Rémi BENIERE (Université Lyon 3)
- 14h00 Le récit, l’argument et l’attention des juges : une approche rhétorique du suspense est-elle possible ? Charles GUERIN (Sorbonne Université)
- 14h45 La surprise tragique Pascale BRILLET-DUBOIS (Université Lyon 2)
- 15h15 Des intrigues intrigantes ? Savoir partagé et effets de surprise dans les récits mythographiques grecs d’époque impériale Charles DELATTRE (Université de Lille)